M372 – VOUS AVEZ MANGÉ DES PAINS …

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      « La foule qui était restée de l’autre coté de la mer avait remarqué qu’il ne se trouvait là qu’une seule barque, et que Jésus n’était pas monté dans cette barque avec ses disciples, mais qu’ils étaient partis seuls. Le lendemain, comme d’autres barques étaient arrivées de Tibériade près du lieu où ils avaient mangé le pain après que le Seigneur eut rendu grâces, les gens de la foule, ayant vu que ni Jésus ni les disciples n’étaient là, montèrent eux-mêmes dans ces barques et allèrent à Capernaüm à la recherche de Jésus. Et l’ayant trouvé au-delà de la mer, ils lui dirent : Rabbi, quand es-tu venu ici ? Jésus leur répondit : En vérité, en vérité, je vous le dis, vous me cherchez, non parce que vous avez vu des miracles, mais parce que avez mangé des pains et que vous avez été rassasiés. Travaillez, non pour la nourriture qui périt, mais pour celle qui subsiste pour la vie éternelle, et que le Fils de l’homme vous donnera ; car c’est lui que le Père, que Dieu a marqué de son sceau… » Jean 6:22-27.

   Jésus, le « Fils de l’homme », envoyé parmi les hommes, reçut du Père céleste d’annoncer la Parole confirmée par les miracles qui l’accompagnaient. La manifestation des miracles a pour but de rendre les cœurs attentifs à l’écoute de la Parole de Dieu. Le prophète Jean-Baptiste, qui, dans sa prison entendit parler des Œuvres du Christ, lui fit dire par ses disciples : « Es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ? Jésus leur répondit : Allez rapportez à Jean ce que vous entendez et ce que vous voyez : les aveugles voient, les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, les sourds entendent, les morts ressuscitent, et la bonne nouvelle est annoncée aux pauvres. Heureux celui pour qui je ne serai pas une occasion de chute… » Matt 11:3-6. Certes, la Puissance du Saint-Esprit convainc de péché, de justice et de jugement, sans nécessairement la manifestation des miracles, mais l’action « intérieure » du miracle, au-delà de l’étonnement et de l’émotion qu’il suscite, rend l’homme d’autant plus responsable de répondre à l’appel de la Parole. L’Esprit de Dieu suffit donc à convaincre les hommes de la nécessité d’être sauvés, ainsi que le témoignèrent les gens qui vinrent auprès de Jésus dans le lieu où Jean avait baptisé, en disant : « Jean n’a fait aucun miracle ; mais tout ce que Jean a dit de cet homme était vrai. Et, dans ce lieu-là, plusieurs crurent en lui… » Jean 10:41-42. Le plus grand « miracle », en effet, que connut le prophète Jean-Baptiste fut la joie parfaite de vivre l’événement prophétique qu’il annonça en baptisant Jésus, devant lequel il « prépara le chemin… » Matt 3:3.

   La Révélation de la Parole de Dieu répond à celui qui y aspire, et suffit à le combler. Les miracles qui confirment la Parole divine suscitent dans le cœur des croyants des actions de grâces à Dieu, de même qu’ils s’adressent aussi à ceux qui ne connaissent pas encore Dieu et Sa Parole. L’homme, qui a « reçu l’amour de la vérité pour être sauvé… » II Thess 2:10, est celui qui, dit l’Écriture, a reçu la Parole, « non comme la parole des hommes, mais, ainsi qu’elle l’est véritablement, comme la Parole de Dieu, qui agit en vous qui croyez… » I Thess 2:13. Cette Révélation spirituelle lui est donc pleinement suffisante. Accompagnant l’écoute de la Parole, les miracles s’adressent aux croyants comme aux non-croyants. Jésus, recevant l’officier du roi, dont le fils était près de mourir, lui dit : « Si vous ne voyez des miracles et des prodiges, vous ne croyez point. L’officier du roi lui dit : Seigneur, descends avant que mon fils ne meure. Va, lui dit Jésus, ton fils vit… » Jean 4:48-50. Les signes de Dieu, non seulement se manifestent dans le domaine naturel, mais ouvrent les yeux intérieurs sur le but de la Volonté divine. Le miracle va au-delà du bienfait reçu ; par lui, Dieu se révèle et agit dans notre vie ici-bas en vue d’accomplir Son céleste Dessein, d’où découlent la vision des choses spirituelles et la Vie éternelle reçues en Son Fils Jésus.

