M67 – CE QUI EST SPIRITUEL …

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     « Mais ce qui est spirituel n’est pas le premier, c’est ce qui est animal ; ce qui est spirituel vient ensuite… »  I Cor 15:46.

      Qu’est-ce qu’être spirituel ? Chaque croyant peut en avoir une idée particulière, alors qu’aux yeux du Seigneur, il n’y a qu’une seule manière de l’être ; cependant, il est vrai qu’il y a plusieurs façons de le devenir, suivant la nature de chaque âme, car le Seigneur œuvre d’une manière « unique » en chacun de nous. D’autre part, nous avons cette tendance à séparer ce qui est spirituel de ce qui est humain, alors que l’on ne peut être spirituel que dans son être tout entier : esprit, âme et corps, et non en partie seulement. « Car nous qui vivons, dit l’Écriture, nous sommes sans cesse livrés à la mort à cause de Jésus, afin que la vie de Jésus soit aussi manifestée dans notre chair mortelle… »  II Cor 4:11. Être spirituel, c’est vivre Jésus aussi dans la chair ; et si notre chair de par sa vie propre en est, en effet, le plus grand obstacle, cette même chair, une fois « morte », nous donne l’unique occasion de vaincre, d’exprimer ce qui est spirituel en nous et de vivre selon l’Esprit.

     Le Seigneur, selon le besoin et la croissance de chaque âme, se révèle en des temps différents et par lumières successives, utilisant pour cela toute notre vie, dont Il sait la durée,  pour œuvrer dans notre cœur. Notre vocation de « parvenir à la Stature parfaite de Christ » est, non  pas un but qui semble reculer à mesure que nous avançons, mais un chemin étroit qui monte et sur lequel nous progressons jour après jour. Etre spirituel est le résultat de tout ce que Christ a accompli en nous, et de tout ce que nous avons désiré de Lui. Mais prenons garde à nous-mêmes, car l’adversaire peut, soit faire naître en nous cette prétention d’être plus spirituels que nos frères, et ainsi nous faire tomber dans l’orgueil, soit, à l’inverse, nous le présenter comme une montagne inaccessible, cherchant par là à nous décourager.

      Le cœur et l’esprit de l’homme spirituel sont toujours en éveil, c’est-à-dire, en tout temps :  « L’homme spirituel, dit l’Écriture, juge de tout, et il n’est lui-même jugé par personne…» I Cor 2:15. Ceci ne signifie pas que cet homme juge tout et tout le monde, critiquant ou condamnant ses frères. Il ne juge pas « tout », mais « de tout », c’est-à-dire, qu’il examine la nature spirituelle ou non des choses qu’il doit accepter ou rejeter. Ces croyants font partie de ces « … hommes faits, pour ceux dont le jugement est exercé par l’usage à discerner ce qui est bien et ce qui est mal… » Héb 5:14 ; et, cela, d’abord pour eux-mêmes, ensuite, si Dieu les y conduit, pour les autres. Puis, dit l’Écriture : « L’homme spirituel n’est jugé par personne… », parce qu’il est assez spirituel et humble pour ne pas avoir constamment besoin d’être repris par autrui, car suivant l’exhortation de l’apôtre Paul, il a appris à « s’examiner lui-même… »  II Cor 13:5, et à « se juger lui-même… », jugeant préférable, si nécessaire « d’être châtié par le Seigneur »  plutôt  que  « d’être  condamné  avec  le  monde… » I Cor 11:31-32.

      L’homme spirituel est celui en qui croissent les « fruits de l’Esprit… » : Gal 5:22. Il met son cœur et sa joie à exceller en tous, et en particulier : la « maîtrise de soi », la « tempérance ». L’Écriture le cite en dernier, non qu’il soit le moindre de tous, bien au contraire, mais il se tient à cette place comme étant l’aboutissement des fruits qui le précèdent. En effet, comment peut-on concevoir quelqu’un qui, manifestant l’Amour de Dieu, ne puisse pas, en même temps, être « maître de lui » ? Ou comment comprendre que quelqu’un en qui se trouvent la paix, la patience et la douceur, puisse, en même temps, ne pas posséder cette « maîtrise de soi » ? Nous voyons par là que la maîtrise de soi est, dans la vie de chaque jour, la vertu la plus grande en ce qui concerne les relations avec notre prochain. C’est là ce qu’écrit l’apôtre Paul, aux Galates : « Frères, si un homme vient à être surpris en quelque faute, vous qui êtes spirituels, redressez-le avec un esprit de douceur…» Gal 6:1, et non avec un esprit de rigueur, de jugement ou de rejet. Dans ce cas, comme en tout autre situation qui nécessite la manifestation de ce fruit, l’homme est maître, non seulement de ses actions, mais plus encore de ses réactions.

