M411 – JE SUIS NU …

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    « Les yeux de l’un et de l’autre s’ouvrirent, ils connurent qu’ils étaient nus, et ayant cousu des feuilles de figuier, ils s’en firent des ceintures. Alors ils entendirent la voix de l’Eternel Dieu, qui parcourait le jardin vers le soir, et l’homme et la femme se cachèrent loin de la face de l’Eternel Dieu, au milieu des arbres du jardin. Mais l’Eternel Dieu appela l’homme, et lui dit : Où es-tu ? Il répondit : J’ai entendu ta voix dans le jardin, et j’ai eu peur, parce que je suis nu, et je me suis caché. Et l’Eternel Dieu dit : Qui t’a appris que tu es nu ? Est-ce que tu as mangé de l’arbre dont je t’avais défendu de manger ? L’homme répondit : La femme que tu as mise auprès de moi m’a donné de l’arbre, et j’en ai mangé. Et l’Eternel Dieu dit à la femme : Pourquoi as-tu fais cela ? La femme répondit : Le serpent m’a séduite, et j’en ai mangé. L’Eternel Dieu dit au serpent : Puisque tu as fais cela, tu seras maudit entre tout le bétail et entre tous les animaux des champs, tu marcheras sur ton ventre, et tu mangeras de la  poussière tous les jours de ta vie … » Gén 3:7-14.

   Il est plusieurs « commencements » dont nous parle la Parole de Dieu, non seulement le commencement de la création du monde, mais aussi celui de l’existence du péché dans le monde. Certes, avant la désobéissance d’Adam et d’Eve en Eden, nous connaissons par la même Parole l’existence du Malin, qui, depuis sa chute sur la terre, a répandu ce qu’émane sa nature même : le mal et le malheur parmi les hommes. Parmi les dons que Dieu fit à Sa créature ici-bas est la liberté, non pas de désobéir, mais d’obéir. Notre amour pour Dieu suscite en nous le désir de lui obéir, en réponse à Son Amour pour nous. L’obéissance à Dieu est à la mesure de l’aspiration spirituelle que l’Esprit-Saint fait naître en nous, et qui suscite ce mouvement intérieur, qui nous porte à aimer Dieu : Aspiration de l’Esprit, née de la liberté intérieure reçue de Dieu, en tant que notre Père céleste. Ceci révèle que les commandements de Dieu nous ont été donnés, non pour nous brimer ou nous assujettir, mais, au contraire, pour être gardés précisément du danger de perdre cette liberté intérieure reçue d’en haut. Or, la liberté comporte des conditions et Dieu, connaissant notre nature, veut nous  protéger par des commandements vivants, et non pas réducteurs de la vie. Car si Dieu avait « obligé » l’homme à être heureux, ce bonheur même « imposé », et donc « contraignant », eût été vécu, non pas comme un bonheur, mais comme un malheur, une servitude.

     Ainsi, il est écrit qu’aussitôt après avoir mangé du fruit défendu, les yeux d’Adam et d’Eve « s’ouvrirent… ». Mais « s’ouvrirent… » sur quoi ? Sur quelle réalité rendue visible ? Sur une découverte qui ne suscita pas en eux une joie, mais la peur. En effet, ressentir la nécessité de se revêtir de feuilles de figuier et de se cacher révèle désormais une attente, non pas joyeuse, mais anxieuse de l’approche de la Présence divine. Dès lors, la relation entre Adam et Eve fut perçue différemment, ce qui eut des conséquences sur leur relation avec Dieu. Adam et Eve, pour qui la visitation de l’Eternel était attendue dans la quiétude, suscita donc la peur, lorsque le son de Sa voix se fit entendre. L’Eternel ayant appelé l’homme qui s’était caché, celui-ci lui répondit : « J’ai entendu ta voix dans le jardin, et j’ai eu peur, parce que je suis nu et je me suis caché…. ». Ce à quoi l’Eternel dit : « Qui t’a appris que tu es nu… ? ». Il s’ensuit qu’il est des connaissances qui apportent la vie, tandis que d’autres apportent la mort.

