M371 – LA VOIX DES ÉTRANGERS …

Format PDF

      « En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui n’entre pas par la porte dans la bergerie, mais qui y monte par ailleurs, est un voleur et un brigand. Mais celui qui entre par la porte est le berger des brebis. Le portier lui ouvre, et les brebis entendent sa voix ; il appelle par leur nom les brebis qui lui appartiennent, et il les conduit dehors. Lorsqu’il a fait sortir toutes ses propres brebis, il marche devant elles ; et les brebis le suivent, parce qu’elles connaissent sa voix. Elles ne suivront point un étranger ; mais elles fuiront loin de lui, parce qu’elles ne connaissent pas la voix des étrangers… » Jean 10:1-5.

   Il était d’usage chez les bergers, en ces temps-là, de rassembler leurs brebis dans des enclos à ciel ouvert pendant les nuits, afin de les garder à l’abri des voleurs et des loups. Les troupeaux étaient rassemblés les uns avec les autres sans être mélangés. Le matin venu, le portier, qui connaissaient les bergers de chaque troupeau, leur ouvrait la porte, afin qu’ils appelassent les brebis qui leur appartenaient pour les mener paître. Jésus parlait donc en paraboles et annonçait les « choses célestes » en présentant le « dehors » des vérités pour en révéler le « dedans » à ceux qui l’écoutaient et qui, en particulier « voulaient l’interroger sur les paraboles… » Marc 4:10. En fait, le « bon Berger » appelle à Lui Ses brebis, non pour qu’elles lui appartiennent, mais parce qu’elles lui appartiennent déjà, étant elles-mêmes au Père céleste, puis données par Lui.  C’est ici le contenu de la Prière même de Jésus à Son Père céleste, disant : « J’ai fait connaître ton nom aux hommes que tu m’as donnés du milieu du monde. Ils étaient à toi, et tu me les as  donnés ; et ils ont gardé ta parole… Jean 17:6. Aussi, dit-Il : « C’est pour eux que je prie. Je ne prie pas pour le monde, mais pour ceux que tu m’as donnés, parce qu’ils sont à toi… » Jean 17:9. C’est ici la profondeur qui découle du Mystère de l’« Élection de la Grâce… » Rom 11:5. Mystère dans lequel nous plongeons nos regards selon la mesure que l’Esprit nous a donné de comprendre « la résolution de Celui qui opère toutes choses d’après le conseil de Sa Volonté… » Eph 1:11.

   Ici s’éclairent les paroles de Jésus, disant : « Celui qui n’entre pas par la porte dans la bergerie, mais qui y monte par ailleurs est un voleur et un brigand… » Jean 10:1. En effet, celui qui est « un voleur et un brigand » n’entre évidemment pas par la porte dans la bergerie, afin de ne pas être vu du « Portier » représentant l’Esprit de Dieu, qui discerne la nature diabolique de celui qui « dérobe, égorge et détruit… » Jean 10:10. Et, quand bien même la « voix des étrangers » exprimerait les mêmes paroles, ferait le même appel, prononcerait même le nom des brebis, qui ne leur appartiennent pas, celles-ci ne l’écouteraient pas, mais, ainsi que le dit Jésus « elles fuiront loin de lui,  parce qu’elles ne  connaissent  pas  la  voix  des  étrangers… » Jean 10:5. D’entre toutes les autres « voix », les brebis distinguent la « sonorité » spirituelle de la Voix de l’Esprit, qui leur rend reconnaissable la Voix du bon Berger. Les faux bergers qui façonnent leurs traits pour ressembler au « bon Berger », sont directement inspirés par la « bête qui monte de la terre… », laquelle a « deux cornes semblables à celles d’un agneau, et qui parlait comme un dragon… » Apo 13:11. Ce n’est donc pas à l’« apparence » d’un  agneau quel qu’il soit, mais à la « Voix » de l’Agneau de Dieu que les rachetés reconnaissent le « timbre » unique de la Voix divine.

