M385 – QU’EST-CE QUE LA VÉRITÉ …

Format PDF

     « Pilate rentra dans le prétoire, appela Jésus, et lui dit : Es-tu le roi des Juifs ? Jésus répondit : Est-ce de toi-même que tu dis cela, ou d’autres te l’ont-ils dit de moi ? Pilate répondit : Moi, suis-je Juif ? Ta nation et les principaux sacrificateurs t’ont livré à moi : qu’as-tu fait ? Mon royaume n’est pas de ce monde, répondit Jésus. Si mon royaume était de ce monde, mes serviteurs auraient combattu pour moi afin que je ne fusse pas livré aux Juifs ; mais maintenant mon royaume n’est point d’ici-bas. Pilate lui dit : Tu es donc roi ? Jésus répondit : Tu le dis, je suis roi. Je suis né et je suis venu dans le monde pour rendre témoignage à la vérité. Quiconque est de la vérité écoute ma voix. Pilate lui dit : Qu’est-ce que la vérité ? Après avoir dit cela, il sortit de nouveau pour aller vers les Juifs, et il leur dit : Je ne trouve aucun crime en lui… » Jean 18:33-38.

   Pilate, interrogea Jésus sur l’accusation portée contre Lui de la part des principaux sacrificateurs. L’origine et la culture du gouverneur romain étaient totalement étrangères à la religion et aux coutumes d’Israël. Aussi, à la première question que Pilate posa, celui-ci  ne s’attendait pas à ce que Jésus lui répondît par une autre question, disant : « Est-ce de toi-même que tu dis cela, ou d’autres te l’ont-ils dit de moi… ? » Jean 18:34. Pilate, « l’interrogateur interrogé », clarifia aussitôt la situation en se démarquant de ses accusateurs et de l’Accusé lui-même, en déclarant : « Moi, suis-je Juif ? Ta nation et les  principaux  sacrificateurs  t’ont  livré  à moi : qu’as-tu  fait… ? » Jean 18:35. Or, la question de Jésus est éclairante en ce sens que l’accusation des Juifs portée contre Lui Le présentait, non en tant que « Fils de Dieu » et « Fils de l’homme », mais, en particulier, en tant que « Roi des Juifs » ; et c’est justement ce qui inquiéta Pilate. En effet, les anciens des Juifs savaient que la Royauté de Jésus, plus que Sa Messianité, était aux yeux de Pilate, susceptible d’ébranler son pouvoir de gouverneur, ce qui allait finalement le conduire à livrer Jésus pour être crucifié. D’ailleurs, en ce qui concerne la nature du « Royaume » en question, Jésus ne déclara-t-Il pas à Pilate : « Si mon royaume était de ce monde, mes serviteurs auraient combattu pour moi afin que je ne fusse pas livré aux Juifs. Mais maintenant mon royaume n’est point d’ici-bas… » ? Jean 18:36.

   Ainsi, à la question de Pilate, qui lui demandait s’il était Roi, Jésus répondit : « Tu le dis, je suis roi. Je suis né et je suis venu dans le monde pour rendre témoignage à la vérité… » Jean 18:37. Jésus, dans Sa réponse à Pilate, exprima une étrange parole, en disant : « Je suis né et je suis venu dans le monde… ». Était-il donc besoin de le préciser ? N’était-ce point une évidence, alors qu’Il était là, en présence de Pilate et interrogé par lui ? Or, seul Jésus pouvait concevoir la profondeur et la dimension spirituelles de l’Origine divine de Sa naissance. Ce fut, il est vrai, une des rares fois où Jésus parla de Sa naissance, et ceci jette une lumière sur l’Incarnation de Dieu en Son Fils. En effet, cette Parole de Jésus révéla le point culminant de Sa Nature de « Fils de Dieu » venu en chair, afin de se manifester en tant que « Fils de l’homme ». Car, l’Opération miraculeuse, par l’Esprit-Saint, de la Conception et de la Naissance de Jésus, en tant que « Fils de Dieu » et « Fils de l’homme », fut démontrée par Sa Vie, Sa Crucifixion, Sa Résurrection et Son Ascension auprès du Son Père, ainsi qu’il est écrit au sujet du « Fils né de la postérité de David selon la chair, et déclaré Fils de Dieu avec puissance, selon l’Esprit de sainteté, par sa résurrection d’entre les morts… » Rom 1:3-4.

   « Qu’est-ce que la vérité… ? » demanda Pilate à Jésus. Comme il en est de toutes choses ici-bas, une personne ou un événement peuvent être compris de façons autant différentes qu’il y a de personnes pour les voir ou les entendre. Parmi les auditeurs de Jésus, selon qu’ils étaient sacrificateurs, scribes, instruits, ignorants, riches, pauvres, prostituées, pêcheurs, bien portants ou malades, chaque âme avait sa propre perception de Jésus. Aussi ce qui est bien ou mal compris de la Personne de Jésus l’est-il également de la Vérité elle-même. Alors que Pilate était donc assis sur son tribunal, que ressentit-il concernant Jésus, lorsque sa femme lui fit dire : « Qu’il n’y ait rien entre toi et ce juste ; car aujourd’hui j’ai beaucoup souffert en songe à cause de lui… » Matt 27:19. Fut-ce là ce qui le poussa à poser la question à Jésus au sujet de la Vérité ? Ou se l’était-il déjà posée à lui-même ? N’était-il point étonnant qu’un homme comme Pilate revêtu d’une telle autorité pût laisser paraître sa pensée intime en exprimant une telle question à Jésus ? Mais Jésus se tut, au point qu’arrivé au terme de l’interrogatoire, Pilate lui dit : Est-ce à moi que tu ne parles pas ? Ne sais-tu pas que j’ai le pouvoir de te crucifier, et que j’ai le pouvoir de te relâcher ? Jésus répondit : Tu n’aurais sur moi aucun pouvoir, s’il ne t’avait été donné d’en haut. C’est pourquoi celui qui me livre à toi commet un plus grand péché… » Jean 19:11.

