M408 – JE SUIS CELUI QUI SUIS …

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     « Moïse dit à Dieu : J’irai donc vers les enfants d’Israël, et je leur dirai : Le Dieu de vos pères m’envoie vers vous. Mais, s’ils me demandent quel est son nom, que leur répondrai-je ? Dieu dit à Moïse : Je suis celui qui suis. Et il ajouta : C’est ainsi que tu répondras aux enfants d’Israël : Celui qui s’appelle « Je suis » m’a envoyé vers vous. Dieu dit encore à Moïse : Tu parleras ainsi aux enfants d’Israël : Éternel, le Dieu de vos pères, le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac et le Dieu de Jacob, m’envoie vers vous. Voilà mon nom pour l’éternité, voilà mon nom de génération en génération. Va, rassemble les anciens d’Israël, et dis leur : Éternel, le Dieu de vos pères, m’est apparu, le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob. Il a dit : Je vous ai vus, et j’ai vu ce que qu’on vous fait en Égypte, et j’ai dit : Je vous ferai monter de l’Égypte, où vous souffrez, dans le pays des Cananéens, des Héthiens, des Amoréens, des Phérésiens, des Héviens et des Jébusiens, dans un pays où coulent le lait et le miel… » Exo 3 :13-17.

   S’il est un texte fondateur de la Révélation divine, une genèse spirituelle, c’est bien ce face-à-face extraordinaire et sublime entre Dieu et Moïse, dans lequel Dieu révéla à son prophète l’essence de Sa Nature éternelle. Dieu, précédemment, se manifesta aux patriarches ; depuis lors, la recherche de Dieu se fit de plus en plus intime en l’homme. Le fait déjà de chercher à comprendre les choses de ce monde traduit, inconsciemment, une recherche des choses d’« avant » ce monde, de la Présence de Dieu lui-même, qui en est le Créateur. Dieu répond à l’âme ayant une aspiration spirituelle, mais c’est souvent au travers d’événements parfois insolites, douloureux, et même tragiques, que l’homme lève les regards en haut, vers Dieu qui est, à la fois, invisible et proche.

   Il est naturel de penser que les êtres qui se comprennent le mieux sont les enfants issus du même père et de la même mère. Cependant, il se trouve des cas où les traits ou le caractère d’un enfant ne ressemblent en aucun cas à ceux de ses parents, ou de ses frères ou de ses sœurs. Certes, les générations, en se multipliant se diversifient, la ressemblance des unes par rapport aux autres s’estompent ou disparaissent, comme aussi étrangement  réapparaissent. D’où vient que, créés par le même Dieu, des âmes aspirent spirituellement aux choses célestes, tandis que d’autres se suffisent dans ce qui les rattache à la terre. Le choix des choses recherchées terrestres ou célestes, dépend de ce l’on peut appeler le  destin, inconnu de nous, mais connu de Dieu, qui fait que telle âme se révèle, soit par son aspiration aux choses impérissables, soit par sa recherche des choses périssables. Les croyants aspirant aux choses célestes s’ouvrent à l’Appel de Celui qui déjà les y a préparés, car ils ne se recherchent pas eux-mêmes, tandis que d’autres, cherchant par leur propre ressenti, prennent leurs propres impressions pour des révélations divines. Ainsi Moïse, voulant défendre un frère de son peuple frappé par un Égyptien, tua celui-ci, et « cacha le corps dans le sable… », Exo 2:11-12, mais put-il le cacher à sa conscience ? Cependant, après avoir habité pendant quarante ans dans le désert de Madian, où il s’était enfui d’Égypte, Moïse ne s’attendait pas à être appelé « dans une flamme de feu, au milieu d’un buisson qui ne se consumait point… » Gen 3:2, par le Dieu de ses pères Abraham, Isaac et Jacob. L’Appel divin était à la hauteur de l’Apparition surnaturelle, qui lui annonça la Révélation du Dieu unique.

   Envoyé par Dieu pour délivrer Israël de la servitude en Égypte, Moïse dit à Dieu « s’ils me demandent, quel est son nom, que leur répondrai-je ? Dieu dit à Moïse : Je suis celui qui suis. Et il ajouta : C’est ainsi que tu répondras aux enfants d’Israël : Celui qui s’appelle « Je Suis » m’a envoyé vers vous… ». Dieu est Vie, Il est Vie, parce qu’« Il Est… ». La Vie est la manifestation de Son Être… Dieu dit de Lui-même : « Je Suis ». Dieu n’est pas tel que notre compréhension pourrait se Le représenter. Dieu n’est pas à notre « image », ni à l’image de la compréhension que nous avons de Lui, mais c’est nous, qui avons été faits à Son image. C’est donc à partir de l’image que nous sommes de Dieu, que nous pouvons « pénétrer » la Pensée de Dieu, et saisir, en partie, la « compréhension » selon l’Esprit même de Dieu.

