M374 – QU’IL DEVIENNE FOU …

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  « Que nul ne s’abuse lui-même : si quelqu’un parmi vous pense être sage selon ce siècle, qu’il devienne fou, afin de devenir sage. Car la sagesse de ce monde est une folie devant Dieu. Aussi est-il écrit : Il prend les sages dans leur ruse. Et encore : Le Seigneur connaît les pensées des sages, il sait qu’elles sont vaines. Que personne donc ne mette sa gloire dans des hommes ; car tout est à vous, soit Paul, soit Apollos, soit Céphas, soit le monde, soit la vie, soit la mort, soit les choses présentes, soit les choses à venir. Tout est à vous ; et vous êtes à Christ, et Christ est à Dieu… » I Cor 3:18-23.

   Les plus intelligents et les plus sages d’entre les hommes ne sauraient répondre à toutes les questions qui leur sont posées. Mais il en est une parmi les plus difficiles, à laquelle, tôt ou tard, l’on ne saurait échapper, et qui est ainsi formulée : Qui suis-je… ? En effet, concernant une question au sujet d’une chose extérieure, soit la personne sait, soit elle ne sait pas ; mais la réponse que donnera une personne sur elle-même sera bien souvent différente de celle exprimée par ceux qui la connaissent, étant donné le regard et la diversité des êtres. Et la réponse même donnée sur soi peut évoluer, changer même à cause des divers événements survenus dans la vie. Ainsi, le contenu des réponses exprimées révèle ce que pense et ce que ressent une personne, c’est-à-dire, sa nature et donc sa personnalité.

   Des sacrificateurs et des lévites, envoyés de Jérusalem auprès de Jean-Baptiste, lui demandèrent : « Toi, qui es-tu ? Il déclara, et ne le nia point, il déclara qu’il n’était pas le Christ… » Jean 1:19-20. Loin de prendre la place de Celui, dont il préparait la venue, Jean ne dit pas autre chose que ce qu’il était : le prophète annonçant le Messie ! Mais, voulant en savoir davantage, les pharisiens précisèrent leur question, en disant : « Que dis-tu de toi-même… ? Moi, dit-il, je suis la voix de celui qui crie dans le désert : Aplanissez le chemin du Seigneur, comme a dit Ésaïe, le prophète… » Jean 1:22-23. Quelque temps plus tard, alors que Jean Baptiste était en prison, Jésus dit à la foule qui l’écoutait :   «  Qu’êtes-vous allés voir au désert ? Un roseau agité par le vent ? Mais, qu’êtes-vous allés voir ? Un homme vêtu d’habits précieux ? Voici, ceux qui portent des habits précieux sont dans les maisons des rois. Qu’êtes-vous allés voir ? un prophète ? Oui, vous dis-je, et plus qu’un prophète. Car c’est celui dont il est écrit : Voici, j’envoie mon messager devant ta face, pour préparer ton chemin devant toi… » Matt 11:7-10. Jésus souligna son propos, en disant : « et plus qu’un prophète… » ! Or Jean avait répondu aux pharisiens : « Je suis la voix de celui qui crie… ». Jean ne se présenta pas lui-même comme étant le prophète, mais seulement comme étant la « voix » de celui-ci… ! Est-il humilité plus grande que celle-ci, pour se laisser ployer par le souffle du « vent », tel un « roseau », dans la Direction de l’Esprit ? En tant que prophète, vivant l’accomplissement même de la prophétie durant laquelle il mourut en martyr, il fut, en effet, « plus grand qu’un prophète… ».

   S’adressant aux Corinthiens, l’apôtre Paul écrit : « Lequel des hommes, en effet, connaît les choses de l’homme, si ce n’est l’esprit de l’homme qui est en lui ? De même, personne ne connaît les choses de Dieu, si ce n’est l’Esprit de Dieu. Or nous, nous n’avons pas reçu l’esprit du monde, mais l’Esprit qui vient de Dieu, afin que nous connaissions les choses que Dieu nous a données par sa grâce. Et que nous en parlions, non avec des discours qu’enseigne la sagesse humaine, mais avec ceux qu’enseigne l’Esprit, employant un langage spirituel pour les choses spirituelles… » I Cor 2:12-13. L’apôtre parle de l’« esprit de l’homme » par lequel celui-ci se connaît, et de l’« Esprit de Dieu », par lequel il peut se connaître comme Dieu le connaît. De là, Paul poursuit : « L’homme animal ne reçoit pas les choses de l’Esprit  de  Dieu,   car  elles  sont  une  folie  pour  lui,  et  il  ne  peut les  connaître,  parce  que  c’est   spirituellement   qu’on   en   juge… » I Cor 2:14. « Juger… » ici, n’a pas le sens d’accuser ou de condamner, mais d’avoir spirituellement le discernement des choses d’En Haut comme de celles d’en bas. D’où cette parole admirable de l’apôtre : « L’homme spirituel, au contraire, juge de tout, et il n’est lui-même jugé par personne. Car qui a connu la pensée du Seigneur, pour l’instruire ? Or nous, nous avons la pensée de Christ… » I Cor 2:15. L’homme spirituel n’est jugé par personne, en ce sens qu’il devrait normalement ne pas avoir besoin d’être éclairé ou repris par autrui, mais plutôt être capable de « se juger lui-même » par l’Esprit de Dieu, en discernant ce qui, en lui et en dehors de lui, est agréable ou non à Dieu.