     Le regard d’Adam sur son propre corps comme sur celui d’Eve, jusqu’alors, ne le troublait en aucune façon, et le ressenti de la convoitise leur était inconnu. Mais la désobéissance, causant la chute, fit que, non pas leur corps, mais leur regard sur leur corps changea. Adam et Eve sous le regard de Dieu connaissaient un sentiment de plénitude dans leur union et dans l’harmonie de la création. Jusqu’alors, la voix de Dieu, dont la visitation vers le soir était comme le couronnement de chacun de leur jour, ne leur inspirait aucun effroi. Mais, ils  écoutèrent une autre voix que celle de Dieu, en l’occurrence celle du « serpent », leur disant : « Dieu a-t-il réellement dit : Vous ne mangerez pas de tous les fruits du jardin… ? ». Or, il ne s’agissait pas de « tous » les fruits, comme Satan tenta de leur suggérer, mais d’un seul, celui de « l’arbre de la connaissance du bien et du mal… » Gén 2:16-17. Et Eve, en répondant au serpent pour préciser la Parole de Dieu, se fragilisa dans le simple fait d’avoir déjà engagé une conversation avec le « menteur, et le père du mensonge… » Jean 8:44. Où était donc Adam pendant qu’Eve seule parlait avec le serpent ? N’aurait-il pas dû être auprès d’elle en tant que « chef de la femme… » I Cor 11:3, non pour la dominer, mais pour la protéger ? En ce court instant, Eve était donc sans protection. Or, Adam, en personne, n’était pas loin d’elle à ce moment-là ; en effet, dit l’Ecriture : « Eve, ayant pris du fruit de l’arbre,  en donna aussi à son mari, qui était auprès d’elle, et il en mangea… » Gén 3:6. En réalité, Adam commença déjà à être spirituellement « dénudé » sans le savoir, et ce fut seulement à partir de la transgression qu’il se vit tel.

    Selon la nature de la connaissance et surtout selon l’esprit dans lequel nous la recherchons, la  connaissance a cette étonnante propriété de nous « revêtir », ou de nous « dévêtir ». Quel que soit donc le domaine en question, il est des paroles qui sont éclairantes et affermissantes, tandis que d’autres sont pernicieuses, séduisent et trompent. En, répondant à la question posée par le « plus rusé de tous les animaux… » Gén 3:1, Eve répondit : « Nous mangeons du fruit des arbres du jardin. Mais quant au fruit de l’arbre qui est au milieu du jardin, Dieu a dit : Vous n’en mangerez point et vous n’y toucherez point, de peur que vous ne mouriez. Alors le serpent dit à la femme : Vous ne mourrez point ; mais Dieu sait que, le jour où vous en mangerez, vos yeux s’ouvriront, et que vous serez comme des dieux, connaissant le bien et le mal… » Gén 3:2-5. Or, ces paroles du tentateur suffirent à changer le regard d’Eve qui, tout à coup, s’aperçut que « l’arbre était bon à manger et agréable à la vue, et qu’il était précieux pour ouvrir l’intelligence… » Gén 3:6. Les yeux de l’un et de l’autre s’ouvrirent alors, mais au lieu de se voir « comme des dieux », ils « se virent nus », et sans Dieu.

    Il ressort de cet entretien avec le serpent que, étrangement, ce ne fut pas l’homme qui chercha Dieu, mais Dieu qui chercha l’homme…». En effet, Dieu « qui voit la conduite de tous et qui a les regards sur les pas de chacun… » Job 34:21, appela donc Adam : « Où es-tu ? » Ce « où es-tu » exprimait déjà la séparation d’avec Dieu, comme conséquence de la transgression d’Adam et d’Eve, qui suscita leur crainte jusqu’à se cacher loin de la Face de Dieu. Il ressort de ceci que celui qui désobéit ne peut supporter la Sainteté de la Présence de Dieu. En fait, en disant à Dieu : « Je suis nu… », Adam reconnaissait déjà pourquoi il l’était devenu ! Et leur propre regard ayant changé, Adam et Eve ne virent plus le même éclat virginal de leurs corps. Car, avant de désobéir et de devoir se vêtir de feuilles de figuier, Adam et Eve étaient  vêtus d’un « revêtement » de nature spirituelle. L’Esprit-Saint, en effet, oint, saisit et remplit les hommes, et, de même, revêt, outre les prophètes, tout homme inspiré, tels que Gédéon, le juge  Jug 6:34, Amasaï, l’un des officiers du roi I Chro12:18, Jéhojada, fils d’un sacrificateur II Chro 24:20, et ceci jusqu’à nos jours. Et, évidemment avant tout et au-dessus de tout, Jésus Lui-même, notre divin Exemple, qui, « revêtu de la Puissance de l’Esprit… », vainquit le tentateur dans le désert Luc 4:14. Tenant compte des divers appels et des temps où ils délivraient leurs messages de la part de Dieu, les anciens, étaient « revêtus » de l’Esprit-Saint. Quant aux rachetés par Jésus, ce revêtement de l’Esprit, invisible, enveloppe de Sainteté ceux que Jésus a purifiés par Son Sang.

    L’esprit charnel ouvre les yeux sur une compréhension humaine de la Parole, car sans la Pensée de Dieu, tandis que la Révélation de l’Esprit ouvre les yeux spirituels des cœurs sanctifiés sur les mystères de Dieu. La connaissance reçue dans la désobéissance a pour effet de « dévêtir », révélant la honte de la nudité. En même temps et paradoxalement, cette connaissance de soi, mais éclairée par la Lumière de la Parole de Dieu, révèle notre misère. Et l’Esprit-Saint, nous convainquant de péché par la repentance, a déployé sur nous le « manteau de la Justice », dont Jésus nous a intérieurement revêtus.