M59 – LE COQ CHANTA …

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      « Ils allumèrent du feu au milieu de la cour, et ils s’assirent. Pierre s’assit parmi eux. Une servante, qui le vit assis devant le feu, fixa sur lui les regards, et dit : Cet homme était aussi avec Lui. Mais il le nia, disant : Femme, je ne le connais pas. Peu après, un autre, l’ayant vu, dit : Tu es aussi de ces gens-là. Et Pierre dit : Homme, je n’en suis pas. Environ une heure plus tard, un autre insistait, disant: Certainement cet homme était aussi avec lui, car il est Galiléen. Pierre répondit : Homme, je ne sais ce que tu dis. Au même instant, comme il parlait encore, le coq chanta. Le Seigneur, s’étant retourné, regarda Pierre. Et Pierre se souvint de la parole que le Seigneur lui avait dite : Avant que le coq chante aujourd’hui, tu me renieras trois fois. Et, étant sorti, il pleura amèrement… » Luc 22:55-62.

    Il est des animaux, dans l’Écriture, dont nous aimons à relever le service qu’ils accomplirent dans un Dessein particulier de la part de Dieu pour les hommes : La colombe faisant connaître à Noé que les eaux du Déluge avaient diminué sur la terre : Gen 8:11. L’ânesse qui, avant que Balaam ne la battit pour cela, vit l’Ange de l’Éternel qui voulait détourner le prophète du chemin le menant à la perdition : Nomb 22:23. Les deux vaches des Philistins qui leur montrèrent un signe de la part de l’Éternel, en transportant l’Arche de Dieu dans la direction opposée des appels de leurs veaux enfermés dans une maison pour la circonstance : I Sam 6:7. Et, sans oublier parmi d’autres encore, l’ânon qui porta Jésus dans la ville sainte, qui retentit à l’entrée du Sauveur des louanges sur Lui : Marc 11:2. Et, parmi eux tous, le coq trouva aussi sa place, précédant le reniement de Pierre annoncé par Jésus : Matt 26:34. Le coq, qui chanta ce matin-là, était bien loin de se douter des répercussions de son chant dans le cœur convaincu de péché et repentant de celui qui sera un des plus grands apôtres. Il n’y a que la Grandeur de Dieu pour parler ainsi au cœur de Ses enfants par le moyen de créatures, comme aussi de choses, si petites, si simples, si humbles. Et dès lors, chaque fois que le futur apôtre des nations entendra chanter le coq, il ne pourra pas ne pas se souvenir.

     « Le coq chanta… » Il n’y a que Jésus et Pierre qui ont su ce que cela signifiait, et pour l’Un et pour l’autre. Seulement, Jésus le sut d’avance, et Pierre trop tard. Et c’est bien cela que nous enseigne le chant du coq : une parole, une chose par laquelle nous sommes déjà avertis, et que, malgré cela, nous agissons, ou agirons encore en n’en tenant pas compte. Dans les situations inattendues, et elles ne sont pas rares dans la vie, il arrive, en effet, que nous nous laissions surprendre à faire ou à dire des choses dont nous nous repentons aussitôt après. Mais, l’avertissement donné par Jésus à Pierre, ne lui a-t-il donc pas servi… ? Si cependant, car Pierre ne sera plus le même dans la suite ; il aura, en effet, découvert son point faible et, désormais, il devra et saura y veiller sans cesse dans la suite de sa vie. Ceci nous rappelle, lorsque Pierre était en Galatie, la faiblesse de son comportement, tantôt mangeant avec les païens, tantôt avec les Juifs, conduite que Paul, ouvrier pour l’Évangile avec lui, reprendra et redressera : Gal 2:11-14.

     II est donc frappant que Pierre, pourtant averti d’avance, n’ait donc pas pris garde à lui-même, le moment venu. L’avertissement fut-il sans force pour l’y préparer ? Certes non, d’autant plus que ce fut de la part de Jésus, autant la constatation d’un fait annoncé qu’un avertissement. Et Sa Parole, en effet, s’accomplit en ce sens comme Il l’avait dit. Dans le fond, pensons-nous, Jésus aurait pu « obliger » Pierre à lui être fidèle, mais alors, il en aurait été ainsi en toutes choses, et pour Pierre, et pour nous ! Or, Jésus nous unit à Lui par Sa Vie et Son Amour qui sont les Forces de notre fidélité. Tandis que le « Prince de ce monde » aveugle, ou à l’inverse, éblouit,  ce qui revient au même, l’on ne voit plus son chemin… ! En effet, soit l’adversaire domine l’homme, dans ce cas, il obéit « contre » son assentiment, soit il le séduit, dans cet autre cas, l’adversaire le soumet « en abusant » de ses sentiments. Or, s’il est une chose à laquelle jamais le Seigneur ne nous obligera, c’est bien celle d’aimer par la contrainte, car la crainte, dit l’Écriture, n’est pas dans l’Amour … » I Jean 4:18. Quant à nos faiblesses, nos erreurs ou nos peurs, la Leçon de Dieu pour nous est qu’une fois ces choses reconnues, notre propre assurance fasse place à la seule et entière confiance, par laquelle nous nous en remettons à  Sa Grâce.

