M386 – ESPRIT ET VIE …

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     « Plusieurs de ses disciples, après l’avoir entendu, dire : Cette parole est dure ; qui peut l’écouter ? Jésus, sachant en lui-même que ses disciples murmuraient à ce sujet, leur dit : Cela vous scandalise-t-il ? Et si vous voyez le Fils de l’homme monter où il était auparavant ? …  C’est l’Esprit qui vivifie ; la chair ne sert de rien. Les paroles que je vous ai dites sont esprit et vie. Mais il en est parmi vous quelques uns qui ne croient point. Car Jésus savait dès le commencement qui étaient ceux qui ne croyaient point, et qui était celui qui le livrerait. Et il ajouta : C’est pourquoi je vous ai dit que nul ne  peut  venir  à  moi,  si  cela  ne  lui  a  été  donné  par  le  Père… » Jean 6:60-65.

   Ces paroles succèdent à un discours, dans lequel Jésus souligna une vérité profonde, disant : « … Ma chair est vraiment une nourriture, et mon sang est vraiment un breuvage. Celui qui mange ma chair et qui boit mon sang demeure en moi et moi en lui. Comme le Père qui est vivant m’a envoyé, et que je vis par le Père, ainsi celui qui me mange vivra par moi… » Jean 6:55-57. Ces paroles : « Celui qui me mange vivra par moi… » nous appellent, non pas à manger physiquement la « chair » de Jésus, mais à vivre dans l’Intimité de l’Esprit de Jésus, de qui nous recevons la Substance spirituelle de la Vie divine. Et ceci à l’exemple de Jésus Lui-même, qui, déclarant « vivre par le Père… », n’eut évidemment pas à « manger » Dieu pour « vivre par Lui … » ! C’est donc là ce qui suscita cette réflexion des disciples, disant : « Cette Parole est dure ; qui peut l’écouter… ? ». Or, Jésus connut leurs « murmures », et, étrangement, n’explicita pas Ses paroles, au contraire, Il ajouta encore au mystère, en disant : « Cela vous scandalise-t-il ? Et si vous voyez le Fils de l’homme monter où il était auparavant… ? » Jean 6:62. Jésus laissa entrevoir l’espace céleste du temps éternel qu’Il occupait « auprès de Dieu avant que le monde fût… » Jean 17:5, et ceci avant Son incarnation et Sa venue ici-bas. L’Esprit-Saint nous appelle à passer de l’image au message de la Parole, de la parabole à la révélation de celle-ci, c’est-à-dire, du contenant textuel au contenu spirituel de cette Parole. Aussi, la Parole ne pouvant être reçue que par la révélation d’En Haut, c’est donc en ce sens que Jésus déclara : « Les paroles que je vous ai dites sont Esprit et Vie… » Jean 6:63, lesquelles, en même temps qu’elles se révèlent, ouvrent les cœurs de ceux qui ont reçu l’« amour de la vérité » pour être sauvés.

   Le fait d’être éloigné des choses de Dieu, par ignorance, ou par désobéissance, ce qui est plus grave, ne permet évidemment pas d’être en mesure de saisir le sens des choses spirituelles et célestes. Or, les disciples ne pouvaient être plus proches de Jésus qu’ils ne l’étaient ici-bas, cependant, bien des Paroles du Maître leur étaient incompréhensibles, car Jésus, au milieu d’eux, était aussi grand et profond qu’Il était proche d’eux. En effet, en étant au pied d’une montagne, nous sommes proches d’elle, nous la touchons même, cependant, parce que nous sommes trop près, nous ne pouvons en voir toutes les dimensions, et son sommet échappe à nos regards. À l’inverse, en étant éloignés, nous pouvons la contempler dans sa hauteur et dans sa largeur, mais il ne nous est plus possible de la toucher… ! Ainsi en est-il de l’intelligence naturelle, qui, soit « touche » la Parole sans spirituellement la « voir », soit la « voit » sans la « toucher » ni être touché par elle, ce qui ne permet pas de la connaître intérieurement. Il est donc nécessaire, dans une profonde humilité, de prendre de la « hauteur » par l’Esprit, afin d’être dégagés de toute entrave dogmatique de la Parole, alors la Parole vivante et vivifiante demeurant en nous nous fait demeurer en elle.

   Ainsi, la proximité des vérités divines ne signifient pas qu’elles demeurent en nous et nous en elles, à moins que nous ne soyons pénétrés du désir d’en rechercher la Profondeur, qui, en même temps, ravive notre aspiration aux choses d’En Haut. L’admirable discours de Jésus à ses disciples, concernant Son départ de ce monde vers le Père céleste, éclaire précisément cette vérité, disant : « Et moi, je prierai le Père, et il vous donnera un autre consolateur, afin qu’il demeure éternellement avec vous, l’Esprit de vérité, que le monde ne peut recevoir, parce qu’il ne le voit point et ne le connaît point ;  mais vous, vous le connaissez, car il demeure avec vous, et il sera en vous… » Jean 14:16-17. L’Esprit-Saint, demeurant en Jésus, se tenait proche des disciples en la Personne même de Jésus. Or la prière de Jésus, afin que l’Esprit  en Lui  vînt  demeurer  dans  Ses disciples, fut, non pas d’être plus proche d’eux, mais, au contraire, de les quitter par Sa crucifixion, puis par Sa résurrection et Son ascension auprès de Son Père céleste. Il est une loi spirituelle selon laquelle il n’est pas possible de recevoir quelque chose de Dieu, sans « perdre » quelque de chose de soi-même, de sa propre vie. Et ceci n’est pas nécessairement une chose négative ou répréhensible, ce peut être aussi une expérience spirituelle ou une direction de Dieu, mais dont le temps est arrivé à son terme, terme d’où nait alors une nouvelle étape de la vie intérieure, une nouvelle vision de Dieu ou un service nouveau dans l’Esprit.

