M377 – LA MAIN A LA CHARRUE …

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     « Pendant qu’ils étaient en chemin, un homme lui dit : Seigneur, je te suivrai partout où tu iras. Jésus lui répondit : Les renards ont des tanières, et les oiseaux du ciel ont des nids ; mais le Fils de l’homme n’a pas où reposer sa tête. Il dit à un autre : Suis-moi. Et il répondit : Seigneur, permets-moi d’aller d’abord ensevelir mon père. Mais Jésus lui dit : Laisse les morts ensevelir leurs morts, et toi va annoncer le Royaume de Dieu. Un autre dit : Je te suivrai, Seigneur, mais permets-moi d’aller d’abord prendre congé de ceux de ma maison. Jésus lui répondit : Quiconque met la main à la charrue, et regarde en arrière, n’est pas propre au Royaume de Dieu… » Luc 9:57-62.

   Il n’est besoin que d’être « en chemin » avec Jésus, pour rencontrer des personnes aussi diverses les unes que les autre, donnant lieu à une richesse de vérités aussi grande que l’était la diversité de ceux qui L’écoutaient. Il est éclairant d’apprendre comment Jésus traitait différemment ceux qui se présentaient à Lui, en ce qui concernait leur appel particulier. Ainsi, le premier homme, exprimant son désir de suivre Jésus « partout où il irait… » reçut pour réponse, que Jésus Lui-même « n’avait pas où reposer sa tête… ». Le deuxième homme, qui ne s’était pas personnellement adressé à Jésus, reçut de Lui cet ordre : « Suis-moi… ! », tout en lui ordonnant, dans son cas particulier, de « laisser les morts ensevelir leurs morts… ». Le troisième homme exprima aussi son désir de suivre Jésus, en lui demandant cependant la permission de « prendre congé de ceux de sa maison… ». Cette délicatesse envers les siens laissait apparaître que cet homme avait déjà conscience de ce qu’impliquerait dans sa vie le fait de suivre Jésus. Ce à quoi Jésus lui répondit, que « mettre la main à la charrue et  regarder en arrière… » n’était pas une disposition « propre au Royaume de Dieu… ». Ces différents cas de figure donnèrent certainement de quoi réfléchir à ces âmes désireuses de le suivre. Les réponses, comme les ordres abrupts que Jésus adressait à ceux qu’Il rencontrait pouvaient parfois étonner, au risque de couper les élans ou les bonnes volontés. Or, ce sont ici les différentes manières d’éclairer de Jésus, afin de rendre la personne appelée d’autant plus réceptive à sa vocation spécifique.

   Dans des circonstances semblables, nous relevons donc des manières d’agir différentes. En similitude avec l’homme qui demanda la permission de prendre congé des siens, la Parole nous rapporte qu’Élie, trouvant Élisée qui labourait, s’approcha de lui, et, jetant sur lui son manteau de prophète, le désigna par là comme devant lui succéder. « Élisée, dit l’Écriture, quittant ses bœufs, courut après Élie, et dit : laisse-moi embrasser mon père et ma mère, et je te suivrai. Élie lui répondit : Va, et reviens ; car pense à ce que je t’ai fait. Après s’être éloigné d’Élie, il revint prendre une paire de bœufs, qu’il offrit en sacrifice ; avec l’attelage des bœufs, il fit cuire leur chair, et la donna à manger au peuple. Puis il se leva, suivit Élie, et fut à son service… » I Rois 19:19-21. « Va,  et reviens : car pense à ce que je t’ai fait… » dit Élie. Les deux démarches semblables de prendre congé de leur famille reçurent des réponses différentes, et de la part d’Élie concernant Élisée et de la part de Jésus concernant le troisième homme. Dieu, connaissant la disposition propre à chaque âme, opère de façon particulière selon chacune d’elle, afin que l’appel d’En Haut soit pleinement consenti, même dans ces exigences, par le racheté préparé à tout ce qu’implique d’heureux et de douloureux le Service de Dieu.

   Les conditions de la part de Jésus envers ceux qu’Il appelait, comme envers ceux qui exprimaient le désir de Le suivre, nous apparaissent parfois comme étant ardues. En effet, dans un autre temps et dans cette même pensée, Jésus dit : « Si quelqu’un veut venir après moi, qu’il renonce à lui-même, qu’il se charge de sa croix, et qu’il me suive. Car celui qui voudra sauver sa vie la perdra, mais celui qui perdra sa vie à cause de moi et de la bonne nouvelle la sauvera … » Marc 8:34-35. L’application intérieure de ces Paroles de Jésus a pour résultat de donner accès en nous à Sa Vie, mais en « perdant la nôtre… », afin de ne laisser aucun obstacle en nous pour être transformés à Sa ressemblance. En vérité, il s’agit de la Présence de Jésus reçue et vécue en nous, en ayant discerné ce qui nous est personnellement réservé dans le Dessein de Dieu, même si nous ne le comprenons que dans la suite !

