M383 – LA FRANGE …

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    « L’Éternel dit à Moïse : Parle aux enfants d’Israël, et dis-leur qu’ils se fassent, de génération en génération, une frange au bord de leurs vêtements, et qu’ils mettent un cordon bleu sur cette frange du bord de leurs vêtements. Quand vous aurez cette frange, vous la regarderez, et vous vous souviendrez de tous les commandements de l’Éternel pour les mettre en pratique, et vous ne suivrez pas les désirs de vos cœurs et de vos yeux pour vous laisser entraîner à l’infidélité. Vous vous souviendrez ainsi de mes commandements, vous les mettrez en pratique, et vous serez saints pour votre Dieu. Je suis l’Éternel, votre Dieu, qui vous ai fait sortir du pays d’Égypte, pour être votre Dieu. Je suis l’Eternel, votre Dieu… » ! Nomb 15:37-41.

   Dès le commencement, le Créateur se révéla à Ses créatures. Or, ce fut par sa désobéissance que l’homme s’éloigna de Dieu, cependant Dieu ne cessa jamais de se manifester à l’homme, ne serait-ce que par Sa Miséricorde et Sa grande Patience à son égard. Les âges passant, vint le temps où Dieu, ayant appelé Moïse, envoya le prophète faire sortir les « enfants d’Israël » hors du pays d’Égypte, et leur donner ensuite la loi sur le mont Sinaï, en disant : « Prenez à cœur toutes les paroles que je vous conjure aujourd’hui de recommander à vos enfants, afin qu’ils observent et mettent en pratique toutes les paroles de cette loi. Car ce n’est pas une chose sans importance pour vous ; c’est votre vie, et c’est par là que vous prolongerez vos jours dans le pays dont vous aurez la possession, après avoir passé le Jourdain… » Deut 32:44-47. Tout en concernant la vie religieuse et quotidienne des Israélites, la loi divine était aussi destinée à être reçue intérieurement, comme toute Parole venant de la bouche de Dieu. Dans la « première Alliance », les enfants d’Israël étaient déjà appelés à vivre de la Parole, en mettant en pratique les ordonnances de la loi, et ceci, dit l’Écriture « jusqu’à une époque de réformation… » Héb 9:10. Et cette « époque » fut celle où parut Jésus-Christ, qui, entre autres Paroles, dira à Ses disciples : « C’est l’Esprit qui vivifie ; la chair ne sert de rien. Les paroles que je vous ai dites sont Esprit et Vie… » Jean 6:63.

   Ainsi, Dieu prit un soin particulier de décrire le vêtement des Israélites en précisant le « cordon bleu », dont il devait être bordé. Paradoxalement, c’est donc par l’importance donnée à une chose si délicate, telle qu’une simple « frange », que le Dieu Tout-puissant, qui « remplit les cieux et les cieux des cieux… » I Rois 8:27, se manifesta ! Il est dans la Nature de Dieu de manifester aussi Sa Gloire par des choses humbles et cachées, qui vont à l’encontre de  la pensée que l’homme se fait de la Présence et de la Puissance divines. D’ailleurs, si pour l’homme naturel, « terrestre » I Cor 15:48, cette frange ne pouvait être regardée que comme un « ornement », pour l’homme spirituel, au contraire, cette frange était la représentation d’une Réalité spirituelle et puissante pour sa vie intérieure. Ainsi, au regard du fidèle, cette frange entretenait son souvenir et sa soif des choses divines, disposant son cœur à en recevoir la Lumière et la Vie. En plus, de par sa signification symbolique, le fait que cette frange fût bleue évoquait une dimension, une direction céleste, qui rappelait au croyant, comme elle le lui rappelle jusqu’à ce jour, la joie d’obéir à la Parole et d’y persévérer en vue de ce But éternel.

   Il peut paraître étrange d’avoir besoin d’une chose de nature matérielle pour se souvenir de ce qui, au contraire, est de nature spirituelle ! Était-il donc besoin d’un point de contact visible entre le croyant et la Parole pour ne point l’oublier ? La Puissance de la Parole ne suffit-elle pas à convaincre le racheté d’y conformer sa vie ? A Ses disciples, Jésus dit : « Je vous ai dit ces choses pendant que je demeure avec vous. Mais le consolateur, l’Esprit-Saint, que le Père enverra en mon nom, vous enseignera toutes choses, et vous rappellera tout ce que je vous ai dit… » Jean 14:25-26. Ainsi, non seulement l’Onction de l’Esprit « enseigne », mais aussi « rappelle » ce qui a été dit de la part de Jésus, et qui a été oublié par ceux qui l’écoutaient. C’est ici le soin que Dieu prend de Ses enfants, et qui découle de Sa Connaissance parfaite de notre  faiblesse. Car, sous la dispensation de la loi, l’Esprit-Saint était à l’œuvre « sur »les croyants, mais il le sera pleinement « en » eux lors de l’effusion de l’Esprit le jour de la Pentecôte : Act 2:1-2.

