M413 – EN FORME DE DIEU …

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    « Ayez en vous les sentiments qui étaient en Jésus-Christ, lequel, existant en forme de Dieu, n’à point regardé comme une proie à arracher d’être égal avec Dieu, mais s’est dépouillé lui-même, en prenant une forme de serviteur, en devenant semblable aux hommes ; et ayant paru comme un simple homme, il s’est humilié lui-même, se rendant obéissant jusqu’à la mort, même jusqu’à la mort de la croix. C’est pourquoi aussi Dieu l’a souverainement élevé, et lui a donné le nom qui est au-dessus de tout nom, afin qu’au nom de Jésus tout genou fléchisse dans les cieux, sur la terre et sous la terre… » Phil 2:5-10.

    De tous temps, des sages et des penseurs parmi les croyants se sont penchés sur le mystère de la rencontre de Dieu qui est Esprit avec l’homme qui est chair. Dieu, par l’Esprit, sous  une forme humaine venant parmi les hommes ; était-ce donc possible, était-ce même  compatible ? Il s’avère que, parmi toutes les explications données et reçues, rien de satisfaisant ne put être trouvé, éclairant cette Vérité, cette Réalité divine dépassant notre entendement. Or l’apôtre Paul, dans son épître adressée aux Corinthiens, écrit : « Dieu était en Christ, réconciliant le monde avec lui-même, en n’imputant point aux hommes leurs offenses, et il a mis en nous la parole de la réconciliation… » II Cor 5:19. L’ineffable simplicité des Écritures déclare que ceci n’est pas une pensée, une interprétation humaine, mais la Promesse divine accomplie par la manifestation de l’Esprit-Saint « couvrant de son ombre… » Luc 1:35, le corps d’une vierge choisie, de  laquelle  naquit  le  Saint Fils  annoncé par  le  prophète Ésaïe : « Voici, la vierge sera enceinte, elle enfantera un fils, et on lui donnera le nom d’Emmanuel,  ce qui signifie Dieu  avec  nous… » Matt 1:23.

     Dès le commencement, l’Écriture annonce l’identité divine et humaine de Jésus, et ceci  par des signes les plus humbles. En effet, peu après que Marie eût enfanté, un ange,  s’adressant à des bergers de la contrée, déclara : « Ne craignez point ; car je vous annonce une bonne nouvelle, qui sera pour tous le sujet d’une grande joie : c’est qu’aujourd’hui, dans la ville de David, il vous est né un Sauveur, qui est le Christ, le Seigneur. Et voici à quel signe vous le reconnaîtrez : vous trouverez un enfant emmailloté et couché dans une crèche… » Luc 2:11-12. Qu’est-il de plus humble, de plus courant qu’un « enfant dans les langes… » ? L’on se serait plutôt attendu à quelque signe plus élevé, plus éclatant même, mais il est dans la nature de la Sagesse de Dieu de cacher les choses, mais des choses d’autant plus recherchées par ceux qui sont appelés à les découvrir. Car c’est à de tels cœurs qui y aspirent, que sont révélées les vérités de Dieu. Ici s’accomplirent donc les paroles du prophète Ésaïe proclamées par l’ange Gabriel à Marie. Car c’est sous l’aspect humain des êtres et des événements que sont révélées, par l’Esprit, les « profondeurs de Dieu… » I Cor 2:12.

     En ceci s’éclaire la Vérité fondamentale de l’« Incarnation ». Incarnation de Dieu en Jésus-Christ, sans laquelle tout ce que les prophètes ont annoncé, tout ce que les apôtres ont écrit concernant la Personne de Jésus, et toutes les Paroles mêmes de Jésus n’auraient été qu’une imposture. Entre les cieux et la terre, les choses d’en bas et les choses d’en haut ne pouvaient être rapprochées sans un intermédiaire, qui se révéla être Jésus, le Médiateur, par lequel Dieu « réconcilia le monde avec lui-même, en imputant point aux hommes leurs offenses… ». Or, la vie éternelle découle de la résurrection de Jésus-Christ. Et ceci ne fut rendu possible qu’au travers de la chair immaculée de Jésus ; or, ceci ne pouvait s’accomplir que par la crucifixion, par l’ensevelissement, par la résurrection, par l’ascension et la Glorification du Fils dans le sein du Père. Ceci résume le contenu de la foi du racheté, au point que si cela n’eût point été, Paul lui-même écrit : « Si c’est dans cette vie seulement que nous espérons en Christ, nous sommes les plus malheureux de tous les hommes… »  I Cor 15:16-19.