  À l’exemple de Jésus-Christ, il ne nous est pas possible de « reposer notre tête… » en ce monde agité par les puissances des ténèbres dans les lieux invisibles et visibles. Car ce monde de ténèbres, pour ceux qui en sont conscients, requiert le combat de la foi dans la prière, c’est-à-dire, une intercession constante et avec autorité. Les rachetés, en effet, appelés à vivre et à servir par l’Esprit ne sauraient « regarder en arrière », en étant retenus par tout lien quel qu’il soit. Car, mettre la main à la charrue, c’est porter nos regards sur l’extrémité du champ de Dieu, le traverser par la force de Sa Grâce, et dépasser spirituellement la ligne d’horizon de nos propres limites, en passant de la vue et de l’action terrestres à la vision et à l’action célestes. Ceci signifie « veiller et prier », en étant en ce monde l’humble instrument, par lequel les âmes appelées entrent dans le Royaume de Dieu, attirées à lui par l’Esprit du « Roi » de ce Royaume. Une telle vocation ne résulte ni d’un choix personnel ni d’une imposition venant de l’extérieur, mais de la Volonté de Dieu, à laquelle notre soumission même suscite en nous la joie d’y obéir.

   C’est donc avec une grande sagesse que Jésus compare le serviteur de Dieu à un laboureur. Car tenir la charrue réclame toute l’attention de celui qui laboure, afin de la maintenir droite jusqu’à l’extrémité du champ ; et ceci requiert le poids du corps sur la charrue fermement tenue. C’est ici l’Appel de Dieu à travailler en profondeur dans les cœurs, par cette vie spirituelle reçue de Dieu en nous, et, par nous, pour autrui ; ainsi que le montre Jésus, parlant de la semence semée dans les divers terrains, et disant : « Le semeur sème la Parole. Les uns sont le long du chemin, où la parole est semée ; quand ils l’ont entendue, aussitôt Satan vient et enlève la parole qui a été semée en eux. Les autres, pareillement, reçoivent la semence dans les endroits pierreux ; quand ils entendent la parole, ils la reçoivent d’abord avec joie ; mais ils n’ont pas de racine en eux-mêmes, ils manquent de persistance, et, dès que survient une tribulation ou une persécution à cause de la parole, ils y trouvent une occasion de chute. D’autres reçoivent la semence parmi les épines ; ce sont ceux qui entendent la parole, mais en qui les soucis du siècle, la séduction des richesses et l’invasion des autres convoitises, étouffent la parole, et la rendent infructueuse. D’autres reçoivent la semence dans la bonne terre ; ce sont ceux qui entendent la parole, la reçoivent, et portent du fruit, trente, soixante, et cent pour un… » Marc 4:14-20. Il se peut qu’une interrogation monte en nous au sujet de la manière dont ont été faites les semailles. En effet, un semeur qui sèmerait le « long du chemin », dans un « endroit pierreux » ou « parmi les épines » serait regardé ici-bas comme étant un ouvrier sans expérience… ! Or, la parabole de Jésus ne portait pas sur le semeur, mais sur la nature des quatre sortes de sols ensemencés, témoignant d’ailleurs par là de la Miséricorde de Dieu, qui n’exclut personne de Sa Grâce ! Car, outre les personnes qui seront éclairées en leur temps, les cœurs qui ne portent pas de fruit ont pourtant été ensemencés avec la même qualité de semence que celle reçue par la « bonne terre ». Cela signifie qu’il est des personnes, qui, après avoir entendu la Parole de Dieu, la refusent, ayant été suffisamment éclairées par elle, et donc sachant exactement en quoi leur vie devrait être changée, au cas où elles l’accepteraient.

    En tant que semeurs de la Parole : Jean 4:36, la force spirituelle pour fendre le terrain des cœurs est en relation, pour une part, avec l’intercession de celui qui a appris à ne dépendre que de Dieu. De même, la profondeur du sillon en vue des semailles de la Parole est en relation avec le fardeau de la prière que l’on a accepté de porter. Ainsi, celui qui sème est appelé à être spirituellement « un » avec la charrue, « un » avec le sol labouré, « un » avec la semence de la Parole, « un » avec le cœur de celui qui l’a reçoit, c’est-à-dire, « un » avec le « Maître de la Moisson », devant qui, dans une totale confiance, l’Écriture nous exhorte, en disant : « Dès le matin sème ta semence, et le soir ne laisse pas reposer ta main ; car tu ne sais point ce qui réussira, ceci ou cela, ou si l’un est l’autre sont également bon… » Ecc 11:6. Il nous est donc révélé que, outre les sujets précis de prières, il est des actions et des exaucements de Dieu qui nous sont cachés, et qui, non pas à cause, mais grâce à cela, ont pour effet d’augmenter notre combativité dans la lutte spirituelle, dont les victoires dans les lieux célestes et dans les vies sont connues de Christ à la Gloire de Dieu.