M74 – CONTRE LES PRINCES …

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     « Au reste, fortifiez-vous dans le Seigneur, et par sa force toute-puissante. Revêtez-vous de toutes les armes de Dieu, afin de pouvoir tenir ferme contre les ruses du diable. Car nous n’avons pas à lutter contre la chair et le sang, mais contre les dominations, contre les autorités, contre les princes de ce monde de ténèbres, contre les esprits méchants dans les lieux célestes… »  Eph 6:10-12.

     Avant d’apporter à l’homme la délivrance de ses péchés, de ses erreurs, des liens de sa chair, comme ceux de son orgueil, le Seigneur remporta déjà ces victoires dans sa confrontation avec le diable, au désert. Face à face avec le tentateur « le prince de ce monde », Jésus a vaincu par la Parole de Dieu, par son Obéissance et par sa Sainteté ; et, par-là, toutes les armées, les légions des « esprits méchants dans les lieux célestes… ». Notre Seigneur a vaincu pour nous, et, dès lors, nous combattons un ennemi vaincu d’avance, et qui le sait. Toutefois, nous devons être assez honnêtes pour reconnaître que, dans nos vies, il n’y paraît pas parfois, car il ne s’agit pas d’une application « logique » ou « magique » de ce que Christ a accompli pour nous, mais, en tant que rachetés, notre participation doit être totale dans ce combat et cette victoire !

    Nous luttons donc contre des « princes », contre des « esprits méchants », c’est-à-dire, des adversaires d’une nature autre que la nôtre, laquelle nécessite, par conséquent, un combat d’une autre nature et dimension spirituelle, non pas contre des hommes, mais contre ce qui « meut » les hommes. Notre volonté, nos efforts, notre zèle, notre connaissance spirituelle même de ces choses ne suffisent pas, bien que toutes ces aptitudes soient requises dans cette lutte. Contre les esprits méchants, on ne prie pas de la même façon que l’on rend grâces, on ne prie pas comme pour demander une chose quelconque. Ici, c’est une lutte qui demande l’engagement de tout notre être jusqu’à ce que soient refoulées les légions démoniaques qui s’efforcent de fermer le ciel afin de barrer le passage à la lumière, à l’exaucement ou à l’Intervention de Dieu.

     Ainsi, dans un tel esprit de prière, tout participe ; il n’y a pas que nos mains jointes, notre bouche et notre cœur, mais encore notre être tout entier qui crie, qui souffre et se répand devant la Face du Seigneur. Il est dit de nos frères et sœurs sous l’oppression : « Souvenez-vous des prisonniers, comme si vous étiez aussi prisonniers ; de ceux qui sont maltraités, comme étant aussi vous-mêmes dans un corps… »  Héb 13:3. Le souvenir actuel de nos frères prisonniers et persécutés ne consiste pas seulement à avoir une bonne pensée à leur égard, mais, dans la mesure du possible, à éprouver ce qu’ils souffrent dans notre chair autant que dans notre esprit, l’apôtre Paul n’a-t-il pas écrit aux Colossiens : « Je me réjouis maintenant dans mes souffrances pour vous ; et ce qui manque aux souffrances de Christ, je l’achève en ma chair, pour son corps, qui est l’Église… » Col 1:24. Voici, il en est de même pour le combat spirituel, c’est un « corps à corps » avec les princes de ce monde de ténèbres, un combat de notre esprit, par l’Esprit Saint, contre l’esprit méchant. Ce n’est pas ici une prière tranquille ou bien dite, mais la prière d’une âme qui, en présentant devant le Trône de la Grâce ses frères, leur œuvre ou leur situation particulière, éprouve leurs besoins et leurs aspirations, pleure ou se réjouit avec eux, en réalité, « s’incorpore » en eux.

     A Daniel, qui s’humiliait à cause de ses péchés et ceux de ses pères, et qui priait pour la délivrance de son peuple, apparut, dit l’Écriture, un être céleste, lui disant : « Daniel, ne crains rien ; car dès le premier jour où tu as eu à cœur de comprendre, et de t’humilier devant ton Dieu, tes paroles ont été entendues, et c’est à cause de tes paroles, que je viens. Le chef du royaume de la Perse m’a résisté vingt et un jours ; mais voici, Michaël, l’un des principaux chefs, est venu à mon secours, et je suis demeuré là auprès des rois de Perse… »  Daniel 10:12-13. Chaque gouvernement ou chef de ce monde est représenté dans le monde invisible par un chef spirituel, qui les utilise à leur gré, ou les séduit à leur insu… jusqu’à l’Intervention de Dieu à un moment donné de l’histoire.

