M55 – JE COURS …

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       « Ce n’est pas que j’aie déjà remporté le prix, ou que j’aie déjà atteint la perfection ; mais je cours, pour tâcher de le saisir, puisque moi aussi j’ai été saisi par Jésus-Christ. Frères, je ne pense pas l’avoir saisi ; mais je fais une chose : oubliant ce qui est en arrière et me portant  vers ce qui est en avant,  je cours vers le  but,  pour remporter  le  prix  de  la  vocation  céleste de  Dieu  en  Jésus-Christ… »   Phil 3:12-14.

     Nous n’aurions sans doute pas pensé entendre une telle parole de la bouche de Paul, l’apôtre des nations. Nous l’avions cru arrivé, et voici qu’il écrit : « Je cours… ». Cette parole nous exhorte à voir l’apôtre tel qu’il veut que nous le voyions. En effet, alors que Paul a supporté le mépris, il n’a en aucun cas accepté l’admiration. Certes, en considérant ce qu’il a reçu de la part du Seigneur, il a pu dire : « Si je voulais me glorifier, je ne serais pas un insensé, car je dirais la vérité ; mais je m’en abstiens, afin que personne n’ait à mon sujet une opinion supérieure à ce qu’il voit en moi ou à ce qu’il entend de moi… » II Cor 12:6.  Paul est donc comme nous, ce qui, certes, ne veut pas dire que nous sommes comme lui, car quant au ministère, chacun de nous est appelé différemment ; mais pour ce qui est de notre vie, nous marchons tous ensemble derrière le même Maître et le même Exemple divin à suivre.

     « Frères, je ne pense pas l’avoir saisi, dit l’apôtre, mais je fais une chose, oubliant ce qui est en arrière, et me portant vers ce qui est en avant… je cours vers le but pour remporter le prix de la vocation céleste… ». « Je ne pense pas… », surprenante parole encore de la part de Paul, dont on connaît l’assurance en Christ et les Vérités immuables qu’il nous a enseignées. Toutefois, ce n’est pas ici l’expression d’un doute, ni un aveu d’impuissance, mais la conscience de tout ce que Dieu a déjà fait dans sa vie, et, surtout, de tout ce qu’il devra accomplir encore, afin de ressembler à Jésus, son Maître.  Car, si Paul « … achève dans sa chair, les souffrances de Christ, pour son Corps, qui est l’Église… »  Col 1:24, il lui restait aussi à parvenir « à l’état d’homme fait, à la mesure de la stature parfaite de Christ… » Eph 4:13.

      Ce n’est pas dans son activité, ou dans son ministère que nous connaissons vraiment un croyant, ou un serviteur de Dieu. En effet, Dieu agit au travers de nous dans les autres, mais Il veut aussi agir au-dedans de nous. Le Seigneur suscite alors certaines circonstances dans notre vie où, au lieu de travailler pour la Parole, nous sommes « travaillés » par elle, en vue d’une vie spirituelle féconde. Le croyant est appelé à connaître des moments douloureux, mais indispensables parce que fructueux. Aussi, face à sa faiblesse et à la tentation de s’arrêter en chemin, il a un sursaut, et il n’a alors qu’une seule prière, qu’un seul désir : celui de courir… pour remporter le prix !  Et s’il cherche à le saisir, c’est précisément parce que lui-même « … a été saisi par Jésus-Christ… », de là sa consolation et sa persévérance jusqu’à la victoire.

     Beaucoup ont la pensée que, s’ils avaient moins de contrariétés, moins de préoccupations, moins de personnes pénibles autour d’eux, ou encore plus de temps, ils pourraient mieux se consacrer, se sanctifier et seraient plus spirituels ; il leur semble qu’ils courraient mieux. Mais c’est ici le « moi » religieux qui parle, car ce sont, justement, ces situations difficiles qui nous donnent l’occasion de les vaincre, et de nous vaincre nous-mêmes en chacune d’elles, quand bien même certaines devraient se prolonger encore. Elles sont autant de défis à notre foi qui est appelée à les relever et, loin de l’émousser, ces difficultés l’aiguisent.

