M375 – SI LE GRAIN DE BLÉ NE MEURT …

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    « Quelques Grecs, du nombre de ceux qui étaient montés pour adorer pendant la fête, s’adressèrent à Philippe, de Bethsaïda en Galilée, et lui dirent avec instance : Seigneur, nous voudrions voir Jésus. Philippe alla le dire à André, puis André et Philippe le dirent à Jésus. Jésus leur répondit : L’heure est venue où le Fils de l’homme doit être glorifié. En vérité, en vérité, je vous le dis, si le grain de blé qui est tombé en terre ne meurt, il reste seul ; mais, s’il meurt, il porte beaucoup de fruit. Celui qui aime sa vie la perdra, et celui qui hait sa vie dans ce monde la conservera pour la vie éternelle… » Jean 12:20-25.

   Bien souvent, les questions des auditeurs furent l’occasion de vérités profondes de la part de Jésus, ce qui, par Ses réponses, constitua le contenu des Évangiles. Ainsi, en répondant à la demande de ces Grecs, transmise par Philippe et André, la réponse de Jésus paraît ne pas correspondre tout-à-fait avec le contenu de leur requête. Quel rapport, en effet, y a-t-il entre le fait de vouloir « voir » Jésus, et la parabole du « grain de blé » ? Entre leur désir de « voir » le Maître, et Son exhortation à « mourir » à soi-même ? Aucune, sauf si ce n’est de passer de la compréhension naturelle à la compréhension spirituelle des Paroles de Jésus. Compréhension résultant de la mort de ce qui est charnel en nous, opérée par l’Esprit de Dieu, et suscitant cette disposition spirituelle propre à recevoir, par le même Esprit, la Révélation de la Parole.

      Ainsi, Jésus leur répondit au sujet de la nécessité de mourir, selon le processus spirituel de la mort que l’Esprit opère dans les vies. Et ceci, d’abord, concernant Sa propre mort en tant que Rédempteur, dont Il exprima l’intense émotion, en disant : « Maintenant, mon âme est triste jusqu’à la mort. Et que dirai-je ? … Père délivre-moi de cette heure ? … Mais c’est pour cela que suis venu jusqu’à cette heure. Père, glorifie ton nom ! Et une voix vint du ciel : Je l’ai glorifié, et je le glorifierai encore… » Jean 12:27-28. Il ne nous est pas dit ce que ces Grecs perçurent des Paroles de Jésus, mais ce fut l’occasion pour eux d’avoir connu, comme pour nous de connaître dès lors, des vérités éternelles du Dessein de Dieu. Jésus apporta souvent des réponses inattendues à ceux qui l’interrogeaient, parce qu’elles concernaient, non seulement les circonstances présentes des personnes, mais aussi, selon la Pensée de Dieu, l’évolution de leurs vies et de leurs situations à venir.

   Nous louons notre Seigneur Jésus pour Sa Vie reçue en nous, c’est-à-dire, pour la Grâce, le Pardon, la Joie, la Paix, et tout ce qui en découle. Nous le louons cependant moins pour Sa Mort, non pour la mort en elle-même, mais pour ce qui en a résulté pour notre salut ! Car de la Mort de Jésus ont découlé Sa Résurrection, Son Ascension, Sa Glorification, Son Intercession pour nous : Héb 7:25 ; et, de là, la rémission de nos péchés, notre régénération et notre justification. Car Dieu, dit l’Écriture « a condamné le péché dans la chair, en envoyant, à cause du péché, son propre Fils dans une chair semblable à celle du péché… » Rom 8:3, et encore : « Celui qui n’a point connu le péché, Dieu l’a fait devenir péché pour nous, afin que nous devenions en lui justice de Dieu… » II Cor 5:21. Il n’est pas question ici d’une « chair pécheresse », mais d’une « chair semblable à celle du péché… », évidemment exempte de péché, résultant de l’Incarnation de Dieu en Jésus-Christ, en tant que « Fils de l’homme ». Il ressort de ceci que Jésus a été fait, non pas « pécheur », mais « péché » pour nous, c’est-à-dire, dans le sens du « sacrifice expiatoire pour nos péchés… » I Jean 2:2. Ainsi, la mort de notre chair souillée ne put l’être que par la crucifixion de la Chair sainte de Jésus, Lequel, en ressuscitant, nous donna la Vie éternelle.

   Concernant la mort du « grain de blé », Jésus parla d’abord de Lui-même, en tant que Sauveur, puis de nous, en tant que rachetés. La différence entre la chair de Jésus et la nôtre consista en ce que, au travers du Corps de Sa chair par la crucifixion, Jésus nous donna Sa Vie, que nous avons reçue et qui s’est substituée à notre vie charnelle, ainsi que l’écrit l’apôtre Paul aux Romains :  « De même, mes frères, vous aussi vous avez été mis à mort par le corps de Christ, en ce qui concerne la loi, pour que vous apparteniez à un autre, à celui qui est ressuscité des morts, afin que nous portions des fruits pour Dieu… » Rom 7:4. Découlant donc de la Mort de Jésus, Sa Vie, par laquelle nous produisons les « fruits » spirituels, nous fut communiquée dans la foi. Alors que l’esprit de notre chair nous retenait loin de la Vie véritable, la Vie de Jésus, par la déchirure de Son Corps de chair qui la contenait, se déversa en nous. Ainsi, Jésus livra Sa Vie, pour la retrouver en tous ceux qui l’ont reçue, ainsi qu’Il le déclara Lui-même : « Le Père m’aime, parce que je donne ma vie, afin de la reprendre. Personne ne me l’ôte, mais je la donne de moi-même ;  j’ai le pouvoir de la donner, et j’ai le pouvoir de la  reprendre ; tel est l’ordre que j’ai reçu de mon Père… » Jean 10:17-18.

