M49 – NE BRÛLAIT-IL PAS … ?

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  « Pendant qu’il était à table avec eux, il prit le pain; et, après avoir rendu grâces, il le rompit, et le leur donna. Alors leurs yeux s’ouvrirent, et ils le reconnurent ; mais il disparut de devant eux. Et ils se dirent l’un à l’autre: Notre cœur ne brûlait-il pas au dedans de nous, lorsqu’il nous parlait en chemin et nous  expliquait les Écritures ? Se levant à l’heure même, ils retournèrent à Jérusalem, et ils trouvèrent les onze, et ceux qui étaient avec eux, assemblés et disant : le Seigneur est réellement ressuscité, et il est apparu à Simon.  Et ils racontèrent ce qui leur était arrivé en chemin, et comment ils l’avaient reconnu au moment où il rompit le pain… » Luc 24 : 30-35.

   Les deux disciples, dans la tristesse, cheminent de Jérusalem à Emmaüs. Jésus a été crucifié, puis déposé dans le sépulcre, et, depuis lors, à leur connaissance rien ne s’est passé, aucun signe ne s’est produit, ni d’en-bas, ni d’en-haut. Et c’est au sujet de ces choses que les disciples s’entretiennent. Jésus s’étant donc approché, fait route et parle avec eux, mais « leurs yeux étaient empêchés de le reconnaître… » Luc 24:16. Vers le soir, à table avec eux, au moment où Jésus rend grâces et rompt le pain, « … leurs yeux s’ouvrirent et ils le reconnurent… » dit l’Écriture. Jésus était ressuscité, Il est vraiment ressuscité ! Ici, l’attitude du Seigneur nous éclaire : Jésus prit le pain, en effet, mais il n’est aucunement fait mention de la coupe, afin que s’accomplît ce que Lui-même avait dit lors de la dernière Cène : « Prenez cette coupe, et distribuez-la entre vous ; car, je vous le dis, je ne boirai plus désormais du fruit de la vigne, jusqu’à ce que le Royaume de Dieu soit venu… » Luc 22:17-18.

   Cette rencontre avec Jésus met en lumière un signe intérieur de la Parole de Dieu qui révèle notre relation et notre appartenance avec Lui. « Notre cœur ne brûlait-il pas au dedans de nous, lorsqu’il nous parlait en chemin, et nous expliquait les Écritures… ? ». Les disciples ne reconnurent pas que c’était Jésus qui leur parlait. La tristesse voilait leurs yeux jusqu’au moment où la fraction du pain leur fit revivre Gethsémané… Golgotha… Le Corps brisé et percé sur la croix… Le grand Cri avant d’expirer… Alors ils comprirent, par la révélation du Pain rompu, le Seigneur crucifié et ressuscité, ils comprirent, alors qu’ils ne le reconnaissaient pas encore, pourquoi leur cœur brûlait à Sa Parole. La Parole connaît l’âme dans laquelle elle sera reçue, et ce que notre intelligence par la suite en saisit, notre cœur l’a déjà compris.

   Un certain jour qu’Il prêchait, et que la plupart de ceux qui l’écoutaient se retiraient de Lui, Jésus dit à ses disciples : « … Et vous, ne voulez-vous pas aussi vous en aller ? Simon Pierre lui répondit : Seigneur, à qui irions-nous ? Tu as les paroles de la Vie éternelle… » Jean 6:67-68. Certes, ils n’avaient pas mieux compris que les autres qui étaient partis, mais, eux, sont restés. Ils n’avaient pas encore reçu le sens, mais déjà la Vie des Paroles de Jésus. Ils n’en connaissaient pas encore la richesse, mais l’empreinte dans leur cœur, et, en attendant la lumière, le feu de ces paroles «  brûlait » au dedans d’eux. Chaque croyant connaît à quel signe intérieur il demeure en union avec son Seigneur. Chaque âme est différente, et Dieu se révèle différemment à chacune d’elle, mais dans un même Dessein et pour un seul but : son édification et sa sanctification. Tout être saint, même le plus impassible, réagit à la faim, et la sensation qu’il en ressent correspond à quelque chose de réel et de vital ; de même l’homme spirituel a un besoin spirituel, et éprouve en son « homme intérieur » la vraie sensation de la faim spirituelle de la Parole, laquelle, à la fois, le stimule et comble son âme.   

