M52 – VOUS N’AVEZ PAS DANSÉ …

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    « A qui donc comparerai-je les hommes de cette génération, et à qui ressemblent-ils ? Ils ressemblent aux enfants assis dans la place publique, et qui, se parlant les uns aux autres, disent : Nous vous avons joué de la flûte, et vous n’avez pas dansé ; nous vous avons chanté des complaintes, et vous n’avez pas pleuré. Car Jean-Baptiste est venu, ne mangeant pas de pain et ne buvant pas de vin, et vous dites : Il a un démon. Le Fils de l’homme est venu, mangeant et buvant, et vous dites : C’est un mangeur et un buveur, un ami des publicains et des gens de mauvaise vie. Mais la Sagesse a été justifiée par tous ses enfants… » Luc 7:31-35.

   « Vous n’avez pas dansé… », « vous n’avez pas pleuré… », s’écrient les enfants. Ainsi s’expriment, à la fois, et ceux qui veulent imposer aux autres leur façon de voir, ou de croire, et ceux qui ne sont jamais d’accord, soit avec ce qu’ils entendent de la Parole, soit avec ceux qui la prêchent. C’est l’attitude des gens de Nazareth à l’égard de Jésus : « … Fais ici, dans ta patrie, tout ce que nous avons appris que tu as fait à Capernaüm… » Luc 4:23, et où Jésus « ne fit pas beaucoup de miracles dans ce lieu, à cause de leur incrédulité… » Matt 13:58 ; alors qu’à Jérusalem « malgré tant de miracles qu’il avait faits en leur présence, ils ne croyaient pas en lui… » Jean 12:37. Il en est des signes comme des vérités, là où il n’y en a pas, on en demande ; et là où il y en a, on ne les reconnaît pas, ou l’on veut autre chose.

   Y a-t-il une parabole qui puisse exprimer plus profondément l’insatisfaction et l’instabilité du cœur de l’homme ? Elle montre aussi la parfaite connaissance que le Seigneur a de notre cœur imparfait. Aussi, Jésus prent-il soin de montrer à quoi ressemblent les hommes à l’écoute de la Parole de Dieu ; c’est-à-dire, bien souvent à des enfants capricieux. Jésus veut réveiller dans le cœur le besoin des choses d’en-haut, cette soif spirituelle, que l’âme ne soupçonnait pas jusqu’alors, ou qu’elle éprouvait mais sans en discerner la nature spirituelle. Elle se nuit donc à elle-même, jusqu’au moment où l’Amour de Dieu la brise, la console et l’éclaire par un déclic intérieur sur les choses spirituelles et éternelles.

   Jean Baptiste est prophète, et un prophète frugal. En plus, tout en prophétisant et prêchant, il se tient en dehors de la société des hommes, dans le désert. Alors l’on se dit que seul un démon peut le faire vivre de cette façon ! Par contre, Jésus va et vient parmi les hommes, compatissant avec eux et leur révélant leurs péchés ; en effet, où mieux connaître les hommes, si ce n’est à table avec eux, dans l’intimité. Ainsi, la « sagesse », dit l’Écriture, « Sa » Sagesse a été « justifiée par tous ses enfants… ». Car Ses enfants en la foi, ayant reçu et mis en pratique la Parole de Dieu, savent que, par elle, ils sont devenus meilleurs.

   Il n’est pas possible de contenter tout le monde. Tel ne « mange » pas, ou ne fait pas certaines choses et s’attire la critique de la part des uns ; tel autre « mange », ou fait certaines choses et s’attire la critique de la part des autres. Parfois même, on peut rencontrer les opinions différentes en une seule et même personne, selon les temps et les circonstances. La contradiction habite toute personne légaliste et non éclairée. Tout ceci reflète la nature inconstante du cœur humain, et s’étend à tous les domaines des opinions ou des doctrines que l’homme veut apporter aux autres, ou qu’il reçoit d’eux. Le croyant charnel veut être heureux,  sans changer de vie ; il veut être puissant, sans être brisé, il veut être exaucé, sans avoir besoin de persévérer dans la prière, et d’attendre. Il veut ce que Dieu donne, mais pas ce qu’Il demande ; et, enfin, il veut connaître les mystères de Dieu, alors qu’il ne se connaît pas lui-même.

