M409 – VOILA UN FOU …

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« Et j’ai dit : La sagesse vaut mieux que la force. Cependant la sagesse du pauvre est méprisée, et ses paroles ne sont pas écoutées. Les paroles des sages tranquillement écoutées valent mieux que les cris de celui qui domine parmi les insensés. La sagesse vaut mieux que les instruments de guerre ; mais un seul pécheur détruit beaucoup de bien. Les mouches mortes infectent et font fermenter l’huile du parfumeur. Un peu de folie l’emporte sur la sagesse et sur la gloire.  Le cœur du sage est à sa droite, et le cœur de l’insensé à sa gauche. Quand l’insensé marche dans un chemin, le sens lui manque et il dit de chacun : Voilà un fou… ! » Ecc 10:1-2.

     La sagesse de l’Ecclésiaste est, avec celle du livre de Job, et celle des Psaumes et des proverbes,  parmi les plus lumineuses pour notre âme, pour notre vie présente et nous préparant à la vie à venir. La sagesse consiste dans l’inspiration et le discernement des choses spirituelles dans notre communion avec Dieu et dans la relation avec notre prochain. En ce qui concerne les Écritures, la folie de l’insensé consiste en des doctrines erronées, en des conceptions faussées et faussant la compréhension de la Parole de Dieu, comme des diverses situations rencontrées ici-bas, ainsi que l’exprime le sage : « La voie de l’insensé est droite à ses yeux, mais celui qui écoute les conseils est sage… » Prov 12:15. Le racheté, tout en étant sanctifié, est susceptible de se tromper, et il le sait, alors que la personne insensée est convaincue de son point de vue, et personne ne saurait l’en faire douter. Elle est victime d’un obscurcissement, d’où découle son erreur de jugement.

     Jésus Lui-même rencontra des insensés en la personne des pharisiens et des docteurs de la loi, qui le traitèrent de fou, sans saisir qu’ils révélaient par là leur propre folie. Il y eut, en effet, souvent division parmi le peuple à l’écoute de la prédication de Jésus, et plusieurs d’entre les juifs par leur esprit de doctrine exacerbé, disaient de Jésus : « Il a démon, il est fou ; pourquoi l’écoutez-vous ? D’autres disaient : Ce ne sont pas les paroles d’un démoniaque ; un démon peut-il ouvrir les yeux des aveugles… ? » Jean 10:20-21. Dans le domaine religieux, de même que dans le domaine des connaissances humaines, se manifeste la conviction d’avoir compris telle ou telle vérité, ou d’avoir toujours raison, ou d’être seul dans le vrai. C’est ici ce penchant naturel, dont la motivation consciente ou inconsciente, est ce besoin de dominer les autres, et de se distinguer d’eux en se croyant l’unique dépositaire éclairé de la compréhension des choses d’en haut.

    La folie au sujet de l’incompréhension des Écritures consiste, en réalité, en une liberté qui est une insoumission aux Vérités divines, et donc aux sens spirituels de celles-ci, ainsi que le déclare Job : « L’homme… a l’intelligence d’un fou, il est né comme le petit d’un âne sauvage… » Job 11:12. Ainsi le « fou », qui dit des autres qu’ils le sont, ne peut être réceptif à l’exhortation des sages, puisqu’il les considère aussi comme fous. C’est ce qui explique le pourquoi de tant d’interprétations diverses et divergentes, opposées les unes aux autres, qui ne permettent pas l’ouverture de l’esprit du croyant, car, provenant précisément d’un esprit figé, qui barre le cœur à toute Révélation par l’Esprit de la Parole de Dieu. La folie, dans le domaine de la Parole ne concerne donc pas le domaine mental, mais celui spirituel et doctrinal, qui consiste à penser de manière unilatérale, qui est l’une des particularités de l’homme sectaire. En vérité, l’insensé l’est, non parce qu’il n’aurait pas de sens, mais, au contraire, parce qu’il ne connaît et n’accepte qu’un seul sens, son propre sens, c’est-à-dire, le sens de son idée fixe. Ainsi, l’insensé suit une route à sens unique et, ignorant qu’il l’est, ne voit donc pas en quoi il aurait besoin de changer, aussi se conforte-t-il dans sa propre assurance, sans jamais se remettre en question.

