M382 – SEMBLABLE A DU LEVAIN …

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     « Il leur proposa une autre parabole, et il dit : Le royaume des cieux est semblable à un grain de sénevé qu’un homme a pris et a semé dans son champ. C’est la plus petite de toutes les semences ; mais, quand il a poussé, il est plus grand que les légumes et devient un arbre, de sorte que les oiseaux du ciel viennent habiter dans ses branches. Il leur dit cette autre parabole : Le royaume des cieux est semblable à du levain qu’une femme a pris et mis dans trois mesures de farine, jusqu’à ce que la pâte soit toute levée. Jésus dit à la foule toutes ces choses en paraboles, et il ne lui parlait point sans parabole, afin que s’accomplît ce qui avait été dit par le prophète : J’ouvrirai ma bouche en paraboles, je publierai des choses cachées depuis la création du monde… » Matt 13:31-34.

   Dans l’Écriture, le levain symbolise la tradition, l’hypocrisie, l’impureté ou la méchanceté, comme il peut aussi avoir un sens positif. Au cours de l’histoire des patriarches, l’absence du levain a été nécessitée dans des circonstances particulières. Lorsque les deux anges vinrent à Sodome pour appeler Lot et sa famille à sortir de la ville le plus rapidement possible à cause de l’iniquité de ses habitants, celui-ci leur fit un festin, notamment des « pains sans levain… » Gen 19:3. Lot comprit qu’il ne pouvait attendre que la pâte fût levée, tant était imminente la destruction de la ville. Plus tard, lors de l’Institution de la Pâque, conformément à l’ordonnance des pains sans levain donnée par Dieu à Moïse avant la sortie du pays d’Égypte, le fait de manger des pains sans levain pendant les sept jours de la fête découla aussi du fait que les hébreux sortirent d’Égypte avec précipitation, en sorte qu’« ils firent des gâteaux cuits sans levain avec la pâte qu’ils avaient emportée d’Égypte, et qui n’était pas levée… ; car ils avaient été chassés d’Égypte, sans pouvoir tarder, et sans prendre des provisions avec eux… » Exo 12:39.

   Lorsque l’ange de l’Éternel vint annoncer la délivrance d’Israël, alors sous la domination de Madian, en apparaissant à Gédéon, celui-ci apporta devant l’ange une offrande de « chair et de pains sans levain… » Juge 6:19, car la visite d’un ange est la Présence même de la Sainteté de Dieu en face de l’homme visité d’en haut. Alors, miraculeusement « l’ange de l’Éternel avança l’extrémité du bâton qu’il avait à la main, et toucha la chair et les pains sans levain. Alors il s’éleva du rocher un feu qui consuma la chair et les pains sans levain. Et l’ange de l’Éternel disparut à ses yeux… » Juge 6:21. Ceci également était conforme à la loi des sacrifices offerts sur l’autel, que le prophète Moïse ordonna à Israël, en disant : « Aucune des offrandes que vous présenterez à l’Éternel ne sera faite avec du levain ; car vous ne brûlerez rien qui contiennent du levain ou du miel parmi les offrandes consumées par le feu devant l’Éternel… » Lév 2:11. Or, concernant le cinquantième jour après la pâque, Moïse ordonna à Israël : « Vous compterez cinquante jours jusqu’au lendemain du septième sabbat ; et vous ferez à l’Éternel une offrande nouvelle. Vous apporterez de vos demeures deux pains, pour qu’ils soient agités de côté et d’autre ; ils seront faits avec deux dixièmes de fleur de farine, et cuits avec du levain : ce sont les prémices à l’Éternel… » Lév 23:17. Le sens positif de la présence du levain dans les pains, présentés comme des « prémices à l’Éternel » sans être consumés par le feu, invite le croyant à se libérer de cette inclination dogmatique, qui consiste à ne fixer qu’un seul sens à toute vérité et prenant pour une conviction spirituelle ce qui n’est qu’une fixation mentale.

   Les gens s’étant rassemblés par milliers, au point de se fouler les uns les autres, Jésus se mit à dire à Ses disciples : « Avant tout, gardez-vous du levain des pharisiens, qui est l’hypocrisie. Il n’y a rien de caché qui ne doive être découvert, ni de secret qui ne doive être connu… » Luc 12:1-2. L’hypocrisie révèle le fond de la nature même de l’homme, incroyant aussi bien que croyant, et Jésus, précisant Sa pensée, dit : « Comment ne comprenez-vous pas que ce n’est pas au sujet de pains que je vous ai parlé ? Gardez-vous du levain des pharisiens et des saducéens. Alors ils comprirent que ce n’était pas du levain du pain qu’il avait dit de se garder, mais de l’enseignement des pharisiens et des sadducéens… » Matt 16:11-12. Les disciples saisirent alors qu’ils devaient passer de la représentation matérielle au sens spirituel de ce « levain » de la tradition, qui altère le « Pain » de la Parole. Ainsi, Jésus révéla et le sens négatif et le sens positif du levain, nous éclairant et nous affranchissant de l’interprétation fixée par toute tradition religieuse et humaine, ancienne et récente. Il ressort de ceci que tout sens unique de la Parole voile l’esprit du croyant et le rend inaccessible à la compréhension de la « Sagesse infiniment variée de Dieu… » Eph 3:10. Car l’imposition de toute interprétation unique suscite dans l’esprit de l’homme une crainte religieuse et non spirituelle, qui engendre la superstition, dont seule la Révélation du Saint-Esprit peut délivrer l’âme.