      « Je cours… ». Nous apprenons ainsi qu’un croyant véritable est toujours intérieurement « en mouvement ». En approchant d’un mort, ce qui nous frappe, en premier lieu, c’est l’absence totale de mouvements qui semble retenir les nôtres. La Vie est mouvement ; en effet, elle ne peut,  et  nous  ne pouvons  l’arrêter.  Pouvons-nous  cesser de combattre, ou de chercher la Volonté de Dieu ?  Pouvons-nous cesser de veiller et de prier ?  Comment  pourrions-nous  donc nous arrêter, et, de là, perdre de vue Jésus sur le chemin qu’il a tracé pour nous. Le diable, le monde, notre chair, le découragement, la souffrance ne manquent pas, en effet, de nous donner des raisons de nous arrêter en chemin, de nous « reposer » avant le ciel. Mais plus la distance augmente entre nous et la Présence, la Paix et la Joie du Seigneur, plus cela devient insoutenable à nos âmes. Il n’est rien de plus décisif que la Lumière de la Parole révélant aux yeux de notre cœur ce triste état, pour reprendre alors notre croix et notre marche à la suite de Jésus. Humiliés, mais, plus encore, reconnaissants de l’Amour et de la Patience de Dieu, de nous avoir attendus et relevés.

       La Vie est donc le mouvement, mais pas un mouvement désordonné, un « zèle sans intelligence ». « Moi donc, je cours, écrit Paul, non pas comme à l’aventure ; je frappe non pas comme battant l’air.  Mais  je  traite  durement  mon  corps  et  je  le  tiens  assujetti, de  peur  d’être  moi-même  rejeté,  après avoir prêché  aux autres… » I Cor 9:26-27. Celui qui a appelé Paul est le Même qui nous a appelés, et, comme l’apôtre, nous ne devons pas courir n’importe où, ni n’importe comment, mais pour « remporter le prix… », « atteindre la perfection… ». La perfection ne vient pas à nous c’est nous qui allons à elle, car la perfection est un prix à remporter. « Ne savez-vous pas, dit l’Ecriture, que ceux qui courent dans le stade courent tous, mais qu’un  seul  remporte  le  prix ? Courez  de  manière  à  le remporter… » I Cor 9:24, avec cette différence qu’en Jésus, il n’y aura pas qu’un seul vainqueur, mais que chacun de nous peut l’être. Et ce prix ne peut nous échapper, car aurions-nous un seul instant la pensée de nous priver, pour l’éternité, de la Présence de Celui qui nous a tant aimé… ?

      Notre vie doit expérimenter, entre autres, deux réalités spirituelles, afin que notre course soit constante et victorieuse : la Vie et la Mort de Jésus en nous. Toutefois, ne désirer que Sa Vie en refusant « … la communion de ses souffrances, en devenant conforme à lui dans sa mort… » Phil 3:10, conduirait, après s’être élevé vers des hauteurs spirituelles, à retomber chaque fois, toutes les ascensions étant suivies de chutes et de rechutes. Inversement, ne regarder qu’à la Mort de Jésus en méconnaissant « … la puissance de sa résurrection… » Phil 3:10, n’est pas ici la mort à soi-même par Christ, mais la mort à soi-même… par soi-même. Et, se croire mort au monde et au péché, sans la Mort de Christ qui seule la rend effective, n’est qu’une illusion faisant du croyant le vaincu de sa propre victoire. La Vie et la Mort de Christ donnent le mouvement du balancier spirituel de notre vie intérieure qui s’exprime, alternativement, dans tous les domaines de notre existence : joie et tristesse, bénédictions et épreuves, faiblesse et force, douleur et consolation… ! La Vie et la Mort spirituelles en nous ne s’opposent pas, mais travaillent ensemble chacune dans sa partie : la mort, détruisant notre « homme extérieur », et la Vie renouvelant notre « homme intérieur ».

       En ce concerne les choses de ce monde, le fait de penser, ou de s’interroger fait que, sur le moment, l’on s’arrête, ou cesse son activité de l’instant. Dans les choses spirituelles, c’est le contraire qui se produit, le fait de penser ou de s’interroger n’a pas pour effet de nous arrêter, de nous faire hésiter. En effet, Paul s’interrogeant, écrit : « Je ne pense pas l’avoir saisi, mais je fais (dans le même temps) une chose… je cours… ». Du moment, qu’il n’y a pas plusieurs chemin, mais qu’un seul pour plaire à Dieu, il n’est pas nécessaire de se demander, au risque de se figer spirituellement sur place, si nous pouvons courir ou non avec le poids de nos faiblesses et de nos défauts conscients ou inconscients. Courons d’abord…, et nous constaterons que nous ne les perdrons qu’en avançant… ! Tel qui court dans la Voie de l’Esprit, n’est plus le même quand il arrive au but ; car c’est pendant qu’il court… qu’il change.