M380 – LA MORT EST DANS LE POT …

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    « Élisée revint à Guilgal, et il y avait une famine dans le pays. Comme les fils des prophètes étaient assis devant lui, il dit à son serviteur : Mets le grand pot, et fais cuire un potage pour les fils des prophètes. L’un deux sortit dans les champs pour cueillir des herbes ; il trouva de la vigne sauvage et il y cueillit des coloquintes sauvages, plein son vêtement. Quand il rentra, il les coupa en morceaux dans le pot où était le potage, car on ne les connaissait pas. On servit à manger à ces hommes ; mais dès qu’ils eurent mangé  du potage, ils s’écrièrent : La mort est dans le pot, homme de Dieu ! Et ils ne purent manger. Élisée dit : Prenez de la farine. Il en jeta dans le pot, et dit : Sers à ces gens, et qu’ils mangent. Et il n’y avait plus rien de mauvais dans le pot… » II Rois 4:38-41.

   Le prophète Élie, montant au ciel dans un char de feu et des chevaux de feu, laissa tomber à terre son manteau : II Rois 2:11-14. Élisée, ayant relevé le manteau du prophète, et manifesté divers miracles et prodiges, revint au lieu d’où ils étaient partis tous deux, Élie et lui : II Rois 4:38. Or, arrivé à Guilgal, la famine régnait. Seuls ceux qui ont connu la famine savent ce que signifie souffrir de la faim, et ressentir cette sorte d’« indifférence » de la part de la nature à leur malheur, ce qui suscite les attitudes humaines les plus diverses : générosité de la part des uns, égoïsme de la part d’autres ; sur ceux-ci aucun jugement ne saurait être porté de la part de quiconque n’a pas lui-même vécu de telles circonstances. C’est donc après avoir manifesté des Œuvres puissantes de Dieu qu’Élisée se trouva confronté à la famine, affectant méchants et bons, justes et injustes. Il est utile de rappeler qu’en tant que croyants nous sommes « bénis », et non pas nécessairement « privilégiés ». La nuance est éclairante en ce qu’elle nous révèle que tout est par Grâce, laquelle  nous invite à partager la condition humaine, tout en faisant entièrement confiance en la Providence divine.

   Le prophète ordonna donc à son serviteur de préparer un potage pour les fils des prophètes. Or, l’un d’eux alla cueillir des herbes sauvages. Ce qui animait le cœur de cet homme, à qui Élisée n’avait point donné d’ordre, laisse apparaître une démarche qui partait d’un bon sentiment avec la pensée d’« améliorer » quelque peu leur ordinaire. Il manifesta une bonne intention, mais sans une Direction d’en haut. Nous sommes appelés à distinguer entre le bien et le mal, et il n’est pas toujours aisé de discerner si ce qui inspire une bonne pensée provient de l’Esprit de Dieu ou du  cœur de l’homme ; car une décision ou une pensée, aussi louable soit-elle, peut ne pas correspondre à la Volonté de Dieu, et parfois même s’y opposer. L’Écriture nous révèle à cet égard un événement qui atteste cette réalité. Avant la fête de Pâque, dans la nuit où Jésus fut arrêté et livré aux mains des Juifs, Jésus se mit à laver les pieds de Ses disciples, l’apôtre Pierre se récria, disant : « Toi, Seigneur, tu me laves les pieds ! Jésus lui répondit : Ce que je fais, tu ne le comprends pas maintenant, mais tu le comprendras bientôt. Pierre lui dit : Non, jamais tu ne me laveras les pieds. Jésus lui répondit : Si je ne te lave, tu n’auras point de part avec moi. Simon Pierre lui dit : Seigneur, non seulement les pieds, mais encore les mains et la tête. Jésus lui dit : Celui qui est lavé (totalement) n’a besoin que de laver ses pieds pour être entièrement pur ; et vous êtes purs,  mais  non  pas  tous… » Jean 13:6-10. Nous reconnaissons ici l’esprit ardent et entier de Pierre, mais qui était tout aussi capable de se laisser convaincre de son impulsivité comme de sa faiblesse, lorsqu’il était éclairé d’en haut. A premier vue, ce fut dans une attitude d’humilité que Pierre refusa le geste de Jésus, dont il se sentait indigne. Ceci fut tout à son honneur, cependant cette vertu, dans ce cas précis, n’était pas selon la Pensée du Maître. Il est, en effet, plus difficile de reconnaître une bonne intention, qui est inspirée de la chair, que d’être convaincu d’un péché ou d’un défaut évident.