    L’Écriture nous montre également une attitude des disciples semblable à celle de l’insensé. Jésus, dit l’Écriture, était à table avec Ses disciples à Béthanie, puis vint Marie, sœur de Lazare, venant avec une livre de parfum de nard pur de grand prix, et le répandit sur la tête de Jésus. Les disciples, voyant cela, s’indignèrent, et dirent : « A quoi bon cette perte ? On aurait pu vendre ce parfum très cher, et en donner le prix aux pauvres. Jésus, s’en étant aperçu, leur dit : Pourquoi faites-vous de la peine à cette femme ? Elle a fait une bonne action à mon égard ; car vous avez toujours des pauvres avec vous, mais vous ne m’avez pas toujours… » Matt 26:6-12. La perte de ce parfum précieux parut aux yeux des disciples comme un geste fou, et c’est précisément ce dont ils furent indignés de la part de Marie. Dans cette situation particulière, l’incompréhension des disciples laissa voir leur manque de discernement en ce qui concerne la portée spirituelle du geste de Marie, geste dont le sens prophétique annonçait d’avance le prodige unique de l’ensevelissement  aboutissant à la résurrection de Jésus, selon Ses propres Paroles : « Elle a fait ce qu’elle a pu, elle a d’avance embaumé mon corps pour la sépulture… » Marc 14:8.

     L’insensé se réjouit, non pas de la vérité, mais plutôt de la manière dont il la comprend et en fait part à d’autres, ainsi que l’écrit l’apôtre Paul aux Thessaloniciens : « Nous vous prions, frères, de ne pas vous laisser facilement ébranler dans votre bon sens, et de ne pas vous laisser troubler, soit par quelque inspiration, soit par quelque parole, ou par quelque lettre qu’ont dirait venir de nous, comme si le jour du Seigneur était déjà là… » II Thess 2:2. Ces paroles, concernant les fausses interprétations, démontrent en quoi consiste la « folie » spirituelle chez ceux qui les propagent et chez ceux qui les reçoivent, au point que le sage dit : « La folie est une joie pour celui qui est dépourvu de sens… » Prov 15:21. La joie exprime nécessairement une pleine satisfaction ; ainsi l’inspiration de l’Esprit, manifestant la révélation de la Parole, est-elle une source d’abondante joie pour le racheté. Mais l’insensé, telles qu’il les comprend, trouve sa joie dans des interprétations de doctrines, qui peuvent être totalement fausses, ou de nature aberrante aux yeux de l’homme spirituel. Qui donc a raison ? Mais faut-il avoir « raison » ? Car le problème ne consiste pas d’abord dans l’interprétation mal comprise de la Vérité. En effet, la cause, et donc la solution spirituelle, est, dans le cœur, antérieure à la connaissance selon la lettre de la Parole. Car la Vérité ne consiste pas à savoir que deux plus deux font quatre, mais à découvrir que la Vérité, avant d’être une Parole, est une Personne, Jésus-Christ. Et parce qu’elle est une personne, la Vérité nous éclaire, non par des raisonnements ou par des arguments, mais par le témoignage intérieur d’une transformation opérée en nous par l’Esprit de cette même  Parole. Ainsi, la Vérité se reçoit, se ressent et s’éclaire en nous par la Présence intime de Jésus-Christ, disant : « Je suis le chemin, la vérité et la vie. Nul ne vient au Père que par moi… » Jean 14:6. Ainsi ne saurait donc se tromper ou être trompée toute âme, qui, obéissant à la Vérité, en accepte et vit toutes les conséquences dans sa vie.

     Les diverses interprétations proviennent de ceux dont le but est de s’approprier la Parole, afin par elles, de se distinguer d’autrui. Or, plus qu’un sujet d’étude, la Vérité a pour vocation de nous éclairer, afin de nous affranchir. Et si les Voies du Seigneur sont insondables, les mystères que ces Voies recèlent sont salutaires, en ce sens qu’elles nous gardent dans l’humilité et de la présomption de penser les résoudre par des explications simplistes. L’important est de sonder les Écritures par l’Esprit-Saint dont le but est d’opérer en nous notre ressemblance à cette connaissance. Il s’agit donc d’être à l’écoute et en éveil, sachant que la Révélation de l’Esprit est toujours en rapport avec l’Avènement de Jésus-Christ, ainsi que le rappelle l’apôtre Paul : « Pour ce qui est des temps et des moments, vous n’avez pas besoin, frères, qu’on vous en écrive. Car vous savez bien vous-mêmes que le jour du Seigneur viendra comme un voleur dans la nuit… » I Thess 5:2. Il est aussi question ici, spirituellement, d’une « nuit » à venir, d’une nuit prophétique. Et ceci nous amène à une nuit personnelle, à notre propre nuit, dont l’Esprit-Saint nous convainc et nous éclaire l’une des causes, d’où découle la préférence pour telle ou telle interprétation. Et ce choix de faire siennes certaines interprétations plutôt que d’autres provient du ressenti de la personne, à laquelle répond l’interprétation qui correspond à sa nature profonde. D’où il se révèle que l’Esprit de Dieu traite avec la personne que nous sommes, en tenant compte de ce qui constitue la spécificité de notre être, et ceci, évidemment, après nous avoir d’abord transformés par la « nouvelle naissance » opérée en nous par le Saint-Esprit.