   La Parabole du levain est d’autant plus significative que le « Royaume des cieux » lui est comparé. Et le levain que la femme a « mis dans trois mesures de farine jusqu’à ce que la pâte soit toute levée… » révèle que celui-ci n’atteint son but que lorsqu’il « disparait » à nos yeux. Le sens spirituel du levain exposé par Jésus révèle son action, à la fois profonde et mystérieuse. C’est, en effet, en ayant une action cachée que la « fermentation » spirituelle fait son œuvre en celui qui a reçu la Parole de Vie, ainsi que l’écrit l’apôtre Paul concernant « le perfectionnement des saints en vue de l’œuvre du ministère et de l’édification du corps de Christ, jusqu’à ce que nous soyons tous parvenus à l’unité de la foi et de la connaissance du Fils de Dieu, à l’état d’homme fait, à la mesure de la stature parfaite de Christ… » Eph 4:12-13. Ainsi, ce qui est spirituellement manifesté de manière visible a toujours été préparé de manière invisible.

   Dieu seul sait en quoi consiste le travail en nous de l’Esprit de la Parole, c’est-à-dire, de ce « levain » du Royaume de Dieu mêlé à la farine jusqu’à ce que « la pâte » que nous sommes soit intérieurement « toute levée… ». L’Esprit de Dieu sait ce qui en nous doit être éclairé, purifié, affranchi, transformé. En raison de la diversité de chacun de nous, Dieu sait de quelle manière, à quel moment et par quelle expérience dans notre existence, nous avons éprouvé le besoin de recevoir la Vie spirituelle, laquelle, tout en demeurant en nous, nous fait croître en elle ! Le « contenant » que nous sommes bénéficie du développement du « contenu » spirituel reçu en nous, et dans lequel nous grandissons jusqu’à « la mesure de la stature parfaite de Christ… » Eph 4:13.

    Suivant la Parabole de Jésus, la fermentation du levain dans la pâte se produit indépendamment de celle qui l’y a mis. L’important est de l’avoir reçu et de le laisser agir en nous, en discernant tout obstacle à l’intérieur comme à l’extérieur de nous, qui nous empêcherait de « croître dans la grâce et dans la connaissance de notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ… » II Pier 3:18. Ayant donc été exhortés à « chercher les choses d’en haut, où Christ est assis à la droite de Dieu… » Col 3:1, le Saint-Esprit répond à l’aspiration que lui-même a fait naître en nous. Ainsi, de même que le levain travaille la pâte en en augmentant le volume en vue de la cuisson, de même le levain spirituel du « Royaume de Dieu », fait mûrir en nous les fruits, entre autres « la justice, la paix et la joie, par le Saint-Esprit… » Rom 14:17, fruits venus à maturité, résultant de l’Œuvre constante en nous de la Parole de Vie.

   Des générations de croyants jusqu’à nous ont exprimé la prière que Jésus nous enseigna, et dont les premières paroles sont : « Notre Père qui est aux cieux ! Que ton Nom soit sanctifié ; que ton règne vienne ; que ta volonté soit faite sur la terre comme ciel… » Matt 6:9. Combien nous apparaît grande la distance qui nous sépare de la terre au ciel, et plus encore le décalage entre le ciel, où siège Celui dont la volonté est parfaite, et la terre, où réside le croyant dont l’obéissance à cette Volonté est imparfaite ! Or, ici-bas, le « Royaume de Dieu » règne, non pas à la manière des royaumes de ce monde, mais au-dedans de nous, qui sommes « en ce monde sans être du monde… » Jean 17:14. La présence du « Royaume de Dieu » consiste donc en ce qu’il règne par l’Esprit à l’intérieur de nous, en attendant le Jour, où nous-mêmes serons introduits dans ce « Royaume des cieux », lorsque « nous serons enlevés à la rencontre du Seigneur dans les airs, pour être à toujours avec Lui… » I Thess 4:17. En vérité, le Jour vient, où nous entrerons dans ce qui spirituellement… l’aura été jusqu’alors à l’intérieur de nous !