       Le chant du coq était un signe, le signe donné par Jésus à la conscience de Pierre. Nous avons tous un signe particulier par lequel nous savons que notre conscience a besoin d’être reprise, comme il en fut du coq pour Pierre. Et ce signe est différent pour chacun d’entre nous. Un homme spirituel dont l’obéissance, pour un certain temps, n’est pas parfaite, sent, confusément, qu’un coq va chanter… ! Sur le moment, ce croyant n’a pas suffisamment le sentiment de sa misère, l’horreur d’un certain péché ou de l’état de sa vie pour désirer ardemment d’en être délivré. Mais il sait, et il sent que, sous peu, il sera convaincu de ce qu’il pressent… tout en le craignant, et y aspirant à la fois. Cela sera alors pour lui un jour et de délivrance, et de souffrance… c’est-à-dire, un jour de victoire ! Ainsi, à un moment ou à un autre de notre vie, nous avons eu, ou aurons encore besoin d’entendre chanter un coq dans notre conscience, nous révélant ou nous avertissant de notre fidélité… ou de notre incrédulité. Ce coq se présente sous divers aspects, il peut être un frère, une sœur qui nous parle, une prédication, une Parole de l’Écriture, un don spirituel, un échec, une souffrance… ce sont là les « coqs » dont Jésus se sert pour réveiller notre âme.

      Tous ceux qui avaient passé la nuit, dans la cour avec Pierre auprès du feu, entendirent aussi le chant du coq. Mais ce qui n’était pour eux qu’un chant, était pour Pierre un cri, un cri révélateur et déchirant…, et ils ne le surent pas, car, étant sorti hors de leur présence, à l’extérieur de la cour du prétoire, « il pleura amèrement… ». Selon les sentiments de notre cœur ou l’état de notre vie spirituelle, les mêmes choses ou événements, comme les mêmes paroles n’auront pas les mêmes effets sur nous. Mais parce que Dieu nous aime, Il suscitera donc toujours un « coq » et le fera chanter au moment ou nous aurons besoin de nous réveiller, de réagir ou d’être éclairés sur l’attitude ou sur la voie dans laquelle nous nous trouvons.

       L’âme qui se laisse avertir par l’Esprit-Saint aura toujours le discernement du moment même où elle devra ne pas se laisser surprendre. Le coq annonce justement le lever, la lumière du jour, c’est exactement l’Œuvre de la Parole et de l’Esprit dans notre cœur ; son chant… est le Chant  de la Parole et de l’Esprit-Saint qui suffit à notre cœur pour apercevoir nos désobéissances ou l’erreur dans laquelle nous sommes, ou glisserions, ou encore, de même qu’à Pierre, ce chant nous suffit pour convaincre de folie notre propre assurance.

      L’Ecriture nous rapporte que Jésus demanda à Pierre, par trois fois, c’est-à-dire autant de fois  que Pierre le renia, « s’il L’aimait… » Jean 21:15-17. A cette question : « Simon, fils de Jonas, m’aimes-tu… ? » trois fois répétée, Pierre fut attristé, et, à la troisième fois, lui répondit :  « Seigneur, tu sais toutes choses, tu sais que je t’aime… ». Pierre, ainsi que nous-mêmes, savons bien que Dieu sait « toutes choses… », de son apôtre, comme de chacun de nous. Mais en répondant : Tu sais « que » je t’aime, Pierre pense, précisément à : « Tu sais « de quelle manière » je t’aime… ». Ainsi, en arrivons-nous à comprendre que ce « que » veut dire « comment ». Cela signifie que, comme Pierre, l’on a compris alors « combien » tout ce qui nous manque encore pour aimer Jésus comme Il nous a aimés… et que de Lui seul nous vient la Force suffisante pour lui être fidèles. Que ce soit par humilité ou à cause de nos faiblesses, nos réponses aux questions du Seigneur ne peuvent qu’être des aveux ou des prières ardentes. Aussi, le jour où le coq chantera, nos larmes n’auront plus besoin de nous dérober à Son regard pour pleurer.