M63 – ORDONNE …

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      « Quand les disciples le virent marcher sur la mer, ils furent troublés, et dirent : C’est un fantôme ! Et, dans leur frayeur, ils poussèrent des cris. Jésus  leur  dit  aussitôt : Rassurez-vous,  c’est moi ; n’ayez pas peur ! Pierre lui répondit : Seigneur, si c’est toi, ordonne que j’aille vers toi sur les eaux. Et il dit : Viens ! Pierre sortit de la barque, et marcha sur les eaux, pour aller vers Jésus. Mais, voyant que le vent était fort, il eut peur ; et, comme il commençait à enfoncer, il s’écria : Seigneur, sauve-moi ! Aussitôt Jésus étendit la main,  le saisit, et  lui  dit : Homme  de  peu  de  foi,  pourquoi  as-tu douté ? Et ils montèrent dans la barque, et le vent cessa. Ceux qui étaient dans la barque vinrent se prosterner devant Jésus, et dirent : Tu es véritablement le Fils de Dieu… » Matt 14:26-33.

     « Seigneur, ordonne que j’aille vers toi… », par ces paroles, Pierre, en quelque sorte, ordonne à Jésus de lui « ordonner… » ! Il prie le Seigneur de donner un ordre à sa foi afin de ne pas agir, de ne pas marcher sans une Parole, sans une direction précise, mais à partir, du « viens… » de Jésus. Pierre a le désir d’aller vers Jésus, et, tout autant, de pouvoir marcher sur les eaux. Cependant comme lui, nous savons que, seuls, nos désirs, nos sentiments, notre volonté propre, notre amour même pour Jésus, ne suffisent pas pour agir de façon juste selon la foi. Il faut une parole révélée à notre foi, et la sagesse de la foi même réclame une garantie de la bouche du Seigneur. On ne fait pas ce que l’on veut avec la foi ; et, chaque fois que l’on en use, un conseil, une direction, une révélation de Dieu, est nécessaire, soit tirée de la Parole, soit d’une inspiration de l’Esprit-Saint. Il est donc sage de demander d’abord au Seigneur de quoi assurer et diriger notre foi, et non pas d’entreprendre telle ou telle chose, puis seulement après, c’est-à-dire souvent trop tard, de Lui demander de la bénir, sans qu’elle aboutisse.

     En réalité, ce n’est pas sur l’eau que repose le pied de Pierre, mais sur le divin support de la Parole reçue par la foi. Mais Pierre « vit que le vent était fort, et il eut peur… », la peur troubla ses regards sur la Parole. Sa foi ne sut plus où regarder, elle ne voyait plus la Parole de laquelle elle puise sa seule force. Ne voyant donc plus Jésus, ni l’ordre de Jésus, les yeux de la chair se mirent à considérer de plus en plus les creux et les crêtes des vagues. A mesure que la peur augmente, la foi diminue. Nous sommes appelés à avoir une foi aussi éclairée que forte, tant la vie est complexe. Car même si notre foi est grande en telle circonstance, la plus petite proportion de doute qui reste nous dominera tout entier, un jour ou l’autre, et cela, d’autant plus, si nous négligeons de la nourrir de la Parole de Vie.

     Une chose est frappante dans la parole de Pierre. Alors que les disciples poussaient des cris,  prenant Jésus pour un fantôme, Pierre s’écrie : « Seigneur, si c’est toi, ordonne que j’aille vers toi sur les eaux… ! ». Ceci nous met en mémoire le « Si tu es Fils de Dieu… », prononcé par le diable à l’égard de Jésus, lors des tentations dans le désert de Judas. Nous nous souvenons, en effet, que le diable dit à Jésus : « … ordonne que ces pierres deviennent des pains… ! » Matt 4:3, mais Jésus connut parfaitement l’intention pernicieuse de Satan. Bien qu’à peu près semblable, dans les termes, la parole de Pierre en est tout-à-fait l’opposée, quant au fond et à l’esprit par lesquels il les a prononcées. S’il y a quelque ressemblance dans le ton du commandement, Jésus répondra cependant avec une douce obligeance à Pierre, car Il voit le sentiment vrai de son cœur, qui saura, par cette disposition même, recevoir une leçon de foi, et tous les disciples, ainsi que nous-mêmes.

