M70 – IL VOULAIT LES DÉPASSER …

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      «  Le soir étant venu, la barque était au milieu de la mer, et Jésus était seul à terre. Il vit qu’ils avaient beaucoup de peine à ramer ; car le vent leur était contraire. A la quatrième veille de la nuit environ, il alla vers eux, marchant sur la mer, et il voulait les dépasser. Quand ils le virent marcher sur la mer, ils crurent que c’était un fantôme, et ils poussèrent des cris ; car ils le voyaient tous, et ils étaient troublés. Aussitôt Jésus leur parla, et leur dit : Rassurez-vous, c’est moi, n’ayez pas peur ! Puis il monta vers eux dans la barque, et le vent cessa. Ils furent en eux-mêmes tout stupéfaits et remplis d’étonnement… » Marc 6:47-51.

     « Il voulait les dépasser… ». Il nous arrive, parfois, que la manière d’agir du Seigneur nous échappe. Comprendre, sans toutefois tout comprendre, est la faculté qui nous a été donnée avec ses limites. Nous n’échappons pas aux mystères de la vie, comme aux mystères de Dieu et de la foi. Il n’est pas toujours facile d’accomplir la Volonté de Dieu et, souvent, moins facile encore de la connaître. Il nous est déjà difficile d’agir avec notre propre volonté soumise elle-même à la Parole et à l’Esprit de Dieu, au point que l’Apôtre Paul, parlant de lui, et, par là de nous, s’écrie : « Car je ne fais pas le bien que je veux, et je fais le mal que je ne veux pas… » Rom 7:19 ; nous comprenons alors combien nous avons besoin, s’agissant de Dieu Lui-même, d’une révélation de Sa Volonté et de Ses Pensées dans notre vie et dans notre marche avec Lui.

    La situation périlleuse dans laquelle se trouvent les disciples suscite bien des questions dans leur cœur ; et, alors que le naufrage menace, voici que Jésus s’approche et veut les dépasser… ? Lui qui, précisément, sait toutes choses, pourquoi donc renvoya-t-Il la foule qui l’écoutait, et s’en alla-t-Il, seul, sur la montagne pour prier ? Pourquoi les obligea-t-Il à monter dans la barque et à passer, avant Lui, de l’autre côté, vers Bethsaïda ? Et dans ces circonstances qui sont les leurs, quel sens donner à cet « autre côté… » Marc 6:45. Celui de la mer, de la mort ou de la vie ? Cette tempête, qui a surpris les disciples, l’a-t-Il prévue ou échappe-t-elle à Son contrôle ? Ils ne savent que penser du comportement de Jésus à leur égard (qu’ils n’ont d’ailleurs pas encore reconnu) et qui les laisse derrière Lui en proie au vent et à leur peur. Autant de questions pour ces hommes dans la barque… que nous nous posons nous-mêmes quand surviennent de mauvaises ou douloureuses nouvelles, ou des situations imprévues qui semblent tout remettre en question.

      Mais, les disciples, qui n’ont pas encore reçu de réponses ni de secours, ne cesseront d’aller d’étonnement en étonnement ! Jésus, en effet, vient vers eux, marchant sur la mer… ! Puis, une interrogation angoissante naît en eux, car Jésus passe auprès d’eux, sans s’arrêter… ! Il semble passer outre, le secours vient, et s’en va ! Et, en plus de tout cela, les disciples prennent Jésus pour un « fantôme… ». Aussi craignent-ils de Le voir s’approcher et, tout autant, en même temps,  de Le voir s’éloigner… ! De face, ils sont effrayés ; de dos, ils l’invoquent, tant leur trouble est grand.

     Quels étaient donc l’intention et le but de Jésus d’agir de cette manière, à leurs yeux incompréhensible à la situation présente ? Le péril rend brève et courte la réflexion des disciples, ils n’ont guère le temps de prier ou de sonder les Desseins de Dieu dans de telles circonstances. Ce qui nous montre la nécessité de le faire avant, c’est-à-dire, de veiller et de prier en tout temps, en prévision de ces situations semblables quant à nous, mais connues du Maître ! Jésus sait ce qu’Il fait en agissant ainsi, et les disciples le comprendront sous peu quand Il montera auprès d’eux dans la barque. Ils apprendront, quand tout est sombre et tragique, que ceux qui possèdent la foi et l’espérance dans leur cœur doivent se distinguer, dans ces moments-là, de ceux qui ne les ont pas encore… ! L’épreuve est le creuset dans lequel se sépare le « moi » de notre foi, et met en lumière le But divin, et les moyens spirituels pour l’atteindre, qui nous étaient cachés jusqu’alors.