   Ainsi, la bonne intention du fils des prophètes d’alléger le poids de la faim de ses compagnons eut pour conséquence « La mort dans le pot… » II Rois 4:40 ! Souffrir de la faim en ayant devant soi un potage que l’on ne peut manger est un comble. Il ne pouvait y avoir qu’une Direction prophétique pour remédier à cette situation fâcheuse, qui s’ajoutait déjà à celle existante. Aussi Élisée lui ordonna-t-il : « Prenez de la farine. Il en jeta dans le pot, et dit : Sers à ces gens, et qu’ils mangent. Et il n’y eut plus rien de mauvais dans le pot… II Rois 4:41. Il se peut que de nos jours l’on eût prié pour les fils des prophètes, afin qu’ils fussent guéris des maux résultant de ce potage toxique. Or, ce ne fut pas l’état de chacun qui préoccupa d’abord l’esprit d’Élisée, mais bien plutôt le contenu du pot lui-même. Le conseil du prophète au sujet du potage contenu dans le récipient nous éclaire quant à la Direction particulière du Saint-Esprit, en ce qui concerne la guérison comme la délivrance ; car l’Esprit de Dieu remonte toujours à la cause des problèmes en question ! En effet, prier pour les convives revenait à agir seulement sur les conséquences plutôt que sur le problème lui-même. Quels qu’ils puissent être, les effets ne bénéficient des Bienfaits d’En Haut que lorsque l’Action de Dieu agit sur les causes elles-mêmes.

   Ainsi, en une autre circonstance semblable, nous retrouvons ce même processus lors du séjour antérieur d’Élisée à Jéricho, dont les habitants lui dirent : « Voici, le séjour de la ville est bon, comme le voit mon Seigneur ; mais les eaux sont mauvaises, et le pays est stérile. Et le prophète dit : Apportez-moi un plat neuf, et mettez-y du sel. Et ils le lui apportèrent. Il alla vers la source des eaux, et il y jeta du sel, et dit : Ainsi parle l’Éternel : J’assainis ces eaux : il n’en proviendra plus ni mort, ni stérilité. Et les eaux furent assainies, jusqu’à ce jour, selon la parole qu’Élisée avait prononcée… » II Rois 2:19-22. De même, le prophète n’intervint point sur ceux qui avaient déjà bu, mais sur l’eau elle-même. Cette Direction de l’Esprit nous aide encore à comprendre que, parfois, nous prenons pour objets de prières les « conséquences » plutôt que la « cause ». Certes, nous savons que rien n’est simple ni systématique dans le domaine de la foi, mais nous sommes appelés à recevoir par l’Esprit de Dieu la vision du combat spirituel concernant la cause des choses, sur lesquelles s’opère l’Action divine. Le moment où opère l’Esprit n’est connu que de Dieu seul, ainsi que la forme sous laquelle se manifestent Ses exaucements, de là notre persévérance dans la foi éclairée, nourrie de la Parole vivante.

   Le fait de passer du geste d’Élisée à sa réalité spirituelle dans nos vies indique que tout problème humain insoluble s’avère être spirituel, et donc nécessite une Intervention divine dans la personne et la situation qui la concerne. Aux fils des prophètes, ne pouvant « régurgiter » les coloquintes sauvages, la farine jetée par Élisée agit donc de l’intérieur comme un « contrepoison » et en annula les effets nocifs. Il est des situations à ce point prégnantes, qu’elles deviennent une partie intégrante de l’existence de l’homme. À cause de la faiblesse de sa chair, certaines choses négatives vécues en viennent, en quelque sorte, à pénétrer dans sa nature même, outre les faiblesses avec lesquelles il est né. Ce n’est donc que par le miracle de la régénération, c’est-à-dire la « nouvelle naissance », que nous avons été « dépouillés, eu égard à notre vie passée, du vieil homme… » Eph 4:22, de sorte que ce qui était à l’intérieur de nous, et qui en même temps était plus fort que nous et nous asservissait, a été effacé, purifié par le Sang de Jésus, qui a en quelque sorte « dissous » nos péchés.

   Il est de la Sagesse de Dieu de se manifester en divers temps, en divers lieux et sous diverses formes. Dès leur sortie d’Égypte, les enfants d’Israël vécurent des situations de mises à l’épreuve, ayant pour but de fortifier leur fidélité à l’Éternel, leur Dieu, qui leur fit connaître Ses Œuvres miraculeuses et libératrices. Les Hébreux, dit l’Écriture « arrivèrent à Mara ; mais ils ne purent pas boire l’eau de Mara, parce qu’elle était amère. C’est pourquoi ce lieu fut appelé Mara. Le peuple murmura contre Moïse, en disant : Que boirons-nous ? Moïse cria à l’Éternel, et l’Éternel lui indiqua un bois, qu’il jeta dans l’eau. Et l’eau devint douce. Ce fut là que l’Éternel donna au peuple des lois et des ordonnances, et ce fut là qu’il le mit à l’épreuve… » Exode 15:23-25. Il est frappant de constater les similitudes dans les deux événements : un potage et une eau impossibles à consommer ; de la farine et un bois jetés sur l’ordre du prophète dans le pot comme dans la source, et ceci chaque fois dans la nécessité et le but d’assainir et de guérir… ! Puisse-t-il en être ainsi de ceux qui, n’ayant pu jusqu’alors user d’une chose, certes légitime aux yeux de Dieu, attendent alors de Sa Main le Secours opportun, non pour s’attacher seulement à la situation changée, mais pour louer Celui-là même qui l’a changée.