M47 – PLUS TARD …

Format PDF

  « Simon Pierre, lui dit : Seigneur, où vas-tu ? Jésus répondit : Tu ne peux pas maintenant me suivre où je vais, mais tu me suivras plus tard. Seigneur, lui dit Pierre, pourquoi ne puis-je pas te suivre maintenant ? Je donnerai ma vie pour toi, Jésus répondit : Tu donneras ta vie pour moi ! En vérité, en vérité, je te le dis, le coq ne chantera pas que tu ne m’aies renié trois fois… » Jean 13:36-38.

   Jésus sait que Pierre est bien intentionné, mais Il le prépare à comprendre qu’il n’a pas encore la fermeté, la maturité de ses résolutions. Il est aussi beaucoup de choses que nous aurions voulu être, ou faire pour Dieu, mais qui ont été, ou sont encore renvoyées à « plus tard… ». Aujourd’hui, nous remercions le Seigneur de ce qu’Il n’ait pas, dans Sa Sagesse, exaucé certaines de nos prières au temps, où nous avons commencé à marcher avec Lui, et peut-être même jusqu’à un passé récent. En ces temps-là nous connaissions la Puissance du Seigneur ; mais, depuis lors, nous avons aussi appris à connaître la faiblesse de notre chair impatiente qui, parfois, inspirait nos prières. Combien d’exaucements, alors, eussent été une catastrophe pour nous, et pour d’autres. Nous avons appris, en effet, que lorsque nous sommes « nés de nouveau », nous ne sommes pas déjà adultes, mais seulement des nouveaux-nés en train de le devenir !

   Quand Pierre, dans le prétoire, jura, par trois fois, qu’il ne connaissait pas Jésus, un seul regard de Celui-ci, lui suffit pour « sortir et pleurer amèrement… » Luc 22:61-62. Avant cela, Pierre n’aurait jamais soupçonné de quoi il était capable, comme aussi de quoi il était … incapable. L’on peut demander, entreprendre, promettre de grandes choses, mais si l’on ne se connaît pas soi-même à la Lumière de Jésus, cela aboutit, bien souvent, à pleurer avec raison sur soi-même. Le Seigneur sait pourquoi Il renvoie à « plus tard » tout ce qui vient d’un zèle sans intelligence ; car le poids du péril, comme celui de la gloire, peuvent se révéler trop lourd pour des épaules qui se croient fortes, mais qui sont faibles et ne le savent pas.

   Il en est de même pour ce qui est de la formation intérieure de notre vie spirituelle. Pour Pierre, le « plus tard » fut sa destinée à devenir martyr. Que cela le soit ou pas de cette manière, nous le sommes de toute façon, ainsi que le dit l’Écriture : « C’est à cause de toi qu’on nous met à mort tout le jour, qu’on nous regarde comme comme des brebis destinées à la boucherie… » Rom 8:36, c’est-à-dire, renoncer aux choses que nous pensions venir de Dieu, et que nous reconnaissons comme venant de nous-mêmes. Pourquoi donc Dieu, sachant que nous ne sommes pas encore prêts ou accomplis, nous laisse t-Il prier pour des choses dont nous ne sommes pas capables d’user à bon escient ? Parce que dans nos moments de prières, nous sommes bien souvent plus prompts à parler qu’à écouter, aussi sommes-nous enclins à nous fier davantage à ce que nous disons nous-mêmes qu’à entendre ce que Dieu nous dit. Cependant, ceci est sûr, le Seigneur ne nous laisse jamais prier en vain, Il ne nous laisse pas errer indéfiniment, tôt ou tard, Il nous apprend que, malgré notre sincérité, ce qui « nous » fait plaisir pour Lui, ne correspond pas nécessairement à ce qui « Lui » ferait plaisir venant de nous. Et d’ailleurs, Dieu fait de ce temps d’attente une école de patience pour nous.

   Il peut arriver que l’on craigne que le « plus tard » ne devienne « trop tard ». Mais regardons à Jésus, Il savait que ses jours étaient comptés, cependant, jamais Il n’a couru, Il a simplement marché jusqu’au bout, jusqu’au but. Mais l’impatience pousse l’âme à faire ce que le Seigneur ne lui a pas demandé, jusqu’à imaginer même des promesses dont La Parole ne parle pas. L’un des signes, que le Seigneur a préparé une oeuvre pour son enfant, est que celui-ci ne se précipite point,  car il sait les conditions exigées  de la part du Seigneur, pour l’accomplir, exigences, d’ailleurs qui restent inconnues de ceux qui bénéficient de cette œuvre. Le racheté de Dieu possède cette « joie mêlée de crainte » parce qu’il est conscient de la grâce, et de la gravité, qui lui sont faites d’être utilisé de cette manière.