      En ordonnant donc à Jésus, Pierre ne tente pas le Seigneur, comme le fit donc le diable à Jésus, car, en ce faisant, il se donne à lui-même un ordre, en se mettant, en quelque sorte, lui-même aussi à l’épreuve, et Jésus le prend au mot. Pierre prend à témoin Jésus de l’acte de foi qu’il fera,  en répondant à l’ordre  qu’il reçoit de Lui ;  mais Jésus le rend responsable de sa foi  dans cet acte. Dans la pensée de Jésus, Pierre ne peut qu’arriver sans difficulté jusqu’à Lui sur les eaux ; par Son ordre, la foi de son disciple s’est ancrée à la Parole. La Parole de Jésus est, dans ce cas, le « flotteur » de la foi de Pierre, auquel il s’attache. Ce n’est pas la Parole qui a failli, qui a sombré, mais Pierre, par le trop « peu de foi » par laquelle il s’y tenait. En vérité, la foi n’agit que par la rencontre de la Parole et du croyant, et c’est seulement quand le croyant et la Parole s’« habitent » mutuellement que la foi opère.

    Ainsi, ce que Jésus commença de sa Voix : l’ordre donné, Il le termina de sa Main, en l’étendant et en saisissant son disciple qui s’enfonçait dans les flots. C’est ici une magnifique et riche expérience de foi, et, ceci même jusqu’au naufrage juste évité. Pour chaque chose, la Parole nous enseigne, et ce qu’il faut faire, et ce qu’il ne faut pas faire. N’allons pas, à notre tour, dès aujourd’hui « ordonner » au Seigneur. Car sommes-nous bien sûrs d’agir comme Pierre et non pas comme le diable en tentant le Seigneur… ? L’intention de Satan, en ordonnant de changer « des pierres en pains », avait pour but que Jésus en lui « obéissant », n’eût plus pu, dès lors, obéir à Dieu, Son Père. Car une seule désobéissance, inconcevable s’agissant de Jésus, et tout était rompu avec Dieu, et pour Lui, et pour nous tous. Pierre donc désirait, non pas que Jésus lui « obéisse », mais, au contraire, lui exprimer sa foi par son obéissance, en répondant à une Parole reçue de Jésus, et à laquelle se soumettre.

      Nous avons vu que ces événements se passent en un temps de tempête, de péril, c’est-à-dire, en un de ces moments extrêmes de la vie, et, à divers degrés, la vie n’en est-elle pas jalonnée ? Cependant, en toute autre circonstance, une telle demande ou prière n’aurait-elle pas assurément forcé ou tenté Dieu ? Ceci nous montre qu’en toutes les sortes de temps nous devons veiller, car, selon les diverses circonstances de la vie, telle prière hardie honorera le Seigneur, ou, alors, équivaudra, soit par son inutilité ou par ses exigences, à une tentation de l’adversaire même par notre bouche… ! Ainsi, selon l’état d’esprit dans lequel nous prions, une semblable prière peut être, soit agréée, ou non de la part de Dieu.

     Dans le relèvement de Pierre par la main de Jésus éclate un paradoxe. Il est dans la pensée courante que, quelles que soient les causes, une diminution ou une perte de foi éloignent du Seigneur, ou alors, sont les signes que l’on s’en est déjà écarté… ! Or, là, c’est tout le contraire ; c’est justement au moment où Jésus dit à Pierre : « Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté… ? » qu’il était le plus proche de son Maître, ayant été saisi et tenu contre son sein au-dessus de l’abîme. C’est exactement ce qui a lieu dans notre vie de foi.  Ceci nous apprend que, avoir peu de foi, n’est en aucun cas un péché. Le péché, c’est l’incrédulité… c’est-à-dire, cette absence de foi « hostile », qui refuse ou qui combat la foi même, comme tout objet de foi, et jusqu’à ceux qui la possèdent, et s’il y a persistance de cette incrédulité, celle-ci s’attire le jugement. Par contre, une « trop petite foi » en telle ou telle circonstance, s’attirera, certes, le reproche du Seigneur, mais, en même temps, l’Aide de son immense Bonté ! Car une « petite foi » attire toujours l’attention du Seigneur, parce qu’elle est souvent consciente d’un grand Dessein de Dieu.

      Après celui-ci, le second miracle, qui serait passé inaperçu pour nous, mais non pas pour les disciples ; c’est, qu’au moment où le Seigneur, avec Pierre, montent dans la barque « … le vent cessa… ». La tempête, la peur, les tourments cessèrent, disparurent, parce que Jésus vint auprès d’eux dans la barque, Il entra dans leur vie, dans la même situation qu’eux. Le temps et la durée des épreuves et des tribulations nous donnent conscience de notre petitesse et de notre faiblesse, qui nous révèlent la Force et la Grandeur du Seigneur, comme, en même temps, de la proximité de sa Présence silencieuse… mais jamais muette, car, non seulement dans la tempête avec nous, mais en nous dans la tempête.