M50 – QUE CES PIERRES …

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     « Alors Jésus fut emmené par l’Esprit dans le désert, pour être tenté par le diable. Après avoir jeûné quarante jours et quarante nuits, il eut faim. Le tentateur, s’étant approché, lui dit : Si tu es Fils de Dieu, ordonne que ces pierres deviennent des pains. Jésus répondit : II est écrit : L’homme ne vivra pas de pain seulement, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu… » Matt 4:1-4.

      L’Esprit de Dieu descendit sur Jésus « comme une colombe… », dit l’Écriture : Matt 3:16, et la première action de l’Esprit-Saint est de L’emmener au désert pour être tenté par le diable. En toute autre circonstance, c’est l’esprit diabolique qui conduit vers le diable, mais, dans ce cas précis, c’est l’Esprit de Dieu… ! L’esprit mauvais conduit l’homme vers le tentateur dans le but de le perdre, mais l’Esprit-Saint l’y conduit dans le seul but de le mettre à l’épreuve, et de le rendre vainqueur de la tentation. La « colombe » (l’Esprit Saint) se présente devant le « serpent ancien » (qui  est  le  diable  et  Satan, Apo 12:9), non pour être fascinée par lui, mais pour que lui, Satan, soit vaincu par elle.

   Le diable sait que Jésus est le Fils de Dieu, et qu’il a le pouvoir de changer « les pierres en pains… », mais il agit ainsi en incitant Jésus à le lui prouver. Car, en le lui prouvant, Jésus se trouverait alors dans la situation de celui qui obéît à Satan, et non à Dieu ; et c’est exactement ce que le tentateur recherche ! Il propose même à Jésus « … d’ordonner à ces pierres de devenir des pains …. Cette « liberté » que le diable lui accorde de décider cela de lui-même aggravait encore  la responsabilité de Jésus par son consentement à obéir à Satan. Ainsi, par le moyen de la faiblesse due à son jeûne, le diable veut s’attirer l’obéissance du Fils de Dieu. Mais Jésus, citant les Écritures, dit que « L’homme ne vivra pas de pain seulement, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu… ». Nous aurons toujours à distinguer entre ce qu’exprime notre propre bouche, et qui est périssable, et la Parole qui sort de la bouche de Dieu, qui est éternelle.

   « Ordonne que ces pierres… ! » demande le tentateur à Jésus. Le diable ne peut faire cela ; cependant, ce n’est pas ce pouvoir miraculeux qu’il veut, mais Celui-là même qui le possède, Jésus. C’est ainsi que Satan cherche à diriger, soit une requête, soit un don, soit une œuvre vers un but personnel de l’âme qui ne veille pas…, en ce faisant, il la détourne de Dieu, et c’est lui qui se l’approprie. Au début, le diable n’ordonnera jamais lui-même directement, ce serait trop évident aux yeux d’une âme, alors il se sert de ses faiblesses comme autant d’intermédiaires entre elle et lui… ! Pour se faire obéir, l’adversaire tentera toujours l’homme par son orgueil, sa volonté propre ou ses convoitises, de même aussi par ce qui n’est pas encore régénéré dans un croyant.

   L’Évangile nous montre, dans une autre circonstance et à un degré différent, cette tentation au sujet de la nourriture terrestre. Alors que Jésus révélait à la samaritaine les profondeurs des Écritures pour le salut de son âme, les disciples « … étonnés de ce qu’il parlait avec une femme… », « … le pressait de manger, disant : Rabbi, mange… » Jean 4:27, 31. Par l’insistance des disciples, l’adversaire cherche à distraire Jésus de son entretien spirituel avec cette femme, qui, d’ailleurs, Le reconnut comme son Messie et son Sauveur. Cette bonne intention des disciples, déplacée en un tel moment, révèle en plus l’importance qu’ils accordent à la nourriture. Combien une telle préoccupation peut voiler les choses spirituelles, au point que l’on n’aperçoive pas le travail de l’Esprit de Dieu en train d’œuvrer dans les vies, comme ce fut le cas dans la vie de cette samaritaine. Ainsi, l’Œuvre de l’Esprit de Dieu ne nous échappe-t-elle pas, parfois, pour les mêmes, comme pour tant d’autres  raisons ?

