M62 – LA CHAIR EST FAIBLE …

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     « Et il vint vers les disciples, qu’il trouva endormis,  et il  dit  à Pierre : Simon, tu dors ! Tu n’as pu veiller une heure ! Veillez et priez, afin que vous ne tombiez pas en tentation ; l’esprit est bien disposé, mais la chair est faible. Il s’éloigna de nouveau, et fit la même prière. Il revint, et les trouva encore endormis ; car leurs yeux étaient appesantis. Ils ne surent que lui répondre… » Marc 14:37-40.

     S’il est une circonstance où la chair aurait dû être, autant que l’esprit, bien disposée, c’est bien en celle-ci. Jésus est là au moment le plus décisif en vue de l’acceptation de la souffrance de la croix. Les huit disciples se tiennent à une certaine distance, les trois autres, Pierre, Jacques et Jean sont plus proches, mais aucun d’eux n’a aperçu, ressenti, l’angoisse et la lutte intérieure de Jésus, en tant que Fils de l’homme, afin de s’en remettre totalement à la Volonté de Dieu, qu’Il devait accomplir pour notre rédemption.

      Jésus ne put donc compter sur ses disciples qui dormaient, ni sur Dieu qui l’abandonna, tout en demeurant cependant, le « témoin dans le ciel, qui est fidèle… » Ps 89:38, fidèle dans l’accomplissement de Son Plan de Salut pour les pécheurs. C’est précisément ici le commencement de la Passion de Jésus, qui s’achèvera au Calvaire et que prophétisa Ésaïe, exprimant le « sentiment » même de Dieu à ce moment-là, en disant : « Il a plu à l’Éternel de le briser par la souffrance… »  Ésaïe 53:10. Bouleversante parole du prophète, attitude pour nous inconcevable d’un Père envers son Fils, alors que nous nous souvenons que, lors du baptême de Jésus, « une voix fit entendre du ciel ces paroles : Tu es mon Fils bien-aimé ; en toi, j’ai mis toute mon affection… » Luc 3:22. Ceci signifie que Dieu, dont la Justice exigeait « de condamner le péché dans la chair en envoyant, à cause du péché, son propre Fils dans une chair semblable à celle du péché… » Rom 8:3, a dû choisir entre : soit frapper irrémédiablement l’homme injuste et pécheur, soit frapper Son Fils juste et sans péché pour nous faire grâce ! Et, bien qu’Il aima son Fils d’un Amour infini, Dieu nous a tant aimés qu’Il a résolu par ce même Amour  d’aller jusqu’à «  se  plaire  à  briser  son  Fils  par  la souffrance… » en le frappant à notre place « du châtiment qui nous donna la paix… » Ésaïe 53:5.

     C’est avec intention que nous rappelons ce qui nous est révélé des souffrances de Jésus afin de bien montrer que, même dans un tel moment où l’homme de douleur a tout enduré, cela n’empêcha pas ses disciples de dormir, « endormis de tristesse… », certes : Luc 22:45, mais de dormir quand même ! Ils étaient prêts à passer une nuit de prière avec leur Seigneur, « l’esprit était bien disposé, mais la chair étant faible… », et ils sont tombés dans la tentation, ils ont succombé à l’épreuve. Souvenons-nous que nous sommes de la même nature qu’eux. Qu’attendons-nous pour veiller et prier ? Que nous faudra-t-il donc pour ressentir ce qu’éprouve Jésus, afin de porter le poids spirituel du fardeau des rachetés ?

     Ainsi, ni Dieu, à cause de Son Amour pour nous, ni les disciples, à cause de la faiblesse de leur chair, n’ont assisté et soutenu Jésus… toutefois, venu de Dieu, « un ange lui apparut du ciel, pour le fortifier… » Luc 22:43. Miséricordieuse exhortation et consolation pour nous. En effet, le Seigneur ne nous a pas laissés « orphelins » Jean 14:18, et, dans les moments où nous nous croyons, et nous nous sentons même abandonnés, nous ne sommes jamais seuls. Et, quand bien-même le ciel nous semblerait muet ou sombre, quand il ne resterait aucune issue, aucun moyen… il survient au dernier moment, un signe, une parole, une personne ou un événement inattendu… de la part de Dieu, qui empêche l’irrémédiable.