   Il ressort donc que ce qui n’était pas compris de Sa Parole, soit Jésus l’éclairait soit y ajoutait une vérité plus mystérieuse, afin de révéler ceux en qui la soif de recevoir la Lumière de la Parole était plus grande que la difficulté à la comprendre. L’ Écriture dit, en effet, que « c’est par beaucoup de paraboles de ce genre qu’il leur annonçait la parole, selon qu’ils étaient capables de l’entendre. Il ne leur parlait pas sans parabole ; mais, en particulier, il expliquait tout à ses disciples… » Marc 4:33-34. C’est ainsi que, répondant à Ses disciples, qui lui demandaient pourquoi Il leur parlait en paraboles, Jésus dit : «… Parce qu’il vous a été donné de connaître les mystères du royaume des cieux, et que cela ne leur a pas été donné. Car on donnera à celui qui a, et il sera dans l’abondance, mais à celui qui n’a pas on ôtera même ce qu’il a. C’est pourquoi je leur parle en paraboles, parce qu’en voyant ils ne voient point, et qu’en entendant ils n’entendent ni ne comprennent… »,  et  une  des  causes  de  ceci, dit le  prophète  Ésaïe,  est  l’ «  insensibilité  du  cœur »  de l’homme : Matt 13:10, 15. Ainsi, paradoxalement, les paraboles éclairaient les uns en tenant compte de leur capacité de comprendre, alors que pour d’autres, ces mêmes paraboles demeuraient incompréhensibles, avec l’espérance, le temps venu, que la repentance déchire le voile qui recouvre les cœurs. Car il est fatal d’apporter une Parole lumineuse et vivante à quelqu’un qui n’en éprouve aucun besoin, car l’absence de besoin spirituel de la Parole a pour conséquence d’en voiler la lumière et de la changer en ténèbres, pour n’en laisser que la mort spirituelle !

   Ainsi, Jésus apportait l’enseignement des paraboles à tous, et la révélation de celles-ci à quelques-uns. Il peut donc paraître étrange que la parole de Jésus fut « dure à écouter… », non de la part des incroyants, mais de la part de certains des « disciples ». Or, l’attitude de ces disciples se retrouve également à la suite de ce discours, ainsi qu’il est écrit : « plusieurs d’entre eux se retirèrent, et n’allèrent plus avec Lui… » Jean 6:66. Ceci éclaire d’autant plus l’affirmation de Jésus, disant que Ses Paroles sont « Esprit et Vie… », en ce qu’il ne s’agit pas seulement de les entendre, mais d’en saisir le sens spirituel reçu de l’Esprit, par lequel se reçoit la Vie que ces Paroles contiennent. Ainsi, en même temps que l’Esprit inspire la Parole, la Parole est imprimée en nous ! Car l’Esprit opère en nous la fusion entre la Parole et notre cœur, les deux ne faisant qu’un en Jésus, qui, par la « nouvelle naissance », nous a fait « devenir une même plante avec lui, par la conformité à sa mort, comme nous le serons aussi par la conformité à sa résurrection… » Rom 6:5.

   En réponse à ceux qui trouvèrent donc « Sa parole dure… » à comprendre, Jésus leur déclara que la difficulté serait plus grande encore s’ils « voyaient le Fils de l’homme monter où il était auparavant… » Jean 6:62. Jésus parlait de Sa résurrection, et de Son ascension auprès du Père  dans les cieux. Evénements glorieux à venir, que les apôtres, comme les disciples ne pouvaient encore réaliser, et que l’Écriture nous révèle encore par ces paroles, disant : « Personne n’est monté au ciel, si ce n’est celui qui est descendu du ciel, le Fils de l’homme qui est dans le ciel… » Jean 3:13. Celui qui est en haut et le même que Celui qui est en bas, Jésus, qui, descendu parmi nous, suscite en nous l’aspiration spirituelle aux choses d’en haut. Ainsi, les Paroles de Jésus, parce qu’elles sont « Esprit et Vie… », impriment en nos cœurs le sceau de notre appartenance et de notre ressemblance au Seigneur, en nous révélant que ce qui a été préparé par Lui dans les cieux s’accomplit en nous par l’Esprit envoyé du Père, dont « l’Onction que nous avons reçue de lui demeure en nous… » I Jean 2:27.