  L’homme qui croit se connaître lui-même est celui dont Paul a écrit : « Si quelqu’un parmi vous pense être sage selon ce siècle, qu’il devienne fou, afin de devenir sage… » I Cor 3:18, et, en rapport avec ces paroles : « Dieu n’a-t-il pas convaincu de folie la sagesse du monde ? Car, puisque le monde avec sa sagesse, n’a point connu Dieu dans la sagesse de Dieu, il a plu à Dieu de sauver les croyants par la folie de la prédication. Les Juifs demandent des miracles et les Grecs cherchent la sagesse : nous, nous prêchons Christ crucifié ; scandale pour les Juifs et folie pour les païens, mais puissance de Dieu et sagesse de Dieu pour ceux qui sont appelés, tant Juifs que Grecs. Car la folie de Dieu est plus sage que les hommes, et la faiblesse de Dieu est plus forte que les hommes… » I Cor 1:20-25. A la différence des « Juifs qui demandaient des miracles… », les « Grecs donc cherchaient la sagesse… » ; descendant nous-mêmes des « grecs » par leur culture, nous avons aussi hérité de la recherche de cette sagesse. Or, la Sagesse de Dieu s’exprime par la « folie de la prédication… » I Cor 1:21, proclamant la rémission des péchés obtenue pour nous par Jésus-Christ, Lequel, apparemment vaincu lors de la crucifixion, triompha de la mort par Sa Résurrection. Cette « folie de Dieu » aux yeux des hommes est « sage » en ce qu’elle se situe dans une autre dimension spirituelle, qui dépasse les limites de notre entendement. Dimension spirituelle reçue dans la foi par l’Esprit qui convainc de folie notre propre sagesse, en nous révélant la Sagesse du Dessein rédempteur de Dieu.

   L’apôtre Paul, s’adressant aux Galates, écrit : « Si quelqu’un pense être quelque chose, quoi qu’il ne soit rien, il s’abuse lui-même. Que chacun examine ses propres œuvres, et alors il aura sujet de se glorifier pour lui seul, et non par rapport à autrui ; car chacun portera son propre fardeau… » Gal 6:3. Paul parle ici de la Révélation de l’Esprit, par laquelle l’homme spirituel se voit tel que Dieu le voit ; et qui constate que, de ce « rien » qu’il était auparavant, il est devenu, par la régénération de l’Esprit, un « homme nouveau », ainsi que le dit l’Écriture : « Ce n’est rien que d’être circoncis ou incirconcis ; ce qui est quelque chose, c’est d’être une nouvelle créature … » Gal 6:15. C’est là notre identité d’enfant de Dieu ; et celui qui l’affirme intérieurement témoigne de la vraie humilité, qui n’est pas à confondre avec le sentiment d’infériorité, qui peu masquer un orgueil caché. Le sentiment d’infériorité, en effet, peut révéler l’état d’esprit d’une personne déçue de ne pas être parvenue à la hauteur de son ambition, alors que la « piété avec le contentement… » I Tim 6:6, habite le cœur du racheté, qui a pleinement accepté avec joie et reconnaissance ce qu’il est devenu en Christ ?

   Pour celui donc qui pense être « quelque chose », et qui apprend qu’il n’est « rien », une telle révélation de  l’Esprit-Saint produit un bouleversement aussi grand que le changement spirituel qui en a résulté en son être intérieur. Saul de Tarse, devenu l’apôtre Paul, vécut une telle expérience sur le chemin de Damas dans des circonstances particulières : Act 9:3-5, ainsi qu’il l’écrivit à Timothée, « Moi qui étais auparavant un blasphémateur, un persécuteur, un homme violent. Mais j’ai obtenu miséricorde, parce que j’agissais par ignorance, dans l’incrédulité ; et la grâce de notre Seigneur a surabondé,   avec   la   foi   et  la  charité  qui  est  en   Jésus-Christ… » I Tim 1:13-14. Paul qui « perdit sa propre vie à cause de Christ… » Matt 10:39, garda la « trame » de sa personnalité, au travers de laquelle s’opéra spirituellement ce qu’il devint en Christ. Après avoir énuméré les apôtres et les personnes, qui avaient vu avant lui le Christ ressuscité, Paul écrit : « Après eux tous, il m’est aussi apparu à moi, comme à l’avorton ; car je suis le moindre des apôtres, je ne suis pas digne d’être appelé apôtre, parce que j’ai persécuté l’Église de Dieu. Par la grâce de Dieu je suis ce que je suis, et sa grâce envers moi n’a pas été vaine ; loin de là, j’ai travaillé plus qu’eux tous, non pas   moi   toutefois,   mais   la   Grâce   de  Dieu  qui  est  avec  moi… » I Cor 15:8-10. « Je suis le moindre des apôtres… », ce fut en ceci le ressenti de sa faiblesse dans laquelle, écrit-il lui-même « s’accomplit la Puissance de Dieu… » II Cor 12:9.

   En disant : « Je suis ce que je suis… » concernant sa vie et sa vocation, l’apôtre Paul révéla le destin de son origine spirituelle. Ainsi en est-il de chacun de nous en réponse à l’appel de Dieu. Heureux ceux qui ont reconnu la folie de leur propre sagesse en se laissant éclairés par la Sagesse de la « folie de Dieu », qui nous a « rendu sages à salut par la foi en Jésus-Christ… » II Tim 3:15, et qui nous a rendus capables de comprendre, de l’intérieur, la Profondeur du Dessein éternel de Dieu ?