M71 – TRAVAILLEZ …

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    « Jésus leur répondit : En vérité, en vérité, je vous le dis, vous me cherchez, non parce que vous avez vu des miracles, mais parce que vous avez mangé des pains et que vous avez été rassasiés. Travaillez, non pour la nourriture qui périt, mais pour celle qui subsiste pour la vie éternelle, et que le Fils de l’homme vous donnera ; car c’est lui que le Père, que Dieu a marqué de son sceau. Ils lui dirent : Que devons-nous faire, pour faire les œuvres de Dieu ? Jésus leur répondit : l’Œuvre de Dieu, c’est que vous croyiez en celui qu’il a envoyé… » Jean 6:26-29.

    Jésus, la veille de ce jour, avait fait le miracle de la multiplication des pains qui avait rassasié les cinq mille hommes, sans compter les femmes et les enfants. Or, le lendemain déjà, cette foule laissait voir que cette nourriture terrestre semblait prendre le pas sur le « pain de Dieu, qui est celui qui descend du ciel, et qui donne la vie au monde… » Jean 6:33, c’est-à-dire, la Parole prêchée de Jésus. Jésus saisit donc l’occasion pour leur montrer, ainsi qu’à nous-mêmes, combien notre âme peut être appesantie par le poids et les sollicitations de notre corps ; ce corps que Jésus, cependant, n’a pas oublié parmi toutes Ses Promesses en vue de ses soins et de sa subsistance. La faim du corps est légitime, mais il arrive à cette dernière de s’opposer à la faim spirituelle, la faim de l’âme, qui est la première à être servie et rassasiée.

      « Travaillez, non pour la nourriture qui périt, dit Jésus, mais pour celle qui subsiste pour la vie éternelle… ». Ces paroles rejoignent celles de Paul, lorsqu’il écrit : « Ce qu’un homme aura semé, il le moissonnera aussi. Celui qui sème (ou travaille) pour sa chair moissonnera de la chair la corruption ; mais celui qui sème pour l’Esprit moissonnera de l’Esprit la Vie éternelle… » Gal 6:7-8. Jésus nous appelle à un travail intérieur, un travail dans notre esprit par Son Esprit, et ce travail consiste à croire, à sonder, à « manger » la Parole, à « veiller et prier ». Il consiste, dit l’Écriture à « se purifier comme Lui-même est pur… » I Jean 3:3, et aussi à « se soumettre les uns aux autres dans la crainte de Christ… » Eph 5:21. C’est, enfin, laisser son cœur être labouré et hersé au travers des épreuves et des peines que le Seigneur permet, afin de recevoir les semences de la Vérité en vue de porter un fruit durable, qui glorifie notre Père qui est dans les cieux.

     La Loi de Moïse exigeait un effort pour mettre en pratique la Parole. La Grâce ne nous en demande pas moins, et même infiniment plus, mais dans un tout autre esprit, non par un effort venant de soi, mais par une « identification » avec Christ, qui nous rend capables de cet effort. Celui qui doit faire un effort pour aimer, ou quoi que ce soit d’autre pour Dieu, prouve par-là qu’il n’aime pas véritablement. Car aimer, comme agir, selon l’Esprit, exige non pas un effort, mais un « aliment », c’est-à-dire, la nourriture de la Parole qui développe en nous une force qui est une des capacités spirituelles de la nouvelle créature que nous sommes devenus en Christ. La Nourriture céleste nous est donnée pour que nous ayons la force de faire la Volonté de Dieu, et Jésus a suscité la faim, et la soif en nous pour la rechercher, non comme une chose imposée, mais désirable. Seuls, un travail intérieur et une soif spirituelle permettent de discerner et de recevoir la Nourriture spirituelle de la Parole de Dieu, selon que l’écrit l’apôtre : « Nous en parlons (des choses divines), non avec des discours qu’enseigne la sagesse humaine, mais avec ceux qu’enseigne l’Esprit, employant un langage spirituel pour les choses spirituelles… » I Cor 2:13.

     Tant de choses sont à même de nous submerger ici-bas, qu’il nous est nécessaire de faire un choix : soit d’être préoccupés des choses d’en bas, soit de l’être des choses d’en haut ! Et notre Seigneur, tout en sachant ce dont nous avons besoin ici-bas, nous appelle d’abord à rechercher et à nous affectionner aux choses d’en haut. Ce n’est pas si simple, et serait-ce donc pour cette raison que les disciples demandèrent à Jésus : « Que devons-nous faire, pour faire les œuvres de Dieu… ? », et Jésus de répondre : « L’œuvre de Dieu, c’est que vous croyez à celui qu’il a envoyé… ». Remarquons que Jésus ne dit pas les « œuvres », mais l’ « Œuvre » de Dieu, laquelle consiste à faire Sa Volonté ; et c’est précisément Son Fils bien-aimé qui nous donne cette nourriture dont Il avait dit précédemment : « Ma nourriture est de faire la volonté de celui qui m’a envoyé, et d’accomplir son œuvre… » Jean 4:34. De l’obéissance à Dieu découle la croissance spirituelle.

