M398 – UN ENFANT DE PAIX …

Format PDF

    « Il leur dit : La moisson est grande, mais il y a peu d’ouvriers. Priez donc le maître de la moisson d’envoyer des ouvriers dans sa moisson. Partez ; voici, je vous envoie comme des agneaux au milieu des loups. Ne portez ni bourse, ni sac, ni souliers, et ne saluez personne en chemin. Dans quelque maison que vous entriez, dites d’abord : Que la paix soit sur cette maison ! Et s’il se trouve là un enfant de paix, votre paix reposera sur lui ; sinon, elle reviendra à vous. Demeurez dans cette maison-là, mangeant et buvant ce qu’on vous donnera ; car l’ouvrier mérite son salaire. N’allez pas de maison en maison… » Luc 10:2-7.

   La mission des disciples, envoyés pour annoncer le Royaume des cieux, révèle une grande richesse de profondeur. En effet, il ne s’agit pas ici des douze apôtres, mais des « soixante-dix autres disciples… » appelés par Jésus : Luc 10:1. Avant de les envoyer prêcher, Jésus les exhorta à prier, afin d’être fortifiés pour faire face aux situations hostiles qu’ils rencontreraient, et, en même temps, afin que d’autres ouvriers dans la suite soient aussi envoyés dans la moisson. C’est ici la Grandeur et la Miséricorde de Dieu, qui appelle les créatures terrestres que nous sommes à participer à Ses célestes Desseins. Dieu prévoit toutes choses, faisant de nous ceux par lesquels s’accomplit Son Plan, préparé pour nous et, en même temps nous préparant nous-mêmes à intercéder en vue de ceux qui sont appelés à y entrer.

   Jésus-Christ nous révèle les conditions dans lesquelles la Parole est annoncée ; en l’occurrence ici, les circonstances sont parfois périlleuses. En effet, en comparant les disciples à des « agneaux envoyés au milieu des loups… », Jésus nous rend conscients des réalités particulières auxquelles nous avons à faire face. Jean-Baptiste, citant le prophète Ésaïe, proclama : « C’est ici la voix de celui qui crie dans le désert : Préparez le chemin du Seigneur, aplanissez ses sentiers. Toute vallée sera comblée, toute montagne et toute colline seront abaissées ; ce qui est tortueux sera redressé, et les chemins raboteux seront aplanis. Et toute chair verra le salut de Dieu… » Luc 3:4-6. Nous savons ce que Jésus dut affronter lors de la proclamation de la Parole aux hommes de son temps. Et cette Parole de Jésus, quel que soit l’appel de chacun, s’adresse à tous ceux qui désirent marcher fidèlement, en sachant associer la confiance, la hardiesse et la prudence, qui, loin d’être contradictoires, constituent la sagesse. Jésus dit aux disciples : « Je vous ai dit ces choses, afin que vous ayez la paix en moi. Vous aurez des tribulations dans le monde ; mais prenez courage, j’ai vaincu le monde… » Jean 16:33. Or, le fait que Dieu ait préparé la voie et aplani les sentiers n’empêche pas que nous rencontrions des persécutions et des obstacles sur le chemin. La Vision de Dieu n’est pas notre vision des choses. Ce qui, en effet, a été « redressé » devant nous par Dieu peut être parfois ressenti comme étant « sinueux » dans notre existence, et le chemin qui a été « aplani » peut nous sembler « rocailleux » dans notre service pour Lui. En réalité, le fait de l’éprouver de cette manière provient de nos propres faiblesses, des sentiments de la « chair » et de notre propre volonté qui ne se soumet pas à la Volonté de Dieu, laquelle ne correspond pas à la nôtre, ainsi que le dis le prophète : «  Mes pensées ne sont pas vos pensées et vos voies ne sont pas mes voies… » Ésaïe 55:8. D’où la Patience de Dieu œuvrant au-dedans de nous pour nous rendre conformes à Lui… en nous  transformant !

   Afin que l’Évangile soit à même de révéler les « enfants de paix », c’est à-dire, les cœurs réceptifs à la Parole de Dieu, les soixante-dix disciples reçurent l’ordre de ne prendre « ni bourse, ni sac, ni souliers, et ne saluer personne en chemin… » Luc 10:3-4. Transposé dans notre temps, il y a lieu d’apprendre à nous garder de tout superflu, en apprenant que ce qui peut nous paraître anodin ou « faciliter » notre mission ici-bas peut se révéler un obstacle même à notre vie spirituelle. La recommandation de « ne saluer personne en chemin… » ne nous invite pas à être impoli, mais simplement à éviter d’être retenu par des discussions vaines et inutiles, comme il en est le cas de certaines discussions mondaines ou théologiques, ainsi que l’écrit l’apôtre Paul à Timothée, l’exhortant à « ne pas s’attacher à des fables et à des généalogies sans fin, qui produisent des discussions plutôt qu’elles n’avancent l’œuvre de Dieu dans la foi… » I Tim 1:4. Ceci pour nous rappeler que connaître Christ n’est pas autre chose que de recevoir en nous « Celui qui est notre paix… » Eph 2:14, la Paix véritable incarnée en Christ, puis, par Lui incarnée en nous par Son Esprit. La Paix de Dieu est la Plénitude reçue de la Parole, or toute Plénitude étant ineffable, toute spéculation et toute interprétation n’ont donc plus cours.