     Nous avons besoin de la Parole de Dieu, mais nous recherchons ce que nous désirons, et ce que nous désirons ne correspond pas toujours à ce dont nous avons spirituellement besoin. Notre âme a besoin de pain, et nous lui donnons une pierre ; elle a besoin de l’eau de la Vie, et nous lui donnons une boisson étourdissante, par notre ignorance ou par notre désobéissance. Car nous ne connaissons pas toujours la nature spirituelle de notre faim, ainsi que ce qui nous a été réservé de la part du Seigneur, et qui seul peut combler notre cœur.

   Une âme, bien qu’affamée, mais encore charnelle, ne comprendra pas la réponse spirituelle de Dieu pour son bien. C’est, en effet, naturellement que nous constatons nos besoins humains, mais c’est par une révélation spirituelle que nous discernons nos besoins spirituels tels que Dieu les voit. Aussi est-ce seulement à partir du moment où nous sommes éclairés sur eux que nous comprenons alors le pourquoi et la manière dont Dieu y répond. C’est ce que les Écritures nous montrent en Jésus Lui-même, lorsqu’il dit à ses disciples qui le contraignaient à manger : « J’ai à manger une nourriture que vous ne connaissez pas… Ma nourriture est de faire la volonté de celui qui m’a envoyé, et d’accomplir son œuvre… » Jean 4:32, 34. Ce sont ici ces « œuvres préparées d’avance… » Éph 2:10,  qui sont la nourriture et le service de notre « homme intérieur ».

   Tel croyant aime Le Seigneur de tout son cœur ; il désire lui obéir, être sanctifié et vainqueur sur le péché et sur son « moi ». Cependant, il est triste parce qu’il lui semble que le Seigneur ne voit pas le bon mouvement de son âme zélée, et ne lui donne pas tous les moyens pour parvenir à cette vie de victoire. Or, en s’approfondissant, cette âme découvre qu’elle dicte à Dieu sa manière de faire, elle lui impose ses propres moyens qu’elle considère comme efficaces pour sa sanctification, sans savoir que, par là, elle « commande » à Dieu plutôt qu’elle ne lui obéit. Et elle s’en aperçoit d’autant moins qu’elle est sincère dans son désir de plaire à Dieu. Nous sommes appelés à exprimer des prières à Dieu, non des ordres, et Ses réponses sont des exaucements de Son Amour, non des obligations envers nous.

   Ce n’est pas à nous de choisir une bêche et de la mettre entre les mains de Dieu, en lui montrant telle ou telle partie de notre cœur à retourner. Ce n’est pas à nous de décider de lui donner une hache en lui disant de couper telle ou telle racine que nous considérons comme mauvaise dans nos vies. Car, bien souvent, nous demandons au Seigneur d’agir sur ce qui n’est que la conséquence et non la cause de ce qui ne va pas en nous. Nous demandons au Seigneur de nous soulager de notre tension, et Il nous apprend qu’elle est la conséquence d’une animosité ou d’un refus de pardonner à notre frère ou à notre sœur. Nous le prions d’ôter nos angoisses et Il nous révèle que la cause en est une désobéissance qui persiste au point d’être devenue une attitude nuisible à notre âme et à notre santé. Dieu seul sait par quel « outil », par quelle Vérité ou circonstance, Il doit travailler notre vie, et par quel brisement, ou consolation, Il veut nous secourir et nous délivrer.

   Dieu veut de même nous faire « danser », comme aussi nous faire « pleurer », mais à Sa manière… Il veut nous faire pleurer d’une repentance à salut, par une conviction de péché par Son Esprit, ou nous faire danser de joie et d’allégresse par Sa Consolation et Ses Délivrances. Et quand Dieu « chante » ou « pleure » … nous en sommes l’objet. En effet, ces Manifestations différentes de Sa Présence sont les divers moyens de Sa Grâce pour nous rappeler à Lui, nous corriger ou nous bénir, selon ce qu’Il voit en nous, agissant selon Sa Justice et selon son patient et immense Amour.