       « Ce qui est spirituel, dit l’Écriture, n’est pas le premier, c’est ce qui est animal, ce qui est spirituel vient ensuite… ». Combien cela est vrai. Nous reconnaissons, en effet, qu’en certaines circonstances, nos premières pensées ou nos premiers sentiments ne sont pas toujours spirituels, et, cela, non seulement dans nos relations humaines, mais aussi dans le domaine spirituel. Combien de prières, de conceptions, de doctrines apportées ou reçues, et qui, ensuite, ont dû être changées ou quittées, une fois la Volonté du Seigneur enfin mieux comprise … !  Car, justement, «  Ce qui est spirituel vient… ensuite ». Cela peut prendre, pour certaines âmes et dans certains cas, des mois, des années, une vie entière même. Mais en tout ceci, nous apprenons une chose consolante et réconfortante : le désir même d’être plus spirituel est un signe qu’on l’est déjà quelque peu pour en ressentir le besoin.

      Il est donc écrit que « le premier est ce qui est animal… ». Le mot « animal » ici est la traduction du mot grec « psychique ». C’est-à-dire, que ce n’est pas ce qui est spirituel (l’esprit) qui se manifeste le premier en l’homme, mais ce qui est « psychique » (l’âme) ; cette âme changeante, ou opiniâtre… ! L’homme spirituel est celui qui passe, ou qui est passé, du psychique au spirituel, de cette vie instable de l’âme à celle de l’Esprit de Dieu œuvrant dans notre esprit. C’est l’Œuvre mystérieuse et silencieuse dans notre vie de cette « parole de Dieu vivante et efficace, plus tranchante qu’une épée quelconque à deux tranchants, pénétrante jusqu’à partager âme et esprit, jointures et moelles, jugeant les sentiments et les pensées des cœurs… » Héb 4:12. La révélation de la Parole exprime lumineusement cela quand elle dit que « l’Esprit lui-même rend témoignage à notre esprit (et non pas à notre âme) que nous sommes enfants de Dieu… » Rom 8:16. C’est le témoignage de l’Esprit du Père à notre esprit, témoignage que notre âme, de par sa nature fragile, ne saurait recevoir, ni retenir, si ce n’est qu’elle aussi a part à la purification et à l’affermissement résultant de la certitude et de l’Œuvre de l’Esprit-Saint dans notre « homme intérieur ».

      Quelle destinée glorieuse que celle de passer de ce qui est « animal au spirituel » grâce au sacrifice de Jésus, et de Son Sang qui lava nos cœurs et nous ouvrit la Voie sainte qui nous mène chez le Père. Être spirituel, c’est passer de nos errements à la Sagesse d’en haut, c’est cette richesse spirituelle qui vient du dépouillement de notre « moi », c’est, enfin, « … après avoir porté l’image du terrestre, nous porterons l’image du céleste… » I Cor 15:49. Et toutes ces choses nous donnent la force d’accepter la répétition quotidienne de la vie, la force de ne pas vouloir fuir des situations difficiles, ou des personnes encore plus difficiles. C’est, enfin, accepter avec joie la sorte de vie que Dieu a voulu pour nous, vie dans laquelle les murmures ont cédé la place aux actions de grâces. Rien n’est facile, il est vrai, et aucun homme qui est spirituel ne dira le contraire, à moins qu’il ne le soit pas suffisamment, ce qui expliquerait pourquoi il n’est pas plus éprouvé par l’esprit de ce siècle.

     Mais l’homme spirituel, qui, en même temps, vit sur cette terre et tient levés ses regards sur Jésus, fait siennes les paroles de l’Apôtre, quand il dit que « nos légères afflictions du moment présent produisent pour nous, au-delà de toute mesure, un poids éternel de gloire, parce que nous regardons, non point aux choses visibles, mais à celles qui sont invisibles ; car les choses visibles sont passagères, et les invisibles sont éternelles… » II Cor 4:17-18. Le racheté ne voit pas seulement que les afflictions de la vie au point de perdre de vue la Gloire éternelle qui en est l’aboutissement, comme, à l’inverse, les choses invisibles et éternelles ne sont pas pour lui un prétexte pour ignorer les nécessités de sa vie, et de celle des autres, et d’ailleurs, le pourrait-il ? L’homme spirituel est celui qui possède, avant tout, l’équilibre de Dieu dans sa vie. Aussi le reflet en nous de « ce qui est invisible » est-il la transparence de notre vie, révélant dans notre cœur  la  présence  de  cette  « espérance  qui  ne  trompe  point… » Rom 5:5.