     Par cet « esprit bien disposé » et cette « chair faible », l’Écriture nous enseigne sur nous-mêmes une chose profonde. En effet, si notre chair est faible, c’est, en quelque sorte, parce que notre esprit… l’est aussi ! Quoique « bien disposé », notre esprit est faible, c’est-à-dire, inconstant et inconséquent, quand il n’est pas éclairé et affermi par la Parole et l’Esprit de Dieu. Il se trouve que nous nous méconnaissons nous-mêmes, en ce que notre esprit (non encore éclairé) méconnaît encore la nature de notre chair, il la surestime, et alors se méprend sur les forces de celle-ci, qui ne sont que faiblesses. Combien, il est vrai, de paroles, de promesses, de résolutions, ou de services différés ou non tenus à l’égard d’autrui, et surtout à l’égard du Seigneur. Et cela, parce que notre esprit s’est exprimé d’autant plus inconsidérément qu’il n’en a pas approfondi toutes les implications et les exigences auxquelles nous n’avons pas pu, ou su répondre, et y faire face.

     II n’est rien qui soit le plus contraire à la vie spirituelle et à la Pensée du Seigneur que d’entendre dire, en telle ou telle circonstance : « C’est là mon caractère, je n’y puis rien, je suis fait comme cela… ». Quand bien même serions-nous « faits » comme cela, avec les imperfections qui sont les nôtres, nous sommes tenus de dire, et de nous dire, avec l’apôtre : « Ainsi donc, frères, nous ne sommes point redevables à la chair, pour vivre selon la chair… » Rom 8:12. Nous vivons, il est vrai, dans la chair, mais non selon la chair, et, contrairement à la bête, nous pouvons dire « non » à nos instincts. Et seul le Seigneur, en réponse à notre prière sincère, peut changer notre nature et donc notre caractère, car le caractère révèle la nature de la personne.

     La chair est faiblesse en ce qu’elle vit l’instant ; elle ne voit pas de loin et en profondeur. Elle n’aperçoit pas ce que l’Œuvre et la Présence de Christ impliquent dans tous les domaines de la vie, ni l’étendue éternelle du Plan de Dieu. Le croyant charnel veut vivre l’instant présent, il est à la recherche de la bénédiction, de la sécurité et de la prospérité, mais refuse la patience et le brisement, c’est-à-dire, d’être « émondé ». Aussi, les « Gethsémané » que le Seigneur permet dans nos vies nous appellent à déposer, ainsi que nous l’avons fait de nos péchés, toute notre propre sagesse et notre confiance en nous-mêmes à la croix. Alors, la méconnaissance de notre esprit en ce qui concerne la chair, comme celle de la chair influençant notre esprit, disparaîtra. Notre esprit et notre chair ne se méprendront plus sur eux-mêmes, ni l’un sur l’autre, étant désormais éclairés par l’Esprit Saint, et rendus semblables à l’image du Fils de l’Homme.

     Dieu, dans sa Sagesse, a voulu que cette Parole sur la faiblesse de la chair soit en rapport avec les souffrances et la crucifixion de notre Seigneur Jésus-Christ, parce que, précisément, la victoire sur notre chair passe par la souffrance et la crucifixion de celle-ci. Car, selon que le dit l’Écriture : « Christ ayant souffert dans la chair, vous aussi armez-vous de la même pensée. Car celui qui a souffert dans la chair en a fini avec le péché… » I Pier 4:1. Ce n’est pas en évitant les épreuves, celui qui vit pieusement en Jésus-Christ, le peut-il ? Ni non plus par des mortifications physiques ou morales, que l’on meurt et se libère, mais c’est en reconnaissant, déjà en s’avouant à soi-même la faiblesse de notre chair, et que c’est par la chair que le péché est attaché à nous. Aussi est-ce « … dans la chair, que Dieu a condamné le péché, en envoyant à cause du péché, son propre Fils dans une chair semblable à celle du péché… ». Rom 8:3. Et cette mort rédemptrice, opérée par Christ dans notre vie, aboutit à cette révélation libératrice que « celui qui est mort est libre du péché… » Rom 6: 7.

     La chair a ceci de particulier qu’elle est, à la fois, l’adversaire de notre combat et le marchepied de notre victoire, plus encore, une fois vaincue et sanctifiée, elle est associée même à notre adoration à la Gloire du Seigneur, quand, avec David, nous nous écrions : « Mon âme soupire et languit après les parvis de l’Éternel, mon cœur et ma chair poussent des cris vers le Dieu vivant… » Ps 84:3. Ô profondeur de la Rédemption éternelle de Dieu, la « chair » participera aussi à la résurrection, ainsi que le chante encore le Psalmiste : « Aussi mon cœur est dans la joie, et ma langue dans l’allégresse ; et même ma chair reposera avec espérance… » Act 2:26. Nous découvrons que, non seulement ce qui est saint, mais encore ce qui doit mourir est glorieux.