  Il est des âmes qui éprouvent une faim « religieuse » et non spirituelle. Ces âmes se rencontrent parmi celles dont l’Écriture déclare qu’elles « … apprennent toujours et ne peuvent jamais arriver à la connaissance de la Vérité… » II Tim 3:7. Tandis que les cœurs régénérés qui nourrissent leur faim spirituelle sont des « hommes faits », car cette « nourriture solide » est celle de « ceux dont le jugement est exercé par l’usage à discerner ce qui est bien et ce qui est mal… » Héb 5 :14. L’homme religieux fait de l’Évangile une loi impossible à accomplir, mais l’homme spirituel reçoit la Grâce de cette divine Parole, par laquelle il l’accomplit dans sa vie.

   L’Écriture nous parle de ceux qui n’ont pas reçu cet « amour de la Vérité » pour être sauvés… » II Thess 2:10. En tant que rachetés, nous possédons cet « amour de la vérité », nous sommes « amoureux » de la Parole, non d’une affection selon la chair, mais selon l’Esprit. Cette noble émotion de notre cœur envers la Parole du Seigneur est celle de « Son Épouse spirituelle », de tous Ses rachetés, dont nous sommes. Ce lien est si étroit que nous vivons véritablement ces paroles du sage : « Dis à la sagesse : Tu es ma sœur ! Et appelle l’intelligence ton amie… » Prov 7:4. Par la « nouvelle naissance » nous sommes spirituellement  « un » avec Dieu. Nous sommes à la fois fondés, et fondus en Lui. Paul nous montre cette réalité intérieure lorsqu’il écrit que de même que l’homme et la femme deviendront une seule chair, de même « celui qui s’attache au Seigneur est avec Lui un seul esprit… » I Cor 6:17. Etant donc « un seul esprit » avec le Seigneur, nous sommes aussi « un » avec Sa Parole au point que, dans la mise en pratique, nous découvrons que c’est, non pas la Parole de Dieu, mais la nôtre qui se révèle comme nous étant devenue étrangère.

   En quoi Notre Seigneur déclare-t-il une âme heureuse… ? A Pierre, qui avait répondu à Jésus : « Tu es le Christ Le Fils du Dieu vivant… ! », Jésus reprenant la parole, lui dit : « Tu es heureux, Simon, fils de Jonas ; car ce ne sont pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela, mais c’est mon Père qui est dans les cieux… » Matt 16:16. Recevoir « une Révélation du Père », voilà en quoi, aux yeux de Jésus, une âme est estimée heureuse. Plus encore que le fait d’être l’objet d’une bénédiction, d’un grand ministère, d’une guérison, ou d’une prophétie, c’est pour avoir reçu une telle Parole révélée par l’Esprit, que Jésus nous déclare, ainsi qu’à Pierre, que nous sommes heureux. Car Jésus n’entendit pas une parole d’homme de la part de Pierre, mais Il entendit « Sa » Parole même lui répondre de la bouche de Son disciple ; et celui-ci n’a évidemment pas mesuré la grandeur éternelle de la Vérité que sa bouche venait de témoigner au sujet de Jésus, et de l’inspiration divine dont il était le récepteur et la voix.

   Le cœur de Jésus brûle à son tour de reconnaissance et de louange à Dieu, « il tressaille de joie par le Saint-Esprit » en pareille circonstance, de ce qu’une révélation si lumineuse et puissante puisse jaillir d’un cœur si faible, qui est le nôtre à chacun. Jésus reconnaît dans cette confession la parole de notre témoignage, le fruit et le but éternels de ce pour quoi Il a souffert, Il est mort et est ressuscité. Nous sommes faillibles devant notre Seigneur qui nous aime, mais tant que notre faim et notre soif spirituelles demeureront plus grandes que ne le sont nos faiblesses et nos manquements, nous serons toujours éclairés et secourus d’En Haut.