M379 – UN ROSEAU AGITÉ …

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      « Comme ils s’en allaient, Jésus se mit à dire à la foule, au sujet de Jean : Qu’êtes-vous allés voir au désert ? un roseau agité par le vent ? Mais, qu’êtes-vous allés voir ? un homme vêtu d’habits précieux ? Voici, ceux qui portent des habits précieux sont dans les maisons des rois. Qu’êtes-vous donc allés voir ? un prophète ? Oui, vous dis-je, et plus qu’un prophète. Car c’est celui dont il est écrit : Voici, j’envoie mon messager devant ta face, pour préparer ton chemin devant toi. Je vous le dis en vérité, parmi ceux qui sont nés de femmes, il n’en a point paru de plus grand que Jean-Baptiste. Cependant, le plus petit dans le Royaume des cieux est plus grand que lui » Matt 11:7-11.

   S’il est une image de la fragilité humaine sur la terre, c’est bien celle du roseau, contrairement à l’image du chêne qui représente la robustesse de l’homme, ce qui n’enlève d’ailleurs rien au fait qu’il demeure éphémère. Ainsi, en contraste avec le « roseau agité par le vent… », Jésus parla de « ceux qui portent des habits précieux… », non pas au sujet de Jean-Baptiste lui-même, mais au sujet des foules qui venaient à lui. En effet, il y avait parmi ceux qui se rassemblaient pour écouter le prophète des cœurs sincères, qui aspiraient aux choses d’En Haut, comme il y avait aussi des personnes, qui, n’ayant pas une recherche spirituelle, ne saisissaient pas la portée spirituelle de sa prédication. A l’image de ceux « qui portent des habits précieux… », qui donc attirent les regards, ces personnes recherchaient des manifestations visibles, qui ne correspondent ni ne répondent à l’aspiration spirituelle de l’âme qui cherche à connaître le Dessein de Dieu pour sa vie.

   Le prophète apparaît souvent aux yeux des hommes comme un être étrange, mais ils ne peuvent cependant oublier la parole qu’il annonce. Jésus, en parlant d’un « roseau agité par le vent… », montra un aspect que le prophète put laisser paraître aux yeux des hommes, comme aussi ce que l’homme charnel pense de tout homme inspiré ! La Parole apportée par l’Onction prophétique a la puissance de convaincre de péché l’homme, qui, en se repentant, reçoit la Vérité. Or, il en est de même de l’homme qui la refuse, puisque celui-ci, pour faire taire la Vérité qui le juge, doit faire l’effort de résister à la force de cette conviction pour s’y opposer… ! L’opposition avec laquelle l’homme repousse la Lumière de la Parole est en proportion des ténèbres qui habitent en lui ! Et la Lumière de la Vérité est à ce point éblouissante, que l’homme qui ne la reçoit pas est, de ce fait, non pas éclairé, mais aveuglé par elle… de la même manière que par ses propres ténèbres.

   Il n’y a donc, à première vue, rien d’attirant, ou de « populaire » chez un prophète, alors que celui-ci, par empathie, ressent ce que vivent ceux auxquels il annonce le Parole de Dieu. Ceci nous est révélé déjà par le cri du prophète Ésaïe sur Babylone, disant : « Une vision terrible m’a été révélée, l’oppresseur opprime, le dévastateur dévaste. Monte, Élam ! Assiège, Médie ! Je fais cesser tous les soupirs. C’est pourquoi mes reins sont remplis d’angoisses ; des douleurs me saisissent, comme les douleurs d’une femme en travail ; les spasmes m’empêchent d’entendre, le tremblement m’empêche de voir. Mon cœur s’empare de moi ; la nuit de mes plaisirs devient une nuit d’épouvante… » Ésaïe 21:2-4. De même, sur les habitants de Jérusalem et de Juda, le prophète Jérémie s’écria : « Mes entrailles, mes entrailles ! Je souffre au-dedans de mon cœur, le cœur me bat, je ne puis me taire ; car tu entends, mon âme, le son de la trompette, le cri de guerre… » Jér 4:19, puis encore, à cause de l’aveuglement du peuple : « Oh ! si ma tête était remplie d’eau, si mes yeux étaient une source de larmes, je pleurerais jour et nuit les morts de la fille de mon peuple. Oh ! Si j’avais au désert une cabane de voyageurs, j’abandonnerais mon peuple, je m’en éloignerais ! Car ce sont tous des adultères, c’est une troupe de perfides… » Jér 9:1. Et, cependant, le prophète ne les abandonna point ! Ceci révèle l’attitude de l’homme ayant sur lui l’Onction de l’Esprit de Dieu ; ce que, plus tard, l’apôtre Paul, ouvrant son cœur aux croyants de Rome au sujet du peuple d’Israël, écrit :  « J’éprouve une grande tristesse, et j’ai dans le cœur un chagrin continuel. Car je voudrais moi-même être anathème et séparé de Christ pour mes frères, mes parents selon la chair, qui sont Israélites, à qui appartiennent l’adoption, et la gloire, et les alliances, et la loi, et le culte, et les promesses, et les patriarches, et de qui est issu, selon la chair, le Christ, qui est au-dessus   de   toutes  choses,   Dieu  béni  éternellement.  Amen… » Rom 9:2-5.