      Dans le cas où l’homme charnel goûterait, contrairement à sa nature, à la nourriture spirituelle, celui-ci n’en deviendrait pas meilleur pour autant, mais pire, il se gâterait par elle. Car c’est justement une vie non livrée, non régénérée qui fait que l’on croit sans ressembler aux choses que l’on a crues, et que la vie est stérile. Aussi arrive-t-il, chose étrange, que l’on ressente plus ou moins consciemment une hésitation en soi-même à désirer vraiment « une grande foi », pourquoi cela… ? Parce que nous entrevoyons qu’une grande foi qui obtient, exige, non seulement une confiance totale dans le Seigneur, mais notre existence entière en Lui, ceci nous appelle non seulement à placer notre vie entre les Mains de Dieu, mais encore à la placer sur Son Autel, en sacrifice vivant. C’est à ce prix que notre Maître recevra le fruit de notre travail, et que nous entrerons dans Sa Joie.

     Le Travail divin, c’est une sanctification joyeuse dans la méditation et l’application de la Parole et la Volonté de Dieu. Il suffit, en effet, d’une seule chose qui contrarie celui qui croit être « arrivé », pour qu’il s’arrête et remette tout en question. Tandis que l’homme spirituel fait de chaque pas, non une expérience fugitive, mais un acquit spirituel durable, et s’il arrivait qu’il bronche à cause de sa faiblesse, il sait cependant que tout ce qui l’a précédé consiste en ce « bon dépôt, par le Saint-Esprit qui habite en nous… », dont parle l’apôtre Paul à Timothée : II Tim 1:14. Ainsi, tout ce qui lui est réservé par le Seigneur, toutes ces choses donc ne lui feront pas défaut et l’affermiront ; car il marche sur ce chemin ouvert par Dieu, qui a pour lui, comme pour nous « … préparé d’avance des œuvres, afin que nous les pratiquions… » Eph 2:10. Et elles ne nous manqueront pas, ni le zèle de l’Amour de Dieu pour y aspirer, ni le discernement de l’Esprit pour les connaître, ni la force de Sa Grâce pour les accomplir.

      Le Seigneur nous appelle à travailler dans le même Esprit que celui de la Nourriture céleste,  dont nous avons besoin. En effet, où nous ont donc conduits toutes nos propres résolutions, tentatives, décisions ou entreprises… ? Au point où, justement, il ne nous reste plus qu’à demander au Seigneur Sa Grâce, la direction de Son Esprit et Sa Force. Il est une Parole révélatrice de Jésus : « Mon Père agit jusqu’à présent ; moi aussi, j’agis… » Jean 5:17. C’est là le même verbe que lorsque Jésus dit : « Travaillez… ». Jésus agit (travaille) sur la terre, parce que Son Père agit (travaille) dans les cieux ! Et l’Œuvre de Dieu dans « l’homme intérieur », la force qui l’exécute et le fruit qui en résulte, tout ceci vient d’en haut. Travailler pour la nourriture qui subsiste, c’est agir dans la communion de l’Esprit du Père et du Fils, c’est agir aussi envers nos frères et sœurs qui agissent de même envers nous, c’est encore être « mus » les uns par les autres, en étant un seul Esprit dans la Présence et la Puissance de Dieu.

     Quand nous travaillons par l’Esprit, nous aidons aussi nos frères à œuvrer dans le discernement, quand nous persévérons, nous ne persévérons pas que pour nous-mêmes, mais nous aidons chacun de nos frères à persévérer. C’est cela, la véritable « communion des saints » qui n’est pas un dogme, mais une réalité divine ; elle est cette relation par l’Esprit entre les rachetés. De même, quand nous prions et vainquons, nos bien-aimés en Christ, au près comme au loin, en reçoivent les répercutions bénéfiques dans leur vie de prières, souvent, sans qu’ils sachent qui a prié pour eux. Et si dans les luttes et les épreuves, il nous arrive, parfois, de nous demander, comment ou s’il nous est utile de continuer la route… nous sommes relevés du découragement en ce que nous savons que nous ne travaillons ni ne persévérons pour nous seuls, mais pour nos frères en la foi, encouragés à faire de même envers nous. Et cette réciprocité fraternelle fait que, par l’encouragement reçu les uns par les autres, une bénédiction de force et de lumière repose, en retour, sur nous, réconforte et réjouit les cœurs de part et d’autre.