      Jésus répondit aux cris des disciples, mais en « écourtant » la leçon de foi qu’ils auraient pu recevoir en pareille occasion, car Jésus, une fois monté dans la barque, « aussitôt, le vent cessa… » dit l’Écriture. Ceci nous révèle un trait de Son immense Bonté et la connaissance qu’Il a de nos limites ! Combien de fois le Seigneur, qui s’était proposé pour nous des buts à atteindre, dut, à cause de notre faiblesse, modifier les circonstances ou les moyens, afin de nous faire parvenir au but fixé par Lui ; et, ceci, pour nous encourager à parcourir, d’une foi alors accomplie, la « distance » ou la durée, d’une épreuve ou d’une tentation jusqu’à la délivrance et la victoire. Souvenons-nous de ce que nous annonce l’Écriture, concernant les calamités précédant l’Avènement du Fils de l’homme : « Et, si le Seigneur n’avait abrégé ces jours, personne ne serait sauvé ; mais Il les a abrégés, à cause des élus qu’il a choisis… » Marc 13:20.

    Par cet éloignement voulu et momentané, Jésus se présente comme étant le Point vers lequel convergent tous les regards des disciples, la Main vers laquelle se tendent toutes les mains. Alors qu’Il leur donnait l’impression de les abandonner, en réalité, Jésus se dirige vers le lieu où eux-mêmes devaient aller… ! Il ne les perdit pas en route, au contraire, Il la leur « traçait » … sur les eaux. En voulant aller « plus loin » qu’eux, Jésus était en définitive « plus près » du but qu’eux, les y conduisant, mais les disciples ne le comprenaient pas encore. Jésus montre ce qu’est la foi, cette foi qu’ils auraient dû avoir. Ce Jésus, qui « dépasse » les disciples, c’est Lui-même et Sa Foi en eux, et en nous. Et c’est cette foi en nous, qui nous permet « de nous dépasser » nous-mêmes.

     L’Écriture nous montre dans une autre circonstance (où la tristesse céda la place à la joie la plus grande) deux disciples accompagnés de Jésus ressuscité (eux non plus ne le reconnaissaient pas encore). Ces disciples se rendaient au village d’Emmaüs et, là aussi, Jésus « parut vouloir aller plus loin… » Luc 24:28. Or, en les quittant, Jésus leur aurait laissé ignorer ce qui concerne (tout au moins à ce moment-là) Sa Résurrection d’entre les morts, sur laquelle tout repose, et d’où découlent les choses d’en haut pour chacun des rachetés. Nous savons, en effet, et croyons que l’efficacité de la Parole, la validité de notre foi, la rémission de nos péchés, l’espérance de la Vie éternelle et notre propre résurrection sont rendus effectives grâce à la Résurrection de notre Seigneur Jésus.

      Il nous est rapporté, dit l’Écriture, que les deux disciples se dirent l’un à l’autre : « Notre cœur ne brûlait-il  pas au-dedans de nous, lorsqu’Il nous parlait en chemin et nous expliquait les Écritures… ? » Luc 24:32. Et c’est parce que leur cœur brûlait au-dedans d’eux que ces deux hommes « pressèrent » Jésus de rester et de manger avec eux, et c’est au moment où Il rompit le pain ( comme lui-même fut déchiré à la croix) que le voile intérieur de leur cœur se déchira et que leurs yeux Le reconnurent ! Luc 24:29-31. De même, ce n’est qu’à partir du moment où Jésus dit à ses disciples dans la barque : «  Rassurez-vous, c’est moi, n’ayez pas peur… », que Sa Parole, comme le son de Sa Voix leur fit connaître Celui qu’ils avaient pris pour un « fantôme », de même que Marie de Magdala, devant le sépulcre en entendant la Voix de Jésus ressuscité, reconnut aussitôt Celui qu’elle avait pris pour le « jardinier … » Jean 20:15.

      L’intention de Jésus de vouloir « dépasser » la barque dans laquelle les disciples luttaient contre les éléments, comme de vouloir « aller plus loin » que la bourgade dans laquelle les deux disciples avaient projeté de s’arrêter, ce comportement étrange de Jésus, suscita dans leurs cœurs le besoin ardent et salvateur de retenir Jésus, de garder avec eux Celui qu’ils  reconnaissaient comme leur unique Secours et Sauveur. La Présence de Dieu, qui semble nous « échapper », met en évidence le vide en nous et l’inconcevabilité de pouvoir vivre sans Lui… ! Les disciples atteignirent donc le rivage sains et saufs, bénissant le Seigneur pour un sol et une foi enfin plus fermes… ! De même, les deux hommes d’Emmaüs en retournant chez leurs frères à Jérusalem d’où ils étaient partis, allèrent « plus loin » eux aussi, mais plus loin « intérieurement » … parce que joyeux de la Vie intérieure et nouvelle qu’ils allaient leur annoncer de la part du Ressuscité.