   L’âme est attirée vers la Paix de Dieu, par son ressenti de l’absence de cette Paix. Une personne est appelée « enfant de paix », non parce qu’elle possède cette paix qu’elle ne connaît pas encore, mais par ce besoin même de la recevoir, qui la rend accessible à la prédication de la Parole de vie. Tout ce que l’homme a nommé ici-bas « paix » l’a toujours trompé, sauf la Paix qui vient de Dieu, ainsi que le dit Jésus à Ses disciples : «  Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix. Je ne vous la donne pas comme le monde la donne. Que votre cœur ne se trouble point, et ne s’alarme point… » Jean 14:27. Ainsi, l’« enfant de paix » ne désigne pas une personne exceptionnelle, meilleure, ou plus parfaite que les autres, certes non ! Car cette âme, dans sa vie même mouvementée, intérieurement et extérieurement, ressent spirituellement la soif de ce qu’elle n’a jamais connu ni su nommer. Aussi, même déçue et désabusée, l’âme s’ouvre-t-elle au jour que Dieu connaît, en recevant la Personne de Jésus, qui, non seulement « a », mais « est » Lui-même la Paix.

   Ainsi, parmi ceux qui écoutent la Parole, certains sont réceptifs et d’autres non. C’est ici le mystère de l’œuvre de l’Esprit-Saint qui convainc de péché, non seulement ceux qui acceptent d’être convaincus, mais aussi ceux qui n’acceptent pas d’être convaincus. Car ceux qui ne croient point ne sont pas ceux qui n’auraient pas compris des vérités de la Parole, mais ceux, au contraire, qui ont très bien compris ce qu’elles ne veulent pas comprendre. Ces personnes sont « convaincues » de ce dont elles ne veulent pas être convaincues… ! Mais  l’ « enfant de paix » est celui qui éprouve le besoin de ce qu’il ne possède pas encore. Ce mouvement vers Dieu sans Le connaître encore est révélé par cette Parole de Jésus à Ses disciples : « Nul ne peut venir à moi, si le Père qui m’a envoyé ne l’attire ; et je le ressusciterai au dernier jour… », à laquelle fait écho cette autre Parole du Seigneur : « C’est pourquoi je vous ai dit que nul ne peut venir à moi,  si  cela  ne  lui  a  été  donné par  le  Père… » Jean 6:44, 65. L’aspiration profonde d’une âme révèle ce dont son cœur se sent privé, et qui se trouve alors parmi ceux à qui Dieu « fait connaître le mystère de sa volonté, selon le bienveillant dessein qu’il avait formé en lui-même… » Eph 1:9, « ayant été prédestinés, dit encore l’Écriture, suivant la résolution de celui qui opère toutes choses d’après le conseil de sa volonté, afin que nous servions à la louange de sa gloire, nous qui d’avance avons espéré en Christ… » Eph 1:11-12.

   Le fait qu’il y ait des « enfants de paix » aspirant à la connaître contraste avec les âmes qui, ne la recherchant pas, n’ont aucun sentiment de manquer de quoi que ce soit. Ces deux attitudes contraires paraissent incompréhensibles à l’intelligence humaine. Or l’apôtre Paul, dans son épître aux Romains, écrit : « Ceux que Dieu a connus d’avance, il les a aussi prédestinés à être semblables à l’image de son Fils, afin que son Fils fût le premier-né d’entre les morts… » Rom 8:28. Ce qu’il nous a été donné de  comprendre de ce mystère de la part de Dieu est que ce n’est pas la « prédestination », mais la « pré-connaissance » qui est première, dans le fait qu’être « connus d’avance… » précède le fait « d’être prédestinés… ». L’élection divine consiste, non pas uniquement en un choix unilatéral et arbitraire d’En Haut, mais dans l’aspiration intérieure insufflée par l’Esprit de Dieu dans le cœur, lequel, en ne l’ayant pas éteinte, mais accueillie, s’ouvre à la Parole de Celui qui est le « Prince de la Paix… » Ésaïe 9:5, et dont la Paix, dès lors, règne dans notre vie, même au milieu de la  tempête.