   « Celui qui aime sa vie la perdra, dit Jésus, et celui qui hait sa vie dans ce monde la conservera pour la vie éternelle… » Jean 12:25. Est-il de nos jours une force vivante plus opposée à notre « moi » que ces Paroles de Jésus ! Il y a lieu de préciser que ces paroles ne peuvent être comprises que spirituellement, car elles révèlent ce qui, de la vie humaine, a été altéré dès le commencement à cause du péché ; ceci s’éclairant également par ces autres paroles, disant : « Si quelqu’un veut venir après moi, qu’il renonce à lui-même, qu’il se charge chaque jour de sa croix, et qu’il me suive. Car celui qui voudra sauver sa vie la perdra, mais celui qui la perdra à cause de moi la sauvera… » Luc 9:23-24. Bien des problèmes proviennent d’une surestimation de soi ou, au contraire, d’une dépréciation de soi ; et le traitement ici-bas, en dehors de la Grâce de Dieu, centre l’âme sur elle-même et produit cette autosatisfaction spirituellement stérile, et pour elle et pour les autres. En effet, le renoncement à soi-même « selon la lettre » et non « selon l’Esprit » ne mène qu’à une impasse spirituelle. Ceci résulte d’une démarche « religieuse », et non pas spirituelle. Car le renoncement, ou la mort à soi-même, opéré par l’Esprit-Saint suscite dans notre être profond, non pas un vide, mais un espace intérieur que seul peut combler, non pas le légalisme de la Parole, mais la Parole vivifiante, parce que vivifiée par l’Esprit.

   Nous découvrons dans l’Écriture que Dieu agit en nous, mais jamais sans nous. En effet, lorsque le Psalmiste dit : « L’Éternel est celui qui te garde. l’Éternel est ton ombre à ta main droite… » Ps 121:5, l’Écriture dit aussi : « … celui qui est né de Dieu se garde lui-même, et le malin ne le touche pas… » I Jean 5:18. Ainsi, l’Éternel « garde… » Son racheté, qui, en même temps, « se garde lui-même… » ! Il est écrit que « Le Dieu de toute grâce, qui vous a appelés en Jésus-Christ à sa gloire éternelle, après que vous aurez souffert un peu de temps, vous perfectionnera lui-même, vous affermira, vous fortifiera, vous rendra inébranlables … » I Pier 5:10, et l’apôtre Paul exhorte : « Au reste, frères, soyez dans la joie, perfectionnez-vous, consolez-vous, ayez un même sentiment, vivez en paix… » II Cor 13:11. Dieu « perfectionne lui-même… » le racheté, qui, en même temps, « se perfectionne… » ! L’Écriture dit encore : « Que le Dieu de paix vous sanctifie lui-même tout entiers, et que tout votre être, l’esprit, l’âme et le corps, soit conservé irrépréhensible, lors de l’avènement de notre Seigneur Jésus-Christ… » I Thess 5:23, et Jean proclame dans l’Apocalypse : « Que celui qui est injuste soit encore injuste, que celui qui est souillé se souille encore ; et que le juste pratique encore la justice, et que celui qui est saint se sanctifie encore… » Apo 22:11. Dieu « sanctifie  lui-même… » le racheté, qui, en même temps, « se sanctifie encore… » ! Il y a donc une action conjointe de Dieu et du racheté, et cette action se traduit par l’obéissance du croyant, qui accomplit la part qui lui est demandée par Dieu, et qu’il discerne dans sa communion spirituelle et intime avec Dieu. Ainsi, Dieu agit, et le croyant est « agi » par Lui.

   En mourant, l’enveloppe du « grain de blé » disparaît, libère le germe et donne le fruit. Or, ce processus de mort et de vie s’opère, non pas dans une tombe, mais en Christ qui est en nous par Son Esprit. Ainsi, l’« homme nouveau » succède au « vieil homme » mort par une opération intérieure de l’Esprit de Vie. En ce monde, ce qui est vivant est englouti par la mort, tandis qu’en Christ, au contraire, c’est « ce qui est mortel qui est englouti par la Vie… » !  II Cor 5:4. En conservant notre propre vie, nous demeurons dans la mort spirituelle, alors qu’en vivant, non pas d’un Jésus mort, mais de la Mort de Jésus, nous vivons de Sa Vie de Ressuscité, comme étant, dans le temps présent, les prémices de la résurrection au dernier jour.