M53 – CELA NOUS SUFFIT …

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  « Si vous me connaissiez, vous connaîtriez aussi mon Père. Et dès maintenant vous le connaissez, et vous l’avez vu. Philippe lui dit : Seigneur, montre-nous le Père, et cela nous suffit. Jésus lui dit : Il y a si longtemps que je suis avec vous, et tu ne m’as pas connu, Philippe ! Celui qui m’a vu a vu le Père ; comment dis-tu : Montre-nous le Père ? Ne crois-tu pas que je suis dans le Père, et que le Père est en moi ? Les paroles que je vous dis, je ne les dis pas de moi-même ; et le Père qui demeure en moi, c’est lui qui fait les œuvres. Croyez-moi, je suis dans le Père, et le Père est en moi ; croyez du moins à cause de ces œuvres… » Jean 14:7-11.

   « … Montre-nous le Père, et cela nous suffit… », Philippe n’a pas encore saisi la profondeur de la Révélation du Père dans le Fils ; mais il a compris une chose : C’est que le fait de « voir le Père… » est parfaitement suffisant pour son âme et pour celle des disciples, ses frères, et qu’il n’y a rien d’autre, ni de plus à désirer. Cette parole exprime, à la fois, la prière et la découverte de toute âme qui cherche Dieu, et que Dieu cherche.

   « Ne crois-tu pas que je suis dans le Père, et que le Père est en moi… ? » dit Jésus. Voici donc  une parole incompréhensible pour notre intelligence. Comment, en effet, une personne peut-elle être dans une autre, et, en même temps, avoir en elle-même cette autre personne… ? Jésus a souvent exprimé des paroles difficiles à comprendre, elles font déjà un tri parmi ceux qui L’écoutent. Ceux qui veulent affranchir leur âme s’attachent à les comprendre, tandis que ceux qui ne se soucient point de leur âme y trouvent un prétexte pour ne pas en entendre davantage, alors qu’après avoir reçu le pardon de nos péchés, nous savons que le Mystère révélé du Père, du Fils et de l’Esprit-Saint est le déclic intérieur de toute compréhension spirituelle… La Lumière de laquelle procèdent toutes les lumières.

   Avant de retourner chez Son Père dans la Gloire divine, Jésus, en tant que Fils de l’Homme, dit que « le Père est plus grand que moi… » Jean 14:28. Nous comprenons que le Fils soit dans le Père, puisque le Père est plus grand que Lui, mais que le Père soit dans le Fils, cela nous échappera aussi longtemps que nous chercherons à comprendre avec nos propres pensées. Il en est comme de Nicodème, le docteur de la Loi, auquel Jésus enseignait la « nouvelle naissance », non selon la chair, mais par l’Esprit de Dieu Jean 3:5-7, et qui répondit à Jésus : « Comment un homme peut-il naître quand il est vieux ? Peut-il rentrer dans le sein de sa mère et naître…? » Jean 3:4. Ce docteur de la loi pensait à une nouvelle conception naturelle et à un nouvel enfantement, alors qu’il s’agit en nous du passage miraculeux des ténèbres à la lumière, de la mort à la Vie, opéré intérieurement par l’Esprit de Dieu.

   II s’agit donc d’une question qui dépasse ce que nous nous représentons par « personne ». Le Seigneur nous donne la Révélation de cette Réalité glorieuse. Elle est à ce point fondamentale et intime, qu’elle n’est pas communiquée à l’homme par l’homme, mais elle est dans notre cœur le résultat de la Parole ointe qui éclaire notre intelligence renouvelée. Dieu veut nous la faire comprendre par cette disposition intérieure, qui est de nature à donner accès en nous à la compréhension spirituelle. C’est aussi pour cela que Jésus a loué Son Père de ce qu’ « il a caché ces choses aux sages et aux intelligents et de ce qu’il les a révélées aux enfants… »  Matt 11:25. Car, si l’enfant dans sa simplicité comprend peu de choses, selon l’adulte que nous sommes, il en sait cependant beaucoup aux yeux du Seigneur, parce qu’il comprend plus avec sa confiance qu’avec son intelligence, et c’est cet enfant éclairé que le Seigneur veut voir en chacun de nous.

