M75 – LES OPINIONS …

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   « Nous tous donc qui sommes parfaits, ayons cette même pensée ; et si vous êtes en quelque point d’un autre avis, Dieu vous éclairera aussi là-dessus. Seulement, au point où nous sommes parvenus, marchons d’un même pas… » Phil 3:15-16.

Faites accueil à celui qui est faible dans la foi, et ne discutez pas sur les opinions… » Rom 14 :1.

      « Autant de têtes, autant d’avis… ». C’est le cas dans ce monde, c’est aussi le cas parmi les croyants, et c’est là une des faiblesses de l’Église. En ce monde, quand une seule et même pensée règne, c’est par l’oppression, ou alors elle révèle les mêmes désirs inavouables qui découlent d’une liberté permissive.  En ce qui concerne les Écritures, il n’y a pas une voix  « autoritaire » nous ramenant dans la bonne voie chaque fois que nous n’avons pas su comprendre une vérité, de là, toutes les libertés prises suivant les diverses interprétations de la Parole. Cependant, il y a bien une Voix, non pas extérieure à nous, mais intérieure et plus forte encore, c’est la Voix de l’Esprit Saint en nous qui, écoutée dans l’obéissance, nous révèle le sens et la puissance de la Parole permanente de Dieu. Ceci, en nous, dépend plus d’une disposition spirituelle et d’une conscience purifiée que de la connaissance ou de l’expérience, bien que toutes ces choses, travaillent ensemble à façonner notre cœur, qui devient, en même temps, éclairé et désireux de l’être davantage.

   Celui qui s’est installé dans ses opinions, dans ses idées arrêtées se ferme aux Pensées de l’Esprit de Dieu, et restreint sa vie spirituelle, parce qu’il a perdu l’ensemble de la Révélation écrite, d’où la nécessité de toujours lire l’Écriture en son entier. Il n’a donc pas de références bibliques qui le garderaient d’élever une vérité au-dessus ou au détriment des autres, et, à son insu, cette personne finit par se comporter comme si Dieu pensait par elle. Les conceptions personnelles reflètent très souvent un sentiment de supériorité, trait d’orgueil contre lequel l’apôtre nous met en garde, écrivant aux Philippiens : « Ne faites rien par esprit de parti ou par vaine gloire, mais que l’humilité vous fasse regarder les autres comme étant au-dessus de vous-mêmes… » Phil 2:3. A l’inverse, nous rencontrons des personnes impassibles à l’égard des doctrines, indulgentes d’ailleurs à l’égard de tout et de tous, et surtout à l’égard d’elles-mêmes. Mais cette absence d’opinions catégoriques, qui pourrait passer pour sage, se retrouve bien souvent chez les esprits mondains, qui craignent tout ce qui est absolu. Veillons à n’avoir ni un esprit large, ni un esprit étroit, mais simplement un esprit ouvert à l’Esprit du Seigneur et à Sa Parole qui donnent la Vie.

     Il en est des opinions comme d’un mur blanc dans la nuit. En effet, tel voyant le mur de jour, dira : Il est blanc ; tel autre le voyant de nuit, dira : Il est gris ! L’un et l’autre sont absolument sincères, ils rapportent ce qu’ils ont vu. En réalité, ce qui, de jour, « est » blanc et ce qui, de nuit, « paraît » gris sont les deux aspects de la même chose en des temps différents. Il y a donc lieu de bien distinguer entre ce qu’est réellement une chose et ce qu’elle nous paraît être. Il en est de même de notre manière de saisir le sens des Écritures, celui qui, superficiel, prend l’apparence pour la réalité, doit sortir de sa nuit, de ses ténèbres intérieures à la pleine Lumière afin de « voir » la Pensée de l’Esprit, et d’avoir ainsi la vraie vision de la Parole.  Une âme sincère peut se tromper, mais si cette âme est intègre, le Seigneur ne la laissera en aucune façon dans l’obscurité au sujet de la Voie de la Vérité. Il en est, bien-sûr, tout autrement de celle qui, persistant à croire de la manière qu’elle voit, se perdra par sa mauvaise foi.