    La tentation « des pierres changées en pains » représente donc la tentation de mettre sa confiance dans les choses périssables, ou l’attachement à celles-ci. L’affection aux choses terrestres empêche la compréhension spirituelle des choses célestes. Les disciples, dit l’Écriture, avaient de la peine à croire que le Royaume, dont Jésus parlait, était un royaume, non de ce monde, mais des cieux : que le « pain qui descend du ciel » était, non pas une nourriture meilleure que la « manne de Moïse », mais Jésus Lui-même « donnant sa vie au monde… » Jean 6:33. De même qu’ils n’avaient pas compris que le temple, que Jésus allait relever, n’était pas celui construit par Hérode, mais « Son Corps » une fois ressuscité ! Jean 2:22. Nous comprenons donc que l’intention du diable, en tentant Jésus, dépasse la nature des pierres et des pains. En vérité, étaient attaquées la Personne et l’Œuvre divines mêmes de Jésus, et Son obéissance au Dessein de Dieu pour notre Rédemption. Ainsi, en répondant à Satan par le « Il est écrit », Jésus ouvrit pour nous le chemin de la communion avec Dieu. Jésus nous révèle la Puissance de la Parole prononcée sous l’Onction, c’est-à-dire, non seulement la connaissance de cette Autorité, mais l’Autorité de la Connaissance de Dieu, de la Sagesse d’en haut.

   Dans nos vies, lors de périodes de crises ou d’épreuves, nous rencontrons des pierres que nous voudrions bien changer en pains, des choses dures que nous voudrions voir devenir tendres, douces ; des difficultés que nous voudrions voir devenir des choses aisées ; certaines circonstances, comme des personnes, devenir meilleures ou être changées. Dieu peut faire ces miracles, ces transformations ; mais, quant à nous, par quel esprit le demandons-nous, quel est le mobile qui nous fait désirer que ces choses changent ? Le demandons-nous par l’Esprit du Seigneur, pour Sa Gloire, Son Royaume ; ou quel intérêt, quel but personnel, ces désirs et ces prières recouvrent-ils ? L’adversaire paraît prendre soin de nous en manifestant son désir de satisfaire notre faim, nos diverses faims, en résolvant toutes nos difficultés à sa façon. Mais la « sollicitude » du diable, quand on y cède, conduit toujours à la mort spirituelle.  Soumettez-vous donc à Dieu, dit l’Écriture ; résistez au diable, et il fuira loin de vous… » Jac 4:7. La victoire sur Satan, c’est celle de la foi et de l’humilité. Jésus, témérairement, n’a pas fait comprendre à Satan, qu’Il est invulnérable, et qu’Il ne le craint pas pour cette raison, qu’Il a été baptisé par Jean-Baptiste, le prophète, que l’Esprit descendit et s’arrêta sur Lui, et qu’Il entendit des cieux la voix lui dire qu’Il est le Fils bien-aimé de Dieu : Luc 3:22. Certes, Jésus aurait pu se réclamer de Son Origine divine, de Sa Mission, de Sa Sagesse et des Miracles qu’Il allait manifester, toutes ces choses parfaitement vraies, mais il ne l’a point fait. Jésus, qui est « la Parole faite chair », ne fit pas valoir ses Titres, ni ne se présenta Lui-même ; mais Il prononça, comme un Fils obéissant, les Paroles de la Loi donnée à Moïse par Dieu, Son Père.

   Le Seigneur nous a montré la voie. Ce ne sont pas nos expériences, nos bénédictions, nos dons, notre ministère, qui feront fuir le diable ; c’est, avant tout, notre soumission à Dieu. C’est en étant soumis nous-mêmes au Seigneur, que nous soumettons les démons et notre chair. Combien de fois s’est révélé le fait que des croyants, des serviteurs de Dieu même, tout en ayant délivré les autres, ne l’étaient pas eux-mêmes. Mais nous avons été rendus capables de triompher de l’adversaire, par une vie identifiée à Jésus et à sa Piété, laquelle opère en nous l’ouverture spirituelle à l’Amour vainqueur de notre Seigneur.