   Qui alors a aperçu sur Jésus, alors qu’Il menaçait les vents et la mer, guérissait les malades, pardonnait et donnait la paix aux pécheurs, l’ombre de la croix ? Qui a vu en Jésus, alors qu’Il terrassait le Malin, chassait les démons et ressuscitait les morts, « l’Agneau de Dieu » qui attendait l’heure du sacrifice ? Jésus donnait la Vie parce qu’Il accepta la mort. Voilà le chemin à suivre, qui est l’état intérieur du racheté qui sait attendre que le Seigneur fasse quelque chose en lui, et par lui. Avant de réveiller les morts, l’on doit d’abord apprendre à demeurer spirituellement en vie ; avant de vaincre, il faut se vaincre ; il s’agit de servir Dieu, et non de se servir de Lui. Ces dispositions étant en nous, nous découvrons alors en nos cœurs des chemins tout tracés par Dieu, et nos propres aspirations cèdent place aux prières inspirées par l’Esprit de Notre Seigneur.

   Peu de temps avant son départ, Jésus dit à ses disciples : « J’ai encore beaucoup de choses à vous dire, mais vous ne pouvez pas les porter maintenant… » Jean 16:12. En effet, l’Esprit de Vérité qui viendra les communiquera alors à l’Église naissante, et tout au long des âges. De tous temps les hommes ont pensé que le fait de connaître les choses présentes et futures, de ce monde et de leur vie, diminueraient leurs angoisses. Ceci est vrai dans certains domaines, mais jusqu’à un certain point. Cependant, en ce qui concerne certaines connaissances, le sage dit : « … Avec beaucoup de sagesse on a beaucoup de chagrin, et celui qui augmente sa science augmente sa douleur… » Ecc 1:18. II en est tout différemment de la connaissance qui vient de Dieu. Elle n’offre pas le sel sans l’eau, et sa clarté n’est jamais suivie d’une nouvelle obscurité. Une Vérité divine ne chasse pas, ou ne contredit pas la précédente pour faire place à la confusion. Loin de là ! Chacune édifie, nourrit et comble l’âme. L’arbre donne du fruit qui porte en lui une semence selon son espèce, de même chaque Révélation de l’Esprit porte en elle le germe et la lumière de la suivante.

   Cette connaissance spirituelle nous est donc donnée souvent plus tard que nous ne le voudrions. Dieu en connaît le temps favorable, car connaître les choses profondes de Dieu doit correspondre à un besoin, non pas à une curiosité. Lorsque l’on est jeune dans la foi, l’on est autant curieux que sincère des mystères de Dieu. Vouloir comprendre sans croître, c’est prétendre savoir beaucoup de choses, sauf celle de ne pas avoir grandi. Et c’est celle-ci qui est essentielle. Seul celui, dont l’humilité et la patience accompagnent l’approfondissement de sa connaissance spirituelle, peut prendre conscience de la sagesse et de la richesse qui l’habitent, et de celles infinies qu’il ne connaît pas encore, mais dont il vit.

   Notre confiance est en notre Seigneur, qui sait ce qu’il peut nous donner, ou nous demander, à chaque moment de notre croissance. Dieu nous aide à connaître le moment où notre croissance a besoin de Sa connaissance, pour que s’éclairent nos crises spirituelles, lesquelles sont le signe que nous grandissons. Ainsi la connaissance par l’Esprit façonne et  applique à notre croissance les traits intérieurs de la Parole divine, Parole qui est l’Image du Fils de Dieu à laquelle nous sommes appelés à ressembler. Cette faim et cette soif des choses de Dieu sont le signe de tout vrai croyant, « car si ces choses sont en vous, et y sont avec abondance, elles ne vous laisseront point oisifs ni stériles pour la connaissance de notre Seigneur Jésus-Christ… » II Pier 1:8, ainsi que l’écrit l’apôtre Pierre lui-même, nous exhortant à « … être affermis dans la Vérité présente… » II Pier 1:12, qui est la seule assurance par laquelle nous vainquons les tentations et surmontons les épreuves à venir.