   Ce n’est donc pas par la vue, mais par l’écoute que se discerne la Voix divine, ne serait-ce que dans les événements qui se succédèrent entre le repas de la Pâque et l’Ascension de Jésus. En effet, Marie de Magdala, n’ayant pas trouvé le corps de Jésus dans le sépulcre « se retourna, et vit Jésus debout : mais elle ne savait pas que c’était Jésus… » qu’elle prit pour le « jardinier ». Mais Jésus lui dit : « Marie ! Elle se retourna et lui dit en hébreu : Rabbouni ! C’est-à-dire, Maître… » Jean 20:14-16. Le jour même de la Résurrection de Jésus, deux disciples se rendaient de Jérusalem à Emmaüs. « Pendant qu’ils parlaient et discutaient, Jésus s’approcha, et fit route avec eux. Mais leurs yeux étaient empêchés de le reconnaître… », puis, au moment où Jésus rendit grâces en rompant le pain, leurs yeux s’ouvrirent, et « se dirent l’un à l’autre : Notre cœur ne brûlait-il pas au-dedans de nous, lorsqu’il nous parlait en chemin et nous expliquait les Écritures… ? » Luc 24:32. Peu de temps après, Pierre, étant monté avec six autres disciples dans une barque, pêchèrent toute la nuit sans rien prendre. « Le matin étant venu, Jésus, se trouva sur le rivage, mais les disciples ne savaient pas que c’était Jésus… ». « Jetez le filet du côté droit, leur dit-Il, et vous trouverez… ». Alors le disciple que Jésus aimait dit à Pierre : « C’est le Seigneur ! Et Simon Pierre, dès qu’il eut entendu que c’était le Seigneur, mit son vêtement et sa ceinture, car il était nu,  et se jeta dans la  mer… » Jean 21:4, 6-7. Dans ces trois événements, l’Écriture rapporte que ce fut lorsque Jésus « prononça » le nom de Marie que celle-ci, l’ayant reconnu, lui répondit : « Mon Maître… ! ». Quant aux deux disciples d’Emmaüs dont les yeux « étaient empêchés de le reconnaître… », ce fut au moment où Jésus « rendit grâces » lors de la fraction du pain, que leurs yeux  «… s’ouvrirent, et qu’ils Le reconnurent… ». Enfin, alors que les disciples n’avaient pas reconnu Jésus, Pierre entendant de la bouche de Jean : « C’est le Seigneur… », se jeta de la barque dans la mer au-devant de Jésus. Ainsi, confirmée même par la pêche miraculeuse, ce n’est donc pas par la vue, mais par la Parole que se reçoit la révélation du Ressuscité et des « Profondeurs de Dieu… » I Cor 2:10.

   Si, en effet, la Vérité n’est inspirée que par l’« Esprit de vérité », il arrive que l’« esprit d’erreur » utilise la Vérité hors du contexte de la Volonté de Dieu, pour en faire un « mensonge » Rom 1:25. Seul l’homme spirituel discerne la Parole apportée, soit par l’« Esprit de vérité » ou par un « esprit d’erreur ». La Vérité s’éclaire, non par une connaissance selon la lettre, mais par la révélation de la Parole inspirée par l’Esprit. L’apôtre Paul, s’adressant aux Corinthiens, écrit : « Nous sommes, en effet, pour Dieu la bonne odeur de Christ parmi ceux qui sont sauvés et parmi ceux qui périssent ; aux uns, une odeur de mort, donnant la mort : aux autres, une odeur de vie, donnant la vie… » II Cor 2:15-16. La Parole, qui est « Esprit et Vie » Jean 6:63, est une connaissance vivifiante, parce que vivifiée par « l’Esprit ». En ceci réside la différence entre la voix des étrangers et la Voix du Berger, dont seule la Parole est cette « odeur de la connaissance… » II Cor 2:14, révélant la Présence de la Parole demeurant en nous.

   Les rachetés de Jésus suivent donc la Voix du Berger avec autant d’empressement qu’ils fuient la voix de l’étranger. La Voix du Berger a un retentissement d’autant plus profond qu’il prononce le nom de chacune de Ses brebis ; ainsi, la Voix divine nous appelant spirituellement par notre « nom » touche ce qui est le plus intime en nous-mêmes. La voix de l’Esprit se perçoit par le son, qui conforte intérieurement la certitude intime de notre appartenance au Sauveur. Cette réalité spirituelle se révéla devant le sépulcre, où Marie de Magdala cherchait le corps du crucifié, jusqu’au moment où Jésus l’appela par son nom. Il aurait semblé plus compréhensible que Jésus se nommât Lui-même, Or, en lui disant : « Marie », Jésus raviva en elle la relation  spirituelle avec Lui, ainsi que la Grâce reçue, ne serait-ce que par l’expérience des sept démons, dont Il l’avait délivrée : Luc 8:2. Pour nous, le nom souligne l’expérience et l’identité spirituelle de la nouvelle naissance, manifestant la personne nouvelle que nous sommes devenus en Christ.

   Jésus  dit : « J’ai encore d’autres brebis qui ne sont pas de cette bergerie ; celles-là, il faut que je les amène ; elles entendront ma voix, et il y aura un seul troupeau, un seul berger… » Jean 10:16. Jésus a acquis pour nous une rédemption éternelle que Dieu opéra au temps fixé. Jésus vint d’abord pour Israël, puis pour toutes les nations ; il s’agit là de ces « autres brebis » que le Sauveur a appelées, et qu’Il appellera encore par leur nom, ainsi que l’écrit l’apôtre Paul : « Ce n’est point à dire que la parole est restée sans effet, car tous ceux qui descendent d’Israël ne sont pas Israël, et pour être de la postérité d’Abraham, ils ne sont pas tous ses enfants ; mais il est dit : En Isaac sera nommée pour toi une postérité, c’est-à-dire, que ce ne sont pas les enfants de la chair qui sont enfants de Dieu, mais que ce sont les enfants de la promesse qui sont regardés comme la postérité… » Rom 9:6-8. Ainsi, parmi les nations comme parmi Israël, le Mystère de l’Évangile, quelle que soit la diversité des hommes, se manifeste par la Voix divine qui appelle en suscitant la recherche spirituelle, à laquelle répond la Grâce incommensurable de Dieu.