   Toujours dans cette même vérité, levons donc, avec Ézéchiel, nos yeux par l’Esprit de Dieu. Le prophète voit, entre autres, dans la vision par laquelle l’Éternel l’appelle et l’instruit « une roue sur la terre… ». Et, en regardant bien, il voit « quatre roues… », puis regardant encore, il voit que « chaque roue paraissait être au milieu d’une autre roue… » Ézé 1:15-16. Finalement, peut-on se demander, y en a-t-il une ou quatre…?  Mais là n’est pas la question, c’est la chair qui s’interroge ainsi. Ces roues célestes sont des points de contact par lesquels Dieu se révèle au prophète. Ainsi, par ces roues, comme par toute autre vision, le Seigneur éveille notre attention aux choses célestes, en humiliant notre intelligence qui doit apprendre, non pas le « comment », mais le but de ces prodiges. En face du Père et du Fils, ainsi que nous enseigne l’Esprit-Saint, au-delà des distinctions visibles, c’est la révélation de la Présence du Dieu Saint par l’Esprit-Saint en la Personne sainte de Jésus-Christ, le Sauveur Oint.

   Ce désir de voir le Père, qui est aussi le nôtre, n’est pas d’en connaître la Figure, et les Traits dans le but d’en conserver le souvenir ; ce qui serait une démarche superficielle. Mais nous sommes appelés à recevoir la révélation spirituelle du Mystère de la piété qui est : « Celui qui a été manifesté en chair, justifié par l’Esprit, vu des anges, prêché aux Gentils, cru dans le monde, élevé dans la Gloire… » I Tim 3:16. Voir Dieu dans la Personne de Jésus, c’est le voir au travers de Sa chair. De même qu’à travers la chair percée de Jésus à la croix a jailli l’effusion du Sang rédempteur, de même, voir notre Père céleste en Son Fils ne se révèle pleinement à la vue de notre « homme intérieur » qu’au travers de la chair crucifiée de notre « vieil homme… ».

   Toutes les réalités éternelles, comme toutes les vérités spirituelles, ne sont pas là pour être contemplées seulement, mais nous appellent à l’adoration et à y appartenir. Dans ce qui nous est manifesté de la part du Seigneur, de Sa Parole et de Ses Œuvres, l’Esprit saint nous y introduit. Jésus dit, en effet, au sujet des disciples : « Je leur ai donné la gloire que tu m’as donnée, afin qu’ils soient un comme nous sommes un – moi en eux, et toi en moi, – afin qu’ils soient parfaitement un, et que le monde connaisse que tu m’as envoyé et que tu les as aimés comme tu m’as aimé… » Jean 17:22-23. Et c’est parce que nous sommes spirituellement compris dans cette Divine, Insondable et Vivante Unité que nous pouvons comprendre et recevoir par la foi, la force d’accomplir ces exhortations, irréalisables sans la Grâce de Dieu : « Soyez saints, car je suis Saint, moi, l’Éternel, votre Dieu… » Lév 19:2 et, ainsi que nous le dit Jésus : « Soyez donc miséricordieux, comme votre Père est Miséricordieux… » Luc 6:36.

   Recherchant la sanctification, il nous arrive de désirer de ne plus avoir ce corps de chair à l’égard des choses de ce monde, qu’elles soient raffinées ou grossières. Mais la sanctification de notre corps n’est pas la désincarnation de celui-ci ; ce qui serait une démarche non chrétienne et trompeuse, et ce n’est pas non plus en voulant ignorer que nous vivons « dans » un corps, car il est vite là pour se rappeler à nous. D’ailleurs, nous ne sommes pas dans un corps, comme s’il devait être distinct de nous-mêmes, mais nous sommes un corps, lequel, tout comme notre âme et notre esprit, est appelé à être « conservé irrépréhensible, lors de l’avènement de notre Seigneur Jésus-Christ… » I Thess 5:23.

   Notre Dieu, en s’abaissant jusqu’à nous, en Christ, nous voit tels que nous n’osons pas nous voir. Car, voir le Père céleste, c’est aussi se savoir être vu de Lui, et se voir tels qu’Il nous voit, et  malgré ce que nous sommes, Il ne nous repousse pas, mais nous accueille. C’est ici la Grâce. Dieu a voulu connaître les limites de notre nature humaine en s’incarnant en la Personne de Jésus, et, en faisant éclater les limites par Sa Crucifixion et Sa Résurrection, Jésus a rompu les limites de notre humanité. C’est ce à quoi aboutit la Révélation du Père dans le Fils, et du Fils dans le Père, et, en attendant le jour de la résurrection, cela seul, ici-bas, « nous suffit… ».