M58 – LE BRUIT COURUT …

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      « En le voyant, Pierre dit à Jésus : Et celui-ci, Seigneur, que lui arrivera-t-il ? Jésus lui dit : Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne, que t’importe ? Toi, suis-moi. Là-dessus, le bruit courut parmi les frères que ce disciple ne mourrait point. Cependant Jésus n’avait pas dit à Pierre qu’il ne mourrait point, mais : Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne, que t’importe… ? » Jean 21:21-23.

      « Et celui-ci, Seigneur, que lui arrivera-t-il… ? ». Pierre pose ici une question qui ne lui est d’aucune utilité, la Parole que Jésus adresse à Jean ne le concernant pas. Il est déjà bien difficile de trouver des réponses aux questions que l’on se pose, combien plus l’est-il quand il s’agit de questions concernant autrui, à moins, bien sûr, que le Seigneur Lui-même nous les inspire. Pierre, en effet, avait déjà reçu les grandes lignes du plan de Dieu pour sa vie, l’appel au ministère, et même comment surviendrait le terme de sa vie : II Pier 1:13-14. Aussi a-t-il eu besoin d’apprendre, en ce qui concerne les autres, que le Seigneur s’occupe pareillement de chacun de ses serviteurs, et différemment selon l’appel de chacun d’eux. Nous sommes, il est vrai, plus enclins à chercher à comprendre ou à être étonnés de ce que le Seigneur demande aux autres, qu’à nous occuper de ce qu’Il nous dit, ou a encore à nous dire personnellement.

     Dans cet Évangile de Jean, qui nous introduit dans l’intimité et la profondeur de Jésus, il est frappant de trouver, parmi les dernières lignes, une parole si mal comprise de la part des disciples. Ce « bruit » au sujet de Jean fut reçu et retenu par eux plus vite que les Vérités et les Oracles que Jésus a exprimés. Certes, ce « bruit qui courut… » n’a pas couru longtemps, le Seigneur y a aussitôt remédié. Mais la Sagesse de Dieu l’a voulu ainsi, afin de nous montrer que les disciples qui ont vu, entendu Ses Paroles et Ses prodiges, touché en Jésus « la Vie éternelle », n’en demeurent pas moins des hommes faillibles, tant qu’ils n’ont pas encore été par ces choses divines, transformés à Sa ressemblance. La Grâce, dans la suite, opérera ces réalités dans leur vie et affermira leur cœur, comme le nôtre, dans le but de ne désirer et de n’être édifiés que par les paroles reçues de Dieu et comprises par l’Esprit. Tout homme spirituel est reconnaissable en ce qu’il ne court pas après les « bruits », tant au sujet des frères, qu’au sujet de toute interprétation erronée de la Parole, mais seulement après la parole dont la vie et la puissance spirituelles le vivifient et affranchissent son âme.

     L’Écriture nous fait aussi part des répercussions, et celles-là jusqu’à nos jours, d’un faux bruit d’une toute autre nature et aux conséquences bien plus graves, suscité par les adversaires du Seigneur. Après la résurrection de Jésus, les Écritures nous apprennent que les prêtres et les anciens, après avoir donné une forte somme d’argent aux soldats chargés de garder le tombeau, dirent : « Dites : Ses disciples sont venus de nuit le dérober, pendant que nous dormions. Et si le gouverneur l’apprend, nous l’apaiserons, et nous vous tirerons de peine… » Matt 28:12-15. Dès lors, dans le peuple juif et jusqu’à ce jour, cet enlèvement de Jésus par ses disciples est dans une large mesure toujours cru. Il est bien dans la nature de tout homme de donner davantage foi à des « faux bruits » qui courent, ainsi qu’aux traditions, plutôt qu’à la Vérité ou à un miracle authentique de Dieu.

     L’apôtre Paul aussi a connu des « faux bruits » qui couraient sur lui, ainsi que sur son enseignement. Au sujet de l’avènement du Seigneur Jésus-Christ et de notre réunion avec Lui, Paul écrit, en effet, aux Thessaloniciens : « … Nous vous prions, frères, de ne pas vous laisser facilement ébranler dans votre bon sens, et de ne pas vous laisser troubler, soit par quelque inspiration, soit par quelque parole, soit par quelque lettre qu’on dirait venir de nous, comme si le jour de Christ était déjà là… » II Thess 2:1-2. De même Pierre, parlant de « notre bien-aimé frère Paul », dit que dans toutes les lettres, où il parle de ces choses, «… Il y a des points difficiles à comprendre, dont les personnes ignorantes et mal affermies tordent le sens, comme celui des autres Écritures, pour leur propre ruine… » II Pier 3:16. Ainsi, de l’union des enseignements divins et du bon sens des « nés de nouveau » ne peuvent surgir des erreurs de doctrines, ni des jugements, ou des malentendus entre frères, soumis entre eux dans la Sagesse et la Lumière de Christ.