   Par trois fois, rapporte l’Écriture, Pilate déclara au sujet de Jésus : « Je ne trouve aucun crime en lui… » Jean 18:38,19:4,6, et il chercha même à « le relâcher » au point que les Juifs crièrent : « Si tu le relâches, tu n’es pas ami de César. Quiconque se fait roi se déclare contre César… » Jean 19:12. Quelle qu’en fût la raison, cette insistance à affirmer l’innocence de Jésus semblait être mue par  une Force mystérieuse et invisible émanant de la Personne de Jésus. En effet, en face de Jésus, livré entre ses mains, frappé et ensanglanté, Pilate ressentit-il une Présence spirituelle au-dessus de Lui-même et de tout ce qu’il représentait, et comme lui échappant, non du lieu même, mais du temps et de la circonstance présente… ? Aussi, voyant augmenter le tumulte, dit l’Écriture, Pilate « prit de l’eau, se lava les mains en présence de la foule, et dit : Je suis innocent du sang de ce juste, cela vous regarde… » Matt 27:24. Y eut-il à ce moment-là en Pilate un retentissement intérieur du « songe » de son épouse ?

   Jésus donc se tut, et, aussi étrange que cela puisse paraître, ceci est aussi la manière d’agir du Saint-Esprit aujourd’hui. En effet, quand bien même la mémoire l’aurait oubliée, la Vérité, par son silence même, continue de parler dans la conscience de celui qui l’a entendue. Combien de croyants rendent témoignage, insistent au-delà de toute mesure, répètent sans cesse les mêmes choses jusqu’à saturer la personne, et finissent par l’obscurcir par cela même qui devait l’éclairer ! En effet, tel jette la semence de la Parole avec zèle et amour, alors que le temps des semailles n’est pas encore là, tel autre veut moissonner, alors que le temps de la moisson n’est pas encore venu. Certes, nous connaissons l’opposition de l’adversaire à l’Évangile apporté en notre temps. Mais il serait tout aussi infructueux que le témoin de Jésus s’épuise en un certain lieu ou parmi certaines personnes, alors qu’il y a pour lui de la part de Dieu une autre manière d’agir ou une autre direction spirituelle, mais qui lui demeurent voilées par son obstination même qu’il prend pour la Volonté de Dieu.

   Il est frappant de constater qu’après avoir dit à Jésus : « Qu’est-ce que la Vérité… ? », Pilate, dit l’Écriture « sortit de nouveau pour aller vers les Juifs, et leur dit : Je ne trouve aucun crime en lui… ». Pilate ne sembla pas avoir attendu la réponse de Jésus… ! Ressentait-il inconsciemment que Jésus ne répondrait pas à sa question ? Ou peut-être n’osa-t-il l’entendre ? Or, Jésus Lui-même durant sa vie terrestre ne cessa d’annoncer la Parole, disant à ses disciples peu avant d’être enlevé au ciel : « Ce n’est pas à vous de connaître les temps ou les moments que le Père a fixé de sa propre autorité. Vous recevrez une puissance, le Saint-Esprit survenant sur vous, et vous serez mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée, dans la Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre… » Act 1:7-8. Si, dès le commencement la Parole fut abondamment répandue, il se trouve qu’en certains lieux, comme en certaines personnes, la Parole annoncée fut brève, concise, comme il peut l’être parfois aujourd’hui. Ceci peut nous sembler étrangement insuffisant, mais Dieu sait à quel moment une âme appelée est susceptible d’être touchée d’En Haut. Et ce « temps favorable », ce « jour du salut » II Cor 6:2, se reconnaît le jour où l’âme reçoit, non seulement la Vérité de Dieu sur Dieu, mais surtout la Vérité de Dieu… sur elle-même !

   La Vérité révèle Sa puissance pénétrante dans le fait que Jésus Lui-même lui rend témoignage. La Vérité n’est pas une somme de préceptes à laquelle l’on adhère, ni non plus tel dogme ou telle doctrine que l’on choisit par convenance personnelle. Jésus dit : « Je suis le chemin, la Vérité et la Vie. Nul ne vient au Père que par moi… ».  Jean 14:6. Jésus est la Vérité, ce qui signifie que la Vérité, avant d’être une Parole est une Personne, une Personne vivante tel que Jésus Lui-même est vivant. Avant d’être prêchée, la Parole est une Personne qui parle, et cette Personne, c’est Jésus. Et Jésus, depuis lors, se révèle par Sa Parole, c’est-à-dire, de l’intérieur de Lui-même en ceux qui la reçoivent par la foi éclairée d’En Haut. Ainsi, la Vérité reçue par la Révélation de l’Esprit-Saint opère à l’intérieur de nous notre ressemblance à cette Parole, c’est-à-dire, à Jésus Lui-même.