M370 – LE BRUIT COURUT …

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     « En vérité, en vérité, je te le dis, quand tu étais plus jeune, tu te ceignais toi-même, et tu allais où tu voulais ; mais quand tu seras vieux, tu étendras tes mains, et un autre te ceindra, et te mènera où tu ne voudras pas. Il dit cela pour indiquer par quelle mort Pierre glorifierait Dieu. Et ayant ainsi parlé, il lui dit : Suis-mois. Pierre, s’étant retourné, vit venir après eux le disciple que Jésus aimait, celui qui, pendant le souper, s’était penché sur la poitrine de Jésus, et avait dit : Seigneur, qui est celui qui te livre ? En le voyant, Pierre dit à Jésus : Et celui-ci, Seigneur, que lui arrivera-t-il ? Jésus lui dit : Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne, que t’importe ? Toi, suis-moi. Là-dessus, le bruit courut parmi les frères que ce disciple ne mourrait point. Cependant Jésus n’avait pas dit à Pierre qu’il ne mourrait point, mais : Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne, que t’importe… ? » Jean 21:18-23.

   Qui n’a pas prié pour recevoir dans sa vie de croyant, ou de serviteur de la Parole, une direction précise de la part de Dieu, à laquelle se référer lors de situations difficiles, afin de reprendre courage ? Il est précieux d’avoir reçu un « itinéraire d’En-Haut » indiquant les étapes spirituelles à traverser. Si donc le fait de connaître certaines situations à l’avance est à même de nous aider à les surmonter, il en est d’autres, au contraire, que la Sagesse de Dieu ne nous permet pas de connaître, et cela pour notre bien, parce qu’elles nous seraient un poids que nous ne saurions porter. A cet égard, l’apôtre Pierre écrit : « Je regarde comme un devoir, aussi longtemps que je suis dans cette tente (dans son corps), de vous tenir en éveil par des avertissements, car je sais que je la quitterai subitement, ainsi que notre Seigneur Jésus-Christ me la fait connaître… » II Pier 1:13-14. Pareillement, l’apôtre Paul, s’adressant aux anciens Éphèse, dit : « Et maintenant voici, lié par l’Esprit, je vais à Jérusalem, ne sachant pas ce qui m’y arrivera ; seulement, de ville en ville, l’Esprit-Saint m’avertit que des liens et des tribulations m’attendent… » Act 20:22-23. En effet, lors de son voyage vers Jérusalem, les disciples de Tyr « poussés par l’Esprit dirent à Paul de ne pas monter à Jérusalem… » Act 21:4.  L’Esprit-Saint n’était pas ici en contradiction avec Lui-même, mais révèle le processus spirituel qui consiste à tester la foi de ceux qui marchent dans le chemin de l’obéissance à la Volonté de Dieu, dans lequel ce qui se présente comme étant contraire se révèle finalement complémentaire.

   Nous avons bien souvent notre propre compréhension de la Bénédiction, de la Puissance, de la Paix, de la Joie, de l’Amour et de la Gloire de Dieu. La bénédiction évoque, suivant la signification même de ce mot, la Grâce, les Bienfaits et la Protection de Dieu. L’Écriture nous parle, entre autres, d’une Bénédiction d’une autre dimension, qui est la Gloire de Dieu. En effet, après avoir dit à Pierre : « … Tu étendras tes mains et un autre te ceindra ; et te mènera où tu ne voudras pas… », Jésus, dit l’Écriture, « dit cela pour indiquer par quelle mort Pierre glorifierait Dieu… » Jean 21:19. Nous avons toujours considéré que la Bénédiction de Dieu consiste en la Vie, la Puissance, la Protection, la Plénitude d’En-Haut. Or, dans ce cas précis, la Bénédiction, c’est-à-dire la Gloire de Dieu, est en relation, non avec la vie, mais avec la mort, la mort annoncée de Pierre, en tant que martyr. Il y a lieu de relever que c’est également à l’approche de Son propre jugement et de Sa propre mort que Jésus a dit : « Maintenant, le Fils de l’homme a été glorifié, et Dieu a été glorifié en lui. Si Dieu a été glorifié en lui, Dieu le glorifiera bientôt en lui-même, et il le glorifiera bientôt… » Jean 13:31-32. Ici, la Gloire de Jésus est associée à Sa crucifixion, c’est-à-dire, à  Sa mort en vue de l’expiation pour le pardon de nos péchés. Il s’agit là d’aspects de la Gloire de Dieu qui reposent sur des situations apparemment contraires à la pensée que nous avons pu avoir de la Gloire. Or, s’agissant des tribulations et de la persécution des croyants, l’apôtre Pierre écrit : « Bien-aimés, ne soyez pas surpris, comme d’une chose étrange qui vous arrive, de la fournaise qui est au milieu de vous pour vous éprouver. Réjouissez-vous, au contraire, de la part que vous avez aux souffrances de Christ, afin que vous soyez aussi dans la joie et dans l’allégresse, lorsque sa gloire apparaîtra… » I Pier 4:12-13.

   Jésus, après avoir donc ainsi parlé à Pierre, lui dit : « Suis-moi… ». Et, étonnamment, le premier mouvement de Pierre, dit l’Écriture, fut de « se retourner et, voyant venir après eux le disciple que Jésus aimait… », il dit à Jésus : « Et celui-ci, Seigneur, que lui arrivera-t-il… ? » Jean 21:21. La Parole de Jésus adressé à Pierre fut à ce point lourd à porter que Pierre, par son interrogation au sujet de Jean, cherchait en quelque sorte de l’aide auprès de son compagnon d’œuvre, pour partager avec lui le poids de sa vocation, à la fois, tragique et glorieuse. A sa question, Jésus répondit donc à Pierre : «  Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne, que t’importe ? Toi suis-moi… » Jean 21:22. Concernant l’apôtre Jean, la Parole de Jésus fut totalement l’inverse de celle adressée à Pierre. Autant de croyants et de serviteurs différents, autant d’appels et de services différents de la part de Dieu. Si donc, la direction donnée par Jésus à Pierre apparaissait clairement, celle reçue par Jean fut l’objet d’interprétations diverses. En effet, dit l’Écriture, « le bruit courut parmi les frères que ce disciple ne mourrait point… » Jean 21:23. De nos jours encore, beaucoup d’interprétations diverses sont avancées à cet égard. Or, plus qu’une explication, cette Parole de Jésus est une invitation à entrer dans la Pensée de Jésus qui s’exprima d’une façon intentionnellement cachée. Le sens spirituel de cette Parole est d’ouvrir notre esprