M51 – QUI EST MA MÈRE … ?

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    « Survinrent sa mère et ses frères, qui, se tenant dehors, l’envoyèrent appeler. La foule était assise autour de lui, et on lui dit : Voici, ta mère et tes frères sont dehors et te demandent. Et il répondit : Qui est ma mère, et qui sont mes frères ? Puis, jetant les regards sur ceux qui étaient assis tout autour de lui : Voici, dit-il, ma mère et mes frères. Car, quiconque fait la volonté de Dieu, celui-là est mon frère, ma sœur, et ma mère… » Marc 3:31-35.

   Y a-t-il une mère qui ait été plus déconcertée au sujet de son fils que Marie ? « … Voici, désormais, toutes les générations me diront bienheureuse, parce que le Tout-Puissant a fait pour moi de grandes choses… » Luc 1:48-49. Bienheureuse, chanta-t-elle, certes, mais avec beaucoup de souffrances aussi, de la crèche au pied de la croix. L’Écriture nous montre une séparation de plus en plus grande entre Jésus et Sa mère, qui se fit jour déjà lors de la fête à Jérusalem, où Jésus, « bien que soumis à ses parents… », resta dans le temple, écoutant et interrogeant les docteurs de la loi. C’est donc au bout de trois jours de recherche que, l’ayant trouvé, Marie, lui dit : « Mon enfant, pourquoi as-tu agi de la sorte avec nous ? Voici, ton père et moi, nous te cherchions avec angoisse… » Luc 2:48.

   Plus tard, aux noces de Cana, à Sa mère, qui lui dit : « Ils n’ont plus de vin… », Jésus répondit : « Femme, qu’y-a-t-il entre moi et toi ? Mon heure n’est pas encore venue… » Jean 2:3-4. Étonnante réponse, quand l’on sait que les démons dans l’homme possédé, dans la synagogue, s’expriment  pareillement à l’encontre de Jésus, « Qu’y a-t-il entre nous et toi, Jésus de Nazareth ? Tu es venu pour nous perdre. Je sais qui tu es : le Saint de Dieu… » Marc 1:24. Expression qui signifie qu’il n’y a absolument rien de commun entre deux personnes. Dans cette circonstance d’une toute autre nature, c’est ce que Jésus veut faire comprendre à Sa mère. Marie entrevoit cependant quelque chose de grand chez Jésus, qu’elle ne peut saisir encore, et à quoi elle ne peut rien ajouter, si ce n’est seulement de dire aux serviteurs, comme à chacun d’entre nous : « Faites ce qu’il vous dira… » Jean 2:5.

   Alors que des Paroles de Vie et de Sagesse coulent de la bouche de Jésus, une femme dans la foule s’écrie : « Heureux le sein qui t’a porté ! Heureuses les mamelles qui t’ont allaité… ! Et il répondit: Heureux plutôt ceux qui écoutent la Parole de Dieu, et qui la gardent… » Luc 11:27-28. Voici le cri admiratif d’une mère, c’est là cependant un cri d’amour maternel, terrestre. Cette parole augure de la place à laquelle Marie sera élevée plus tard par la dénomination religieuse de la part des hommes. Aussi Jésus prend-il déjà soin de diriger les regards et la foi sur la Parole de Dieu. Notre appartenance, notre parenté avec Jésus ne peut qu’être spirituelle ; nous avons été appelés à naître de la Semence incorruptible de la Parole que Dieu a engendrée en nous par Son Esprit.

   En sondant les Écritures, nous nous apercevons que jamais Jésus ne s’est adressé à Sa mère en l’appelant « mère » … sauf à la croix, mais là, ce fut par rapport à un autre qu’à Lui-même. Avant d’expirer, en effet « Jésus, voyant sa mère, et auprès d’elle le disciple qu’il aimait, dit à sa mère : Femme, voilà ton fils. Puis il dit au disciple : Voilà ta mère. Et, dès ce moment, le disciple la prit chez lui… » Jean 19:26-27. Poignante Sollicitude de Jésus à l’égard de Sa mère. Jésus achève ainsi jusqu’au bout la séparation d’avec Dieu et ceux qui lui appartiennent en ce monde, afin que, nous-mêmes ressuscités, nous lui appartenions, non selon la chair, non selon la famille, non selon la religion ou notre bonne conscience, mais par la repentance et la nouvelle naissance par l’Esprit-Saint. Marie voit s’accomplir dans sa vie, d’une manière de plus en plus intense, cette parole de Siméon le vieillard lors de la présentation de Jésus dans le temple : « Voici, dit-il, cet enfant est destiné à amener la chute et le relèvement de plusieurs en Israël, et à devenir un signe qui  provoquera  la  contradiction,  et  à toi-même  une épée te transpercera  l’âme,  afin que les pensées de beaucoup de cœurs soient dévoilées… » Luc 2:34-35. Le « qui est ma mère » de Jésus accomplit la prophétie de Siméon. Ce « qui » n’est-il pas un coup d’épée dans le cœur de Marie ? Par coups successifs, cette épée, la Parole de Jésus, renvoie Marie face à elle-même, jusqu’à ce qu’elle se voit comme étant une âme ayant besoin d’être sauvée, avant d’être une mère, et qu’elle connaisse Jésus, non comme « fils » seulement, mais comme son Sauveur et son Seigneur. Ce qui sera le cas lorsqu’on la retrouvera dans la chambre haute, persévérant dans la prière avec les frères de Jésus et les disciples Act 1:14.