     L’apôtre Paul, concernant ce problème des « opinions », s’adresse aussi bien à ceux qui, dans la ville de Philippes, sont « parfaits », qu’à ceux qui, parmi les frères à Rome, sont « faibles dans la foi ». Cette faiblesse se rencontre donc à tous les niveaux de la vie spirituelle. Personne n’échappe à ce travers, du plus petit au plus grand d’entre les frères. Il est beaucoup de causes qui font que chacun a sa propre pensée, son idée sur tel ou tel passage des Écritures. La personnalité, l’éducation et l’instruction, propres à chacun, peuvent minimiser, ou, au contraire, faire ressortir certains points particuliers de la Parole, choisis plus par inclination naturelle que reçus par une révélation spirituelle. De même que le besoin de se différencier d’autrui, l’esprit d’indépendance renforcé par la vaine satisfaction d’avoir raison, ou encore le besoin de dominer ses frères dans ce domaine, n’ayant pu le faire dans d’autres. Tout ceci révèle que les différentes opinions proviennent du « moi » charnel, qui n’a pas encore connu le brisement, ou qui le refuse. Qu’il s’agisse d’une âme ou d’une dénomination religieuse, que ce soit sur un plan individuel ou collectif, le même fait peut être douloureusement constaté. Mais grâces soient rendues à Dieu de ce qu’il a suscité des rachetés qui souffrent de cet état de choses et intercèdent devant la Face du Seigneur, qui seul peut envoyer cet esprit de prière et de repentance, dont le fruit spirituel est le Caractère de l’Agneau de Dieu imprimé dans le cœur de ceux qui  forment son Peuple.

     Étant des êtres limités, nous ne pouvons pas prétendre à l’amplitude de l’Esprit de Jésus. Car, en tant que « Fils de l’homme » et vivant dans une chair semblable à la nôtre, mais exempte du péché et de la convoitise, Jésus ne connut pas l’altération et les limitations de notre nature pécheresse. Nous ne saurons donc jamais toutes choses « en même temps », mais « successivement », et selon que le Seigneur voudra bien nous les communiquer. Ainsi, tout en ayant « la Pensée de Christ… » I Cor 2:16, nous n’en demeurons pas moins différents les uns des autres, il en résulte que nous nous exprimons différemment. Cette même « Pensée » consiste en ce que nous recevons la Lumière de la même Source qui est la Parole et l’Esprit Saint, et que, suivant notre appel et nos besoins spirituels, les réponses ne peuvent qu’être différentes selon chaque cas particulier. Mais, dans l’Amour fraternel, ses différences ne sauraient devenir des divergences, et ces divergences, des divisions.

    Chacun de nous a reçu du Seigneur des convictions intimes, affermissant notre vie spirituelle. Mais ce que Dieu nous a personnellement communiqué est une chose, et ce qu’il nous a donné à communiquer à nos frères et sœurs dans la foi en est une autre. Distinguons donc bien, dans l’usage, entre ces deux sortes d’exhortations qui, tout en venant d’une seule Source, font que les unes sont destinées à notre édification personnelle, et les autres, destinées à l’édification du « Corps de Christ ». C’est là le discernement, qui, mis en pratique, éloigne la confusion et, en même temps, garantit la communion fraternelle et nos progrès en Christ.

       « … Si vous êtes en quelque point d’un autre avis, écrit donc l’apôtre, Dieu vous éclairera aussi là-dessus. Seulement, au point où nous sommes parvenus, marchons d’un même pas… ». Que ce soit du domaine de la connaissance ou de celui des expériences spirituelles, Paul attire les regards, non sur ce qui se comprendra plus tard, mais sur ce qui est déjà unanimement compris. Et, à partir de là, en n’oubliant jamais cette base de la « Nouvelle Naissance » en Christ, il nous exhorte à avancer ensemble sur le chemin. Nous sommes appelés à apporter les vérités, les commandements et les promesses de la Parole, mais les âmes ne les accepteront et ne les recevront qu’à partir du moment où cette connaissance affranchissante correspond et répond au besoin pressant de la faim et de la soif spirituelles des Choses divines dans leurs cœurs.

   La multiplicité des opinions est un indice de mort spirituelle. En effet, que la Vie de plénitude et de sainteté de la Présence de Dieu vienne à se répandre, et l’on  oublie jusqu’à l’existence des opinions. Car là, notre chair fait silence, nos pensées se taisent et notre âme adore, parce qu’elle est entrée, non pas dans « l’image et l’ombre » interprétables des choses, mais dans « les Choses célestes » elles-mêmes, à la fois immuables, toujours nouvelles et renouvelantes, et vécues dans la foi, la joie et l’humilité.