   Sur la montagne avec Ses disciples, Jésus, « ayant levé les yeux et voyant qu’une grande foule venait à lui, dit à Philippe : « Où achèterons-nous des pains pour que ces gens aient à manger ? Il disait  cela  pour  l’éprouver,  car  il  savait  ce  qu’il  allait  faire… » Jean 6:5-6. Jésus, qui se présenta Lui-même, en disant : « Je suis le Pain vivant qui est descendu du ciel… » Jean 6:51, concrétisa la Parole par le miracle des pains. Cette multiplication des pains, qui fut suivie quelques temps après  d’une  seconde  multiplication : Matt 15:32, suscita ce mouvement de foule qui eut, en même temps, pour effet d’éclairer la nature même du cœur de l’homme. Que ce soit dans les personnes, comme dans la nature, aucun domaine n’échappe à l’Action, aussi bien éclairante que miraculeuse, de l’Esprit du Seigneur. En effet, en même temps que la guérison des malades, la délivrance des démoniaques, la purification des lépreux et la résurrection des morts, Jésus manifesta Sa Gloire par les pêches miraculeuses, les tempêtes apaisées, l’eau changée en vin… !  Et ceci, non point dans le but d’attiser une curiosité stérile, mais afin de manifester ce qui est surnaturel de la Parole dans ce qui est naturel, en élevant nos cœurs des choses terrestres à celles célestes, afin de percevoir en ceux-ci les signes de la Providence de Dieu dans notre vie de chaque jour.

   Le but de Dieu par Sa Parole est d’éclairer et de transformer l’homme, en faisant mourir en lui le « vieil homme » et en créant l’« homme nouveau » qui, par sa nature spirituelle, aspire à « rechercher les choses d’En Haut », à « s’affectionner à celles qui sont dans les cieux » Col 3:1-2. L’Écriture nous rapporte que la foule qui se rendait auprès de Jésus pour entendre la Parole « était frappée de sa doctrine : car il enseignait comme ayant autorité, et non pas comme leurs scribes… » Matt 7:29. Conformément aux prophéties annonçant la venue du Messie, les foules se rassemblaient, non seulement pour entendre Jésus, mais pour voir les miracles qui accompagnaient la prédication de Sa Parole. Le lendemain de la multiplication des pains, aux gens de la foule qui lui avaient demandé : « Quand es-tu venu ici… ? Jésus  répondit : En vérité, en vérité, je vous le dis, vous me cherchez, non parce que vous avez vu des miracles, mais parce que vous avez mangé des pains et que vous avez été rassasiés. Travaillez, non pour la nourriture qui périt, mais pour celle qui subsiste pour la vie éternelle, et que le Fils de l’homme vous donnera ; car c’est lui que le Père, que Dieu a marqué de son sceau… » Jean 6:26-27. Il est écrit, en effet, que « le lendemain du miracle des pains, d’autres barques étaient arrivées de Tibériade près du lieu où ils avaient mangé le pain après que le Seigneur eut rendu grâces… » Jean 6:23. Il est à remarquer que l’Écriture précise le fait qu’« ils avaient mangé du pain… ». Les miracles attestent la Parole dans le but d’aider les âmes à aspirer à cette Parole même ; cependant, dans le cas de cette multiplication, il se passa chez un grand nombre l’expérience contraire. Il s’opéra un étrange renversement, une inversion des valeurs en ce que leur intérêt ne se portait plus sur la Parole, ni non plus sur le miracle lui-même, mais sur ce qu’il leur avait rapporté dans leur vie propre, et non dans leur vie spirituelle. Le miracle de la Parole destiné à élever les âmes vers les choses d’En Haut aboutit à une recherche de nature terrestre. En effet, l’écoute de la Parole de Dieu suscita d’abord dans la foule une recherche des choses spirituelles, puis cette recherche spirituelle se changea en une recherche des choses naturelles, pour finir par une recherche matérielle… ! La foule ne rechercha donc plus la Parole, ni le miracle, mais son « effet », le profit immédiat qu’elle pouvait en retirer, et ceci en dehors de la portée prophétique de la Parole et de la signification spirituelle que celle-ci confère au miracle. L’âme décrivit, en quelque sorte, un arc de cercle spirituel pour revenir à l’état naturel, d’où elle était partie !

   Les miracles sont les prémices visibles de la Puissance de Dieu ; ils nous appellent, non pas à y trouver une satisfaction personnelle, mais à ressembler spirituellement à Celui-là même qui les opère, c’est-à-dire, qui nous rassasie de Lui-même en étant le « Pain de Dieu… » Jean 6:33. Le pain est un symbole spirituel, or, l’on ne vit pas de symbole, mais de la Réalité éternelle qu’il représente. Ainsi, ce rassasiement « insatiable » et spirituel de la part du Seigneur Jésus, consiste à être « un », dit Jésus dans sa prière, « comme toi, Père, tu es en moi, et comme je suis en toi, afin qu’eux aussi soient un en nous, pour que le monde croie que tu m’as envoyé… » Jean 17:21. Jésus passe du besoin légitime de nos vies ici-bas à la Plénitude spirituelle à laquelle aspire notre âme. Et, quelle que soit la forme sous laquelle le miracle se produit, l’homme spirituel le reçoit en discernant le sens et la vie divine de la Parole qui le manifeste. Ainsi, les temps difficiles que traversent nos vies et le monde nécessitent l’Intervention des miracles de Dieu ; et, parmi les plus grands miracles de Dieu, n’y a-t-il pas justement celui qui est de ne jamais cesser de croire aux miracles ?