   Marie personnifie l’âme, toute âme que Dieu appelle et dans laquelle Il œuvre pour un but. L’épée qui transperce son âme est la même qui a transpercé, ou devra encore transpercer, la nôtre. L’Écriture présente « La Parole de Dieu comme étant l’épée de l’Esprit… » Éph 6:17. Nous ne pouvons pas véritablement connaître et appartenir à Jésus si nous n’avons pas reçu la Révélation de la Parole comme étant  « … vivante et efficace, plus tranchante qu’une épée à deux tranchants, pénétrante jusqu’à partager âme et esprit, jointures et moelles ; elle juge les sentiments et les pensées du cœur… » Héb 4:12. De là, « Nulle créature n’est cachée devant lui, mais tout est à nu et à découvert aux yeux de celui à qui nous devons rendre compte… » Héb 4:13, éclairant ainsi pour nous les paroles au sujet de cette épée qui transperça l’âme de Marie, afin que « les pensées de beaucoup de cœurs soient dévoilées… » Luc 2:35. Nos propres pensées et les sentiments de notre cœur, la Parole de Dieu, qui est l’Épée de l’Esprit, les met au jour et nous en affranchit.

   L’attitude de Jésus paraît dure à l’égard de Sa mère, mais elle l’est tout autant pour lui, en tant que Fils de l’homme. Il est des profondeurs dans l’âme de Jésus qu’il ne nous est pas donné  de connaître. Sa mission n’est pas de faire plaisir aux hommes, non plus qu’à ses proches, mais de les éclairer sur eux-mêmes, de leur montrer leur ignorance de Dieu, ou leur relation erronée avec Lui. Marie représente l’attachement de l’âme non encore régénérée au Seigneur. Ces âmes peuvent être sublimes, prêtes au sacrifice, mais cela restera vain si ces « sacrifices » voilent, remplacent ou même pensent compléter la Crucifixion de Jésus, qui seul sauve. Ce n’est qu’une fois sauvée, que Marie (ainsi que nous-mêmes) comprendra le pourquoi de l’attitude de Jésus et la nature affranchissante de son Amour à son égard.

   En chaque disciple, nous découvrons quelque chose de nous-mêmes, de même en est-il aussi en Marie. L’amour d’une mère, aussi noble et légitime soit-il, est cependant de ce monde. Cet amour peut se révéler un voile qui nous empêche de comprendre l’Amour de l’Esprit, l’Amour selon Dieu. Jésus dit : « Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi n’est pas digne de moi, celui qui aime son fils ou sa fille plus que moi n’est pas digne de moi… » Matt 10:37. En aimant Dieu, il arrive que nous fassions souffrir nos proches, qui ne connaissent pas cet Amour et ses conséquences, à cet égard, dans notre vie. Nous en souffrons aussi, car notre amour pour Jésus,  nous comprenons qu’ils ne puissent pas le comprendre. Or, quelle que soit la réaction d’une  âme, cette réaction peut être à même de susciter une interrogation salutaire en elle.

   Jésus n’a pas cédé à Sa mère, ni à Ses disciples. Il n’a pas cédé ni ne cédera pas non plus à chacun de nous, c’est-à-dire, à nos raisons ou à nos sentiments les meilleurs, mais qui voilent et obscurcissent les Desseins de Salut que Dieu a préparés pour nous. C’est en raison de ce But éternel de Son Amour que Jésus agit ainsi à notre égard. Nous comprenons alors que ce qui est ressenti en nous comme « sévère et fort » II Cor 10:10, par notre « homme extérieur » est, pour notre « homme intérieur », doux, vivifiant, et éternellement juste.