  Dans cette même pensée, mais en une toute autre circonstance, l’Écriture nous rapporte un événement qui éclaire une telle démarche, lorsque Dieu se donna un signe qu’Il plaça dans le ciel, visible à Lui-même et aux hommes ! En effet, le patriarche Noé, après avoir fait sortir tous les animaux de l’arche, et être sorti lui-même avec sa famille, fit un sacrifice, dont il est dit que « L’Éternel sentit une odeur agréable, et l’Eternel dit en son cœur : Je ne maudirai plus la terre, à cause de l’homme, parce que les pensées du cœur de l’homme sont mauvaises dès sa jeunesse ; et je ne frapperai plus tout ce qui est vivant, comme je l’ai fait… » Gen 8:21. En conséquence, l’Éternel dit : « Quand j’aurai rassemblé des nuages au-dessus de la terre, l’arc paraîtra dans la nue ; et je me souviendrai de mon alliance entre moi et vous, et tous les êtres vivants, de toute chair, et les eaux ne deviendront plus un déluge pour détruire toute chair. L’arc sera dans la nue ; et je le regarderai, pour me souvenir de l’alliance perpétuelle entre Dieu et tous les êtres vivants, de toute chair qui est sur la terre. Et Dieu dit à Noé : Tel est le signe de l’alliance que j’établis entre moi et toute chair qui est sur la terre … » Gen 9:14-17. Succédant au déluge que les hommes impénitents attirèrent sur eux, voici donc le « signe de l’alliance » que Dieu plaça entre Lui et la nouvelle humanité. Comment Dieu, qui règne sur toutes choses, au Regard duquel rien n’échappe, et dont la Parole « demeure éternellement » I Pier 1:25, eut-Il donc aussi besoin de regarder l’ « arc dans la nue » pour « se souvenir » de ce que Lui-même a dit… ! Nous comprendrions que nous, créatures imparfaites, ressentions la nécessité d’une telle aide dans notre foi, mais pourquoi Dieu se donna-t-Il à Lui-même un tel rappel, pour « se souvenir de  Son Alliance » à l’égard de Son Peuple ? En quoi consiste donc cette démarche de la part de Dieu qui est de  regarder « au-dehors » de Lui, pour accomplir la Parole qui sort du « dedans » de Lui ?  

   Ce grand mystère s’éclaire par le fait que ce signe, établi par Dieu, fut rendu nécessaire, non à cause de Lui-même, mais à cause des habitants de la terre, c’est-à-dire, à cause de nous. La Présence, la Puissance et la Connaissance de Dieu sont illimitées. Ce n’était donc pas pour cause d’incapacité ou de négligence de sa part, que Dieu avait besoin de regarder l’ « arc dans la nue », mais afin que les hommes sussent, en regardant l’arc-en-ciel, que Dieu, en même temps qu’eux, regardait le même signe… ! D’où l’assurance qu’en retiraient ceux qui se confiaient en Lui ! Ce fut donc par signes successifs et sous diverses formes, que les croyants de tous temps reçurent la Force d’En Haut, jusqu’à Jésus-Christ. Christ, qui, en plus du Signe et du vivant Exemple qu’Il est pour nous, nous apporta par Sa mort et Sa Résurrection, le Pardon de nos péchés et la Vie éternelle, et qui aussi « nous a marqués d’un sceau et a mis dans nos cœurs les arrhes de l’Esprit… » II Cor 1:22.

   Il est à relever que si l’arc-en-ciel est dépendant du temps, la frange, elle, bien que ténue, est stable aussi longtemps que vit celui qui porte l’habit auquel elle est attachée. Et le fait qu’elle soit « mise aux quatre coins du vêtement » montre qu’il n’est pas possible de ne pas la voir, quelle que soit la direction où se porte le regard. Cette frange extérieure est aussi une figure de la présence de l’Onction de l’Esprit, dont l’apôtre Jean déclare : « Pour vous, écrit-il, l’onction que vous avez reçue de lui demeure en vous, et vous n’avez pas besoin qu’on vous enseigne ; mais comme son onction vous enseigne toutes choses, et qu’elle est véritable et qu’elle n’est point un mensonge, demeurez en lui selon les  enseignements  qu’elle  vous  a  donnés… » I Jean 2:27. L’assurance qui découle de cette déclaration éclaire le fait que les Paroles de Jésus, que nous n’aurions point retenues, nous sont rappelées telles qu’elles furent exprimées par Lui, comme aussi celles qui ne le furent pas, mais qui demeurent en Lui, en disant : « Quand le consolateur sera venu, l’Esprit de vérité, il vous conduira dans toute la vérité ; car il ne parlera pas de lui-même, mais il dira tout ce qu’il aura entendu, et il vous annoncera les choses à venir. Il me glorifiera, parce qu’il prendra de ce qui est à moi, et vous l’annoncera… » Jean 16:13-15. C’est ici ce qui constitue le « bon dépôt, par le Saint-Esprit qui habite en nous… », dont parle l’apôtre Paul : II Tim 1:13-14. Et l’une des particularités de ce « bon dépôt » est de raviver par l’« Onction en nous » le « ressouvenir » de la Parole destinée au moment favorable, à soi-même comme à son prochain.