M72 – NE VOUS CONFORMEZ PAS …

Format PDF

     « Je vous exhorte donc, frères, par les compassions de Dieu, à offrir vos corps comme un sacrifice vivant, saint, agréable à Dieu, ce qui sera de votre part un culte raisonnable. Ne vous conformez pas au siècle présent, mais soyez transformés par le renouvellement de l’intelligence, afin que vous discerniez quelle est la volonté de Dieu, ce qui est bon, agréable et parfait… »  Rom 12:1-2.

     Voici une exhortation comprise très différemment selon la croissance de la vie spirituelle de chaque croyant. Mais, en quelque époque que ce soit, la Parole et l’Esprit Saint suffisent à éclairer le cœur de celui qui désire plaire à Dieu. S’il n’est pas demandé, en effet, à chacun les mêmes choses, chacun, toutefois, est appelé à savoir en quoi il peut encore être conforme au monde, sans s’en apercevoir. Personne n’est à l’abri de la négligence, de la désobéissance ou de l’aveuglement spirituel, sauf celui qui veille sur son âme et qui s’en préoccupe plus que de toute autre chose. En ce monde, une véritable fiancée ne voit, ne s’intéresse et n’attend qu’un seul homme au monde : son fiancé. De même, l’« Épouse, la femme de l’Agneau… » Apo 21:9, qui est l’Église fidèle, met sa joie, son cœur et son âme à soupirer après l’« Époux divin » qui la prépare et la pare conformément à Ses Désirs par l’écoute et par la méditation de Sa Parole.

     « Ne pas se conformer » signifie « ne pas se former avec », ne pas prendre « la forme » du monde, la forme des « choses » comme celle de l’« esprit de ce monde », pour y fondre sa pensée et son âme. Notre Seigneur qui nous aime d’un Amour infini est aussi Celui qui sonde les reins et les cœurs. En effet, il est des personnes se disant saintes, et qui critiquent leurs frères et sœurs, tandis que d’autres, se montrent hypocritement indulgentes pour eux, parce qu’elles le sont encore plus pour elles-mêmes… ! Certes, il ne s’agit pas de s’isoler dans son « désert », par faiblesse ou par orgueil, ni non plus d’aller dans le monde et de lui complaire sous prétexte de l’amener à Dieu, car ce n’est pas en s’intéressant aux choses auxquelles le monde s’intéresse que le monde s’intéressera aux choses d’en haut. Il s’agit, pour nous, de demeurer, ou de revenir à notre « premier amour » pour Jésus, car c’est seulement habités de cet Amour-là que nous pouvons joyeusement offrir nos corps en sacrifices vivants sur l’Autel.

    Deux sortes de désirs peuvent habiter un cœur : soit le désir mondain de se conformer au siècle présent, soit le saint désir d’être transformé par le renouvellement de notre intelligence par l’Esprit du Père, qui forme justement en nous le Caractère du Fils. II ne peut y avoir que deux conformités : l’une au monde, même sous une apparence religieuse, et l’autre comme étant le résultat d’une transformation intérieure. Quelle est donc cette voie sainte et lumineuse qui nous donne  d’éviter l’une pour recevoir l’autre ? Si ce n’est, dit l’Écriture « en devenant conforme à Christ dans sa mort… » En effet, nous sommes destinés « … à connaître Christ, et la puissance de sa résurrection, et la communion de ses souffrances, en devenant conforme à lui dans sa mort, pour parvenir, ainsi que l’écrit Paul, à la résurrection d’entre les morts… » Phil 3:10-11. Deux conformités nous sont donc proposées : l’une à la vie de ce monde, qui est la mort aux yeux de Dieu, et l’autre à la mort en Christ, qui est la Vie véritable.

