M405 – JUDA LABOURERA …

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 « Depuis les jours de Guibéa tu as péché, Israël ! Là ils restèrent de debout, la guerre contre les méchants ne les atteignit pas à Guibéa. Je les châtierai à mon gré, et des peuples s’assembleront contre eux, quand on les enchaînera pour leur double iniquité. Éphraïm est une génisse dressée, et qui aime à fouler le grain, mais je m’approcherai de son beau cou ; j’attellerai Éphraïm, Juda labourera, Jacob hersera. Semez selon la justice, moissonnez selon la miséricorde, défrichez-vous un champ nouveau ! Il est temps de chercher l’Éternel, jusqu’à ce qu’il vienne, et répande pour vous la justice… » Osée 10:9-12.

   Le peuple d’Israël, qui s’attira les châtiments à cause de ses rébellions, montre l’esprit instable du cœur de l’homme, des croyants même, alternant les temps de réveil spirituel et les temps de désobéissance ou de tiédeur. Le prophète Osée dénonça les péchés du peuple d’Israël, tout en l’appelant, en même temps, à la repentance en vue d’un retour à Dieu. Sa grande souffrance fut de devoir vivre avec une femme prostituée, qui eut des enfants, pour lesquels le prophète reçut de Dieu les noms, en relation avec l’état de  dégradation  spirituelle  dans  lequel  le   peuple  était  tombé : Osée 1:2. Le fardeau spirituel qu’il portait en tant que prophète à l’égard d’Israël était tel qu’il accepta de souffrir dans sa propre vie ce qu’il ne pouvait que réprouver. Et, comme si cela ne suffisait pas, Dieu dit au prophète : « Va encore, et aime une femme aimée d’un amant, et adultère ; aime-là comme l’Éternel aime les enfants d’Israël, qui se tournent vers d’autres dieux et qui aiment les gâteaux de  raisins   (offerts  aux  idoles  par  les  nations  étrangères)… » Osée 3:1. Cette unique et exceptionnelle conduite devait illustrer encore, par sa vie même, l’état de décadence du peuple d’Israël.

   Cette situation dramatique réclamait une action profonde de la part de Dieu dans les vies des Fils d’Israël ; et les paraboles, par lesquelles Jésus enseignait les Juifs de son temps, étaient déjà la manière dont les prophètes proclamaient la Parole de Dieu. « Défricher », « atteler », « labourer », « herser », « semer », « moissonner », autant de termes indiquant les activités de l’agriculteur, qui étaient comprises par le peuple. La diversité des œuvres spirituelles révèle les manifestations variées de l’Esprit de Dieu. Le fait d’« atteler » Éphraïm, qui désigne Israël, rappelle qu’une grande partie du peuple, au temps du roi Jéroboam : I Rois 11:29-31, s’était séparé de la tribu de Juda et de la tribu de Benjamin. Le fait que Juda fut appelé à « labourer », et que Jacob, qui représente la nation entière avant sa division, fut appelé à « herser », annonçait, en même temps, la restauration de toutes choses. Une prophétie peut avoir des accomplissements en divers temps, et à plusieurs niveaux : collectifs, individuels, terrestres, spirituels et éternels. Car le temps selon l’Écriture ne se fractionne pas en un passé, un présent et un futur, mais dans une succession de périodes d’un présent continu, qui « n’a ni commencement de jours ni fin de vie… », à l’image de ce « Melchisédek qui demeure sacrificateur à perpétuité, et qui est rendu semblable au Fils de Dieu… » Héb 7:2-3, préfigurant le Sauveur et Seigneur Jésus-Christ « prédestiné avant la fondation du monde, et manifesté à la fin des temps… » I Pier 1:20.

   L’appel adressé à Juda appelé à « labourer » annonce également le fait que Jésus, étant né à Bethléhem, descend de la tribu de Juda, ainsi qu’il a été prophétisé : « Et toi, Bethléhem, terre de Juda, tu n’es certes pas la moindre entre les villes de Juda, car de toi sortira un chef qui paîtra mon peuple… Matt 2:6. La vocation de Juda est prophétiquement d’ouvrir et de retourner la terre en vue du hersage préparant aux semailles. C’est ici l’un des aspects de l’histoire mouvementée d’Israël, en particulier du peuple de Juda en butte à des ennemis venant de l’extérieur aussi bien qu’à ceux se levant du sein de la tribu. Tout ce qui est spirituel est combattu ! C’est ici l’une des marques de l’Œuvre divine tant parmi les hommes que dans le cœur du croyant, qui est de s’attirer les attaques de la part des puissances invisibles et ténébreuses contre tout ce qui est de nature spirituelle, c’est-à-dire, la nature spirituelle du racheté régénéré, qui, dit l’Écriture, est : « cette bonne odeur de Christ, parmi ceux qui sont sauvés et parmi ceux qui périssent ; aux uns une odeur de mort, donnant la mort ; aux  autres,  une  odeur  de  vie  donnant  la  vie… » II Cor 2:15-16.