   La compréhension la plus éclairée au sujet de Dieu aura toujours les limites de l’image que nous sommes de Lui. Notre compréhension a les contours de l’image, à laquelle nous avons été faits par Lui. La perfection de Dieu est aussi infinie que Son Éternité est sans fin. Éternité et la Perfection de Dieu ne peuvent être qu’une et éternelle. La perfection à l’image de Dieu, est vécue partiellement par nous, parce que nous sommes faillibles, et nous sommes faillibles à cause de la nature passagère, temporaire, périssable de notre vie. Etant donc des créatures de nature passagère, l’Essence éternelle de Dieu ne peut être saisie par l’esprit de ce  « monde qui passe… » I Jean 1:17. C’est donc en entrant par la résurrection des morts dans l’éternité, que  nous serons dans la perfection totale, ainsi que l’écrit l’apôtre Paul : «… quand ce qui est parfait sera venu, ce qui est partiel disparaîtra…. » I Cor 13:9.

   L’expérience du racheté dans sa relation particulière avec la Nature de Dieu peut se décrire par celle des trois disciples, vécue sur la montagne de la transfiguration. Il est à relever que la « nuée » céleste couvrit, non pas les disciples, Pierre, Jacques et Jean, mais Jésus Lui-même et  Moïse et Élie, qui s’entretenaient avec Lui, et cette nuée n’était pas une « nuée obscure », mais,  au contraire, une « nuée lumineuse ». Une nuée qui, non pas obscurcit, mais préserva la fragilité des disciples devant l’éblouissante lumière de la Présence divine. Lumière de la   manifestation surnaturelle, qui les éclaira sans les consumer, et les rendant accessibles à ces paroles émanant de la nuée: « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j’ai mis toute mon affection : écoutez-le… » Matt 17:5. La Puissance de la manifestation de la Nature de Dieu est de se cacher, non pas dans une « nuée qui obscurcit », mais dans une « nuée lumineuse », par laquelle même Dieu se révéla à eux.

   L’annonce de la délivrance du peuple hébreu par le Nom du Dieu unique eut pour pharaon et son peuple un retentissement immense. Celle-ci marqua le contraste entre la nature passagère des idoles et celle éternelle du Dieu vivant, manifesté comme étant « Celui qui est, qui était, et qui vient, le Tout-Puissant… »  Apo 1:8, et dont la Nature éternelle se révéla comme étant le « Je Suis », ainsi que l’annonça donc le prophète, en disant : « Éternel, le Dieu de vos pères, le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac et le Dieu de Jacob, m’envoie vers vous. Voilà mon nom pour l’éternité, voilà mon nom de génération en génération… » Exo 3:15. En fait, antérieurement, Abraham connaissait Dieu sous le Nom de « Yahweh », lequel, avait été révélé, non seulement à Abraham, auquel « Il apparut… » Gen 12:7-8, mais déjà du temps d’« Énosch », fils de « Seth », qui lui-même était « fils d’Adam… » Gen 4:26. En vérité, nous découvrons par Moïse le « sens » du Nom de Dieu, révélé avant Son « Essence ». Le Nom de « Yahweh » révéla la Nature éternelle du « Je Suis ». Comme souvent dans les Écritures, nous entrons dans la « substance » des choses spirituelles, après avoir connu les « vérités » qui les nomment.

   De Celui qui est le « Je Suis », qui est l’Être, l’Infini, éternité, rien n’échappe au Rayonnement. Nous sommes sous Son Regard, le Regard de Celui qui remplit toutes choses. Paradoxalement, le prophète Esaïe proclama qu’après la libération des captifs israélites de Babylone par le roi Cyrus, des nations diront en suppliant au peuple hébreu : « C’est auprès de toi seulement que se trouve Dieu, il n’y a point d’autre Dieu que lui. Mais tu es un Dieu qui te caches, Dieu d’Israël, sauveur… » Esa 45:14-15. Or, Celui qui « Est » ne peut pas ne pas être. Comment Dieu qui remplit toutes choses peut-Il être caché, si ce n’est devant l’âme qui Le fuit, mais comment fuir Celui « qui remplit toutes choses… » ? Sinon en lui résistant ! Mais la Grandeur de Dieu est de faire éprouver, un sentiment de vide béant, suscitant dès lors en l’âme une aspiration à Le connaître, et, une fois éclairée, à se connaître elle-même. Ainsi,  connaître Dieu, par qui spirituellement se connaître soi-même, n’est-ce point là déjà L’appeler par Son Nom ?