  Ce qui est spirituel et éternel, c’est-à-dire invisible, n’est pas « caché » à l’homme spirituel, si ce n’est aux yeux de l’homme charnel, pour lequel ne compte que ce qui est visible. Or, dit l’Écriture : « Les choses visibles sont passagères, et les invisibles sont éternelles… » II Cor 4:18. En ce monde, pour l’homme selon la chair, le « contenant », même superficiel, retient davantage son regard que le « contenu », tandis que pour l’homme spirituel, le contenu de la Parole est la substance spirituelle même dont il vit. Ainsi, les images qu’emploie Jésus se comprennent sous les deux aspects, et naturel et spirituel. A première vue, un « roseau agité » est l’image de l’homme fragile, au point que l’on hésiterait à s’appuyer sur lui, à se confier en lui. Or, de la part de Dieu, cette image est parfois le voile dont Il recouvre ce qu’Il fait de plus puissant et de plus profond… ! Car s’il est, en effet, impossible qu’un désir charnel puisse aspirer à ce qui est spirituel, à l’inverse, il est impossible qu’une aspiration spirituelle puisse rechercher ce qui est charnel. Paradoxalement et selon un but précis de Dieu, toute obscurité voilant certaines réalités spirituelles a pour effet béni de rendre encore plus pénétrant le discernement du racheté. Ce n’est donc jamais la facilité qui suscite l’aspiration spirituelle, mais plutôt le combat quotidien de la vie, qui façonne le cœur à recevoir les choses d’En Haut, qui répondent à l’aspiration qu’elles-mêmes suscitent en lui.

   En déclarant que « parmi ceux qui sont nés de femme, il n’en a point paru de plus grand que Jean-Baptiste… », Jésus souligna que c’est « dans Royaume des cieux », que « le plus petit  est  plus  grand  que lui… », tandis qu’ici-bas, Jean-Baptiste fut « plus grand que  tous… ». Et ceci, dit l’Écriture, en étant « la voix de celui qui crie dans le désert : Préparez le chemin du Seigneur, aplanissez ses sentiers… » Matt 3:3. Jésus avait dans Sa pensée les anciens prophètes, tels que Moïse, Ésaïe, Jérémie, Ézéchiel, Daniel et d’autres encore, auxquels succéda Jean-Baptiste. Cependant ce fut Jean-Baptiste, alors déjà en prison Matt 11:2, qui fut regardé par Jésus comme étant « plus grand que tous… ». Quelle était donc la Pensée de Jésus pour attribuer un tel rôle au prophète ? Jean-Baptiste fut-il, selon l’appel du prophète Jérémie, par l’Éternel « établi sur tout le pays comme une ville forte, une colonne de fer et un mur d’airain… » Jér 1:18, ou encore le fut-il comme Ézéchiel, auquel Dieu dit : « … Toute la maison d’Israël a le front dur et le cœur endurci. Voici, j’endurcirai ta face, pour que tu l’opposes à leur face ; j’endurcirai ton front, pour que tu l’opposes à leur front… » Ézé 3:7-8 ? Non point ! L’appréciation de Jésus se révéla dans la réponse qu’Il donna aux disciples de Jean- Baptiste, que celui-ci avait envoyés auprès de Lui, en disant : « Es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ? Et Jésus leur répondit : Allez rapportez à Jean ce que vous entendez et ce que vous voyez : les aveugles voient, les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, les sourds entendent, les morts ressuscitent, et la bonne nouvelle est annoncée aux pauvres. Heureux celui pour qui je ne serai pas une occasion de chute… » Matt 11:3-5.

   Ce qui éclaire, en effet, le témoignage de Jésus rendu à Jean-Baptiste est le fait qu’à partir de Moïse, et de tous les prophètes qui lui succédèrent, plusieurs siècles s’écoulèrent entre le temps de leur prophétie et le temps de la Venue de Jésus. Or, le prophète Jean, qui n’avait que six mois de plus que Jésus, eut cette position unique et redoutable d’être contemporain de Celui dont il prophétisait la Venue… ! Vivant donc en même temps que Celui qu’il annonçait, le prophète sut demeurer l’humble serviteur qu’il fut jusqu’à son propre martyre. En effet, le prophète, exerçant le discernement, sut échapper à toute séduction et tentation de se prendre lui-même pour le « Messie », Lequel, cependant, avait annoncé à Ses disciples que Jean-Baptiste « était l’Élie qui devait venir… » Jean 11:14. Ce fut donc en raison de cela que Jésus témoigna de Jean-Baptiste, en disant que « parmi ceux nés de femmes, il n’en parut pas de plus grand que lui… ». Ce que le prophète lui-même exprima par ces paroles sublimes : « Celui à qui appartient l’épouse, c’est l’époux ; mais l’ami de l’époux, qui se tient là et qui l’entend, éprouve une grande joie à cause de la voix de l’époux : aussi cette joie, qui est la mienne, est parfaite. Il faut qu’il croisse, et que je diminue… » Jean 3:29-30. Cette humilité fut le sceau de l’Onction divine sur le prophète. Ceci suffit à comprendre la profondeur du témoignage et de l’éloge de la part de Jésus rendus à Jean-Baptiste, non seulement en tant que prophète,  mais  encore  comme  étant  Son  «  ami… » Jean 3:29. D’où il se révèle qu’il n’est pas de plus grande force que la fragilité qui ploie sous le vent de la Direction du Saint-Esprit.