     Ainsi, la position et la victoire spirituelles qui nous gardent de nous conformer à ce monde, c’est d’être devenus conformes à Christ dans Sa mort ! Il peut sembler étonnant qu’il soit écrit de le devenir d’abord par la Mort plutôt que par la Vie de Christ ? Mais ceci est révélé, car aussi longtemps que subsiste notre vie propre, subsistent aussi nos penchants aux choses du monde. Notre propre vie est un obstacle à la Vie véritable, aussi, Jésus-Christ, après avoir fait mourir par Sa Mort notre propre vie, nous a, ensuite, donné Sa propre Vie affranchissante et impérissable. Et ce n’est que par cette Vie, et par les forces qu’elle nous communique, que nous parvenons à la mesure de Sa stature parfaite. Prenons courage et fortifions-nous, car nous savons que tout ceci n’est pas l’œuvre d’un jour, mais de toute une vie. Chaque victoire de l’Esprit sur notre « homme extérieur » imprime un Trait divin dans notre « homme intérieur ». Nos déceptions, nos erreurs et nos bronchements nous révèlent, d’une façon ou d’une autre, que nous nous étions, jusqu’alors, conformés au monde sans le savoir. Les épreuves et les tribulations servent à ouvrir les yeux de notre cœur, qui discerne et s’attache alors à ce qui n’est pas de ce monde suivant la prière de Jésus, disant : « Je leur ai donné ta parole ; et le monde les a haï, parce qu’ils ne sont pas du monde, comme moi je ne suis pas du monde… » Jean 17-14.

    Jésus pria Son Père céleste pour ses disciples, disant : « Je ne te prie pas de les ôter du monde, mais de les préserver du mal… » Jean 17:15. Le Seigneur nous rend et nous juge donc capables, par Sa seule force, de vaincre le mal et le Malin, en étant dans ce monde. Car, non seulement notre « nouvelle naissance… », et notre « foi qui triomphe du monde… » I Jean 5:4 nous gardent, mais encore notre Père céleste Lui-même, suivant la prière de Jésus. Et il est impensable que le Père ne puisse exaucer les Prières de Son Fils bien-aimé en faveur de Ses enfants. II y a donc un combat et une protection de la part de Dieu. L’un n’est pas sans l’autre ; un combat sans protection ne garantit pas la victoire, et la protection n’est donnée, et assurée, qu’à celui qui combat. Ainsi, nous pouvons alors triompher de la force sournoise de l’habitude, de la moindre négligence, de l’assoupissement spirituel comme de l’invasion des convoitises mondaines. Le racheté, face à toutes ces, choses, ne se sent pas comme épié ou harcelé de la part de l’adversaire, loin de là, sinon être en Christ ne serait  plus une vie de plénitude et de paix. Mais les sollicitations de ce monde, et sa faiblesse en face d’elles, lui ont appris, plus que toute autre exhortation à « veiller et prier » sans cesse.

    Le sage a dit : « Dieu a mis dans le cœur de l’homme la pensée de l’Éternité… » Ecc 3:11. Le mot hébreu employé ici est « ôlam » qui signifie, en même temps, le monde, le siècle, l’éternité ou une certaine durée ; il vient lui-même d’un verbe qui signifie, voiler, dissimuler, tenir caché. Ces significations sont importantes, car Dieu, en effet, n’a pas mis dans le cœur de l’homme ce « monde » tel que nous le connaissons, mais ce qui est « caché » de ce monde à l’homme. Aussi sont-ce l’origine et la destinée de ce monde, et donc les siennes propres, qui poussent l’homme, ou devraient le pousser à réfléchir, et à lever ses yeux vers le Créateur. « Ne pas se conformer » à ce monde revient donc à se conformer à ce qui est « caché à ses yeux »,  aux «  Mystères » du Royaume de Dieu, c’est-à-dire à l’enseignement par l’Esprit que le monde ne connaît  pas et que seul Jésus-Christ nous révèle.

     La facilité qu’il y a à se conformer vient de ce qu’il est plus facile de le faire à ce qui est visible qu’à ce qui est invisible. Or, le monde est visible, tandis que le Royaume de Dieu est invisible, « il ne vient pas de manière à frapper les regards… » Luc 17:20. Nous savons que nous « héritons » la fin, ou l’éternité de ce en quoi, ou en qui nous nous confions. Les choses visibles sont passagères, or ce monde est visible, c’est la raison pour laquelle « la figure de ce monde passe… » I Cor 7:31 ; mais les choses invisibles sont éternelles et c’est ce qu’est le Royaume de Dieu, qui « … n’est pas le manger et le boire, mais la justice, la paix et la joie, par le Saint-Esprit… » Rom 14:17. Ainsi, seules, la soif spirituelle et la révélation de la Parole tiennent ouverts les yeux de notre esprit sur les choses divines, afin de les recevoir dans la foi, et d’y appartenir en leur devenant semblables. Car c’est en leur devenant semblables que nous devenons différents du monde, et c’est en étant différents de l’esprit du monde, que chacun de nous est, spirituellement, en ce monde une lumière du Royaume de Dieu.