     Après trois semaines d’intercession, le ciel, qui était fermé, s’ouvrit, laissant descendre d’en haut l’exaucement du retour d’Israël de Babylone, prophétisé par Jérémie. Alors que rien ne se passait encore, la prière de Daniel était déjà montée auprès de Dieu, mais la lutte dut se prolonger pendant trois semaines, afin de pouvoir percer et traverser la couche des légions démoniaques qui s’interposaient entre Dieu et son prophète en prière. Par la suite, l’être céleste, retournant auprès de Dieu et ayant à nouveau à combattre le chef spirituel de la Perse, ajoutera : « Maintenant, dit-il, je m’en retourne pour combattre le chef de la Perse ; et quand je partirai, le chef de Javan viendra… » Daniel 10:20. C’est dire que le mot « fin » n’existe pas pour l’intercesseur. 

     Il y a beaucoup de choses dont on peut dire : c’est assez ! Ne serait-ce que pour cause de fatigue ou par sagesse… mais jamais en ce qui concerne la prière. Un prince des ténèbres est repoussé, voici qu’un autre le remplace ; quelques esprits impurs chassés et liés, et voici que d’autres, venant d’ailleurs, leur succèdent. Mais, de cela, quelle joie, quel encouragement et quelles actions de grâces en découlent, sachant que chaque fois une promesse ou une libération a été reçue, ou encore qu’une âme ou plusieurs ont été sauvées, déliées et transformées. Et d’autre part, ce qui a demandé ici trois semaines de prières peut durer, selon les cas, trois années ou trente… comme seulement trois minutes… ! Il n’y a aucune règle pour ce qui est du temps, le combat ne cesse qu’une fois le ciel dégagé, ouvert, c’est-à-dire, quand, spirituellement, nous recevons au-dedans de nous le signe spirituel de son ouverture. Il est d’autres raisons qui font que l’exaucement puisse tarder, et qui ne sont pas le fait des puissances ténébreuses, mais dépendent de la seule Volonté de Dieu ; mais ceci concerne un tout autre domaine spirituel.

    Il suffit que nous nous mettions à genoux pour que nous éprouvions, tout-à-coup, une immense fatigue ou une lassitude, un sentiment d’impuissance ou encore la dispersion de nos pensées ; tout ce à quoi nous ne pensions pas, ou que nous ne devrions pas penser surgit à ce moment-là. L’adversaire fait parler notre chair au point que nous nous demandons, parfois, si vraiment cela change quelque chose sur la face de la terre en restant longtemps dans la prière, alors que quelques minutes suffiraient… ! Il nous prêche même que Dieu est Tout-puissant (ce qui est vrai), et qu’il peut agir sans nous et même mieux ! L’adversaire essaie de nous persuader qu’en ayant la foi, l’Esprit Saint et ses Dons, ces choses-là suffisent pleinement pour que Dieu agisse, en pouvant très bien se passer de la nécessité de l’intercession… ! Dans sa logique mensongère, le diable  irait  jusqu’à  montrer que  le  fait  de  persister dans  la  prière est … un manque de foi ! Si donc le prince des ténèbres a tant à nous dire, et se tient si proche de nous en ces moments-là, c’est justement parce que nous nous tenons plus près encore du Seigneur, et qu’il redoute, par-dessus tout, de voir un racheté sur ses genoux dans la prière persévérante, d’autant plus s’il combat, non seulement dans la foi, mais encore dans la sainteté d’une conscience pure.

    La prétention, la désobéissance, l’esprit d’indépendance, l’absence d’amour ou les pensées impures, toutes ces choses, une fois vaincues, rendent la prière efficace et victorieuse, mais la victoire sur ces choses est elle-même le résultat d’un tel esprit de prière… ! Car tout se tient, tout concourt ensemble à notre bien. Le zèle, la direction d’en haut ne saurait avoir l’effet attendu sans la sanctification qui doit l’accompagner. L’adversaire sait trouver la faille, et laissera celui qui prie se fatiguer en vain. C’est pour cette raison que l’Écriture exhorte : « Prenez toutes les armes de Dieu, afin de pouvoir résister dans le mauvais jour, et tenir ferme après avoir tout surmonté… » Eph 6:13. C’est-à-dire, tenir ferme et tout surmonté, non seulement avant et pendant le combat, mais tout autant « après » la victoire, selon que l’écrit Paul : «  Faites en tout temps par l’Esprit toutes sortes de prières et de supplications. Veillez à cela avec une entière persévérance, et priez pour tous les saints… » Eph 6:18. Ce n’est pas le repos qui suit une victoire spirituelle, mais la vigilance qui permet d’en tirer tous les fruits en vue du prochain combat.