  Le labourage est le début de tout le processus du travail des champs, en passant par le hersage, les semailles jusqu’à la récolte des fruits de la terre. De même, le labourage spirituel produit toujours un bouleversement intérieur, et donc un renouvellement spirituel, qui est le travail en profondeur de la Parole de Dieu dans les vies. C’est ici l’œuvre de l’Esprit en nous pour l’accomplissement du Dessein de Dieu, en particulier celle de l’intercession. L’intercession est cette action surnaturelle qui va au-delà de nous-mêmes, dont les prières s’élèvent vers Celui qui entend et dont les exaucements se répercutent dans les vies connues et inconnues comme dans les lieux connus et inconnus, que Dieu seul connaît et aux besoins desquels Il répond selon qu’Il l’a réservé à chacun. La parabole du laboureur illustre la patience et la persévérance en vue de porter des fruits spirituels, promesses déjà annoncée dans l’ancienne Alliance par le prophète Joël, disant : « Voici, les jours viennent, dit l’Éternel, où le laboureur suivra de près le moissonneur, et celui qui foule le raisin celui qui répand la semence, où le moût ruissellera des montagnes,  et coulera de toutes les  collines… » Amos 9:13 ; promesses donc manifestées dans la Nouvelle Alliance, ainsi que l’écrit l’apôtre Paul, disant : « Voici, le laboureur attend le précieux fruit de la terre, prenant patience à son égard jusqu’a ce qu’il ait reçu les pluies de la première et de l’arrière saison. Vous aussi soyez patients, affermissez-vous, car l’avènement du Seigneur est proche… » I Pier 5:7-8.

   Le labourage est le travail le plus profond que le laboureur inflige à la terre, car sans lui le sol serait trop compact pour recevoir la semence. D’ailleurs, la profondeur est une caractéristique même de l’œuvre de l’Esprit dans les vies. Jésus déclare que celui qui entend Ses Paroles, et les met en pratique « est semblable à un homme qui bâtissant une maison a creusé, creusé bien avant et a posé le fondement sur le roc… » Luc 6:48 Le fruit qui demeure et se multiplie est toujours celui qui a germé à la profondeur requise. Que ce soit au sujet du « fondement » ou de l’« ensemencement », ce qui subsiste éternellement provient de la Parole enfouie et germant dans notre être intérieur, c’est-à-dire dans ce qui a été « creusé, creusé bien avant… » au plus profond de nous-mêmes. Or, ce qui « frappe les regards » et suscite l’enthousiasme, n’attire pas les regards de l’homme spirituel. Car ceci résulte d’une semence « tombée dans les endroits pierreux… où elle n’a pas trouvé beaucoup de terre… ni un sol profond…. » Matt 13:5-6. A première vue, cette terre semblait être une bonne terre à cause de la rapidité avec laquelle la semence « leva aussitôt… », cependant, « brûlée par le soleil, faute de racine… », sa croissance hâtive se révéla spirituellement infructueuse, ne résistant pas à l’épreuve du temps, c’est-à-dire au temps de la tentation ou de l’épreuve. Ce qui apparaît comme une démonstration de puissance est recherché par le peu de profondeur de l’âme  superficielle, qui, par impatience, ne laisse aucun  temps à la Parole de germer en elle, permettant alors à la semence de transformer le cœur à la ressemblance de cette même Parole.

   Nous sommes appelés à être l’effet de ce dont nous sommes la cause, le résultat de ce dont nous sommes l’instrument, c’est-à-dire que l’on ne peut transmettre une chose spirituelle sans l’avoir reçue ou vécue soi-même, d’une manière ou d’une autre. En effet, celui qui laboure spirituellement est lui aussi labouré. Notre Seigneur Jésus Lui-même a été ce qu’Il nous a transmis. Au sujet des souffrances de notre Sauveur, l’Écriture, déclare : « Ils m’ont assez opprimé dès ma jeunesse, mais ils ne m’ont pas vaincu. Des laboureurs ont labouré mon dos, ils y ont tracé de longs sillons… » Ps 129:2-3. Suspendu à la croix, entaillé par le fouet, traversé par les clous, le cœur transpercé, nul ne peut mesurer la profondeur de ce qu’éprouva Jésus, et, intérieurement, infiniment plus encore. Aussi ne peut-on saisir qu’en partie seulement ce qu’implique pour nous cette parole de Jésus « : Si quelqu’un veut venir après moi, qu’il renonce à lui-même, qu’il se charge chaque jour de sa croix, et qu’il me suive… » Luc 9:23. Jésus endura les souffrances rédemptrices, par lesquelles Il nous a affranchis. Nous sommes donc exhortés à cultiver notre vie intérieure, dont les racines pénètrent dans le sillon des meurtrissures de Jésus et dont les fruits spirituels, portés ici-bas, seront recueillis dans les demeures célestes, notre destination éternelle.