    Le sage dit : « Les paroles du rapporteur sont comme des friandises, elles descendent jusqu’au fond des entrailles… » Prov 26:22. Ce sont là des paroles que rien, ni personne ne peut retenir et qui vont, en effet, jusqu’au bout avec leur erreur ou leur malveillance. Ainsi les faux bruits sont-ils reçus par les âmes non affermies ou curieuses de manière malsaine. Le bruit d’une chose mal comprise ou altérée court vite et l’on peut difficilement l’arrêter. Il est à relever que les bruits concernent toujours des choses mensongères ou pernicieuses, qui, comme les friandises, sont reçues sans discernement par l’âme qui ne veille pas, la détournant de ce qui édifie et perfectionne sur le Fondement divin. Une telle manière de comprendre et de courir après ces choses attire plus que ce qui a pour but de préparer et d’approfondir l’âme par une nourriture spirituelle en vue de la Vie éternelle.

      Point n’est besoin d’autres personnes ou de circonstances particulières pour faire naître les bruits, l’homme suffit à cela, notamment l’orgueil, en particulier l’orgueil religieux. Le cœur naturel est sensible aux bruits au-dedans de lui, qui clament qu’il est le plus humble ou qu’il est seul à savoir aimer ; ces voix lui font entendre qu’il possède l’entière vérité, ou encore qu’il est mal vu ou mal accepté à cause du Seigneur, alors que, souvent, il l’est à cause de son manque de sagesse. Ainsi l’âme de l’homme est-elle une ville bruyante, une ville d’où s’élèvent ses bruits intérieurs, ses désirs personnels qu’elle prend pour des inspirations d’en-haut, des bruits qui lui font prendre son zèle pour de la Vie spirituelle, ou encore qui multiplient en elle les résolutions et les projets jusqu’à l’en étourdir. Pourquoi donc cet attrait des faux bruits… ? Parce qu’il y a là toujours quelque chose d’insolite, c’est le fruit de l’imagination, d’une liberté qui ne veut pas s’attacher à la vérité des choses, qui ne se soumet pas à la Parole, et qui permet de lui donner le sens que l’on veut. Le penchant à recevoir les faux bruits dénote une insoumission à la Pensée de Dieu

     La manière dont Jésus met fin aux bruits qui courent, comme à nos bruits, n’est donc pas par le moyen d’explications qui, à leur tour, en suscitent d’autres, L’Écriture précise que « … Jésus n’avait pas dit à Pierre que Jean ne mourrait point ; mais : si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne, que t’importe… ? ». Et ceci sans autre explication. Quelle sobriété, quelle profondeur ! De plus, en disant à Pierre : « Toi, suis-moi… » Jésus répond à Pierre lui-même, plutôt qu’à sa question…, et c’est ici le but de Jésus. Il est, en effet, de la manière du Seigneur de répondre à l’homme qui l’interroge, plutôt qu’aux questions qu’il pose, ou qu’il se pose. Car, c’est nous-mêmes, avant ce que nous pensons, c’est-à-dire, notre vie avant même nos pensées qui la révèlent, qui a besoin de changer.

      D’ailleurs, recevoir des réponses à toutes nos questions ne saurait nous rendre heureux, nous ne cesserions pas, notre vie entière, d’interroger Dieu. Et, aussi louable que cela puisse paraître, cela équivaut, aux yeux du Seigneur, aux « excès du manger et du boire… » Luc 21:34. Grande est donc la différence entre l’homme spirituel et l’homme charnel. Le charnel aspire plus à « savoir et à avoir » qu’à « être », tandis que le spirituel aspire plus à « être » qu’à « savoir et à avoir ». Et lorsque nous connaissons nos limites ici-bas, nos aspirations spirituelles sont illimitées, car nous confions toutes choses, et d’abord nous-mêmes dans la Grâce de Dieu. Puissent les limites de notre intelligence nous rappeler sans cesse notre besoin de la Révélation, de la Dimension de la Pensée de Dieu dans la compréhension de Sa Parole.