     Dans la lettre adressée aux Philippiens, l’apôtre Paul parle de Jésus « existant en forme de Dieu… ». Le mot « forme » de la langue originelle utilisé ici n’indique pas une apparence seulement. La « forme de Dieu » se manifeste par le fait que Jésus, ayant paru dans la chair ici-bas, possédait les Attributs de Dieu, entre autres : Sa Sainteté, Sa Majesté, Sa Puissance manifestées dans Sa Personne et dans Son ministère. Ainsi, sous sa « forme de serviteur », Jésus est déclaré, non pas Fils « d’un » homme, comme s’Il avait été engendré selon la voie humaine, mais Fils « de » l’homme en ce qu’il fut revêtu de notre humanité par l’opération de l’Esprit divin dans le sein de la vierge. Ainsi, quant à nous en tant que « nés d’eau et d’Esprit… », nous sommes intérieurement passés de l’état du « vieil homme » à celui de « l’homme nouveau » Col 3:10. Cet « homme nouveau » qui, dit l’Écriture, se renouvelle selon l’image de Celui, qui, spirituellement, « nous a fait naître de nouveau… »  Jean 3:5.

     Le mystère de l’Incarnation fait éclater la Miséricorde de Dieu. Car il n’est pas dans la nature du Créateur de devenir Lui-même créature. La création porte la marque du Créateur, mais le Créateur ne partage pas la nature passagère de ses créatures, Dieu ne devient pas ce qu’il créa. Ainsi, Dieu « a condamné le péché dans la chair… » Rom 8:3, par  Jésus, qui n’est pas une « créature », c’est-à-dire, un être « créé », mais un être « engendré », non par l’homme, mais par l’Esprit-Saint. La chair de tout homme, étant entachée par le péché, ne pouvait expier les péchés de sa propre chair. Selon la loi de Moïse, toutes les victimes offertes, soit en holocaustes, soit en actions de grâces devaient être « sans défaut ni difformité… » Deut 17:1. Or, le fait d’offrir continuellement les mêmes sacrifices devait aboutir, au temps fixé, à une expiation unique, suffisante et définitive, et ceci le fut au moyen du Corps sans péché de Jésus, « par le sang précieux de Christ, comme d’un agneau sans défaut et sans tache, prédestiné avant  la  fondation  du  monde  et  manifesté  à  la  fin  des  temps… » I Pier 1:19-20.

     L’œuvre de la rédemption accomplie par Jésus en nous réside dans le fait que « Celui qui n’a point connu le péché, Dieu l’a fait devenir péché pour nous,  afin que nous devenions en lui justice  de  Dieu… » II Cor 5:21. Jésus a été fait « péché » pour nous, et non pas évidemment « pécheur », seul aspect de Son humanité, dans lequel Il n’a pas été rendu semblable à nous. Car seul un Être parfait put prendre sur Lui nos imperfections, afin de nous rendre parfaits. D’autre part, le même mot péché dans le texte original, en vint à désigner, non seulement le « péché » en tant que tel, mais « sacrifice pour le péché ». Ceci jette un éclairage plus profond en ce que le même terme a le sens du péché, dont s’est chargé Jésus, et, en même temps, celui du « sacrifice »  pour le péché, qui a été expié à la croix. La Sainteté de Jésus a été manifestée dans le fait que « existant en forme de Dieu… », Jésus « n’à point regardé comme une proie à arracher d’être égal avec Dieu… » Phil 2:6. Lorsqu’un croyant ignore une certaine qualité ou capacité en lui, que d’autres ne peuvent que remarquer, son ignorance même se révèle être une vertu, en ce qu’elle le garde de s’en glorifier. Or, s’agissant de la connaissance et de la conscience que Jésus avait de Lui-même devant Dieu, il nous est impossible d’en mesurer la profondeur incommensurable, dans le fait que, tout en se sachant « Fils de Dieu », Jésus en tant que  « Fils de l’homme… » vécut et demeura dans une totale et parfaite soumission devant Son Père.

     L’Esprit-Saint en Jésus, par lequel Dieu engendra Son Fils, se trouve être le même Esprit reçu dans nos cœurs. D’où les paroles sublimes de l’apôtre Paul adressées à Timothée : «… Sans contredit, le mystère de la piété est grand : Celui qui a été manifesté en chair, justifié par l’Esprit, vu des anges, prêché aux gentils, cru dans le monde, élevé dans la gloire… »  I Tim 3:16. Dès lors, dans notre « esprit » et notre « chair » crucifiée, ne se combattant plus l’un l’autre, nous vivons la nature « incarnée » de l’Esprit de Jésus en nous.  Et  par  «  le  dépouillement  de  notre  corps  de  la  chair… » Col 2:11, nous vivons  l’« Emmanuel » ici-bas, « Dieu avec nous », c’est-à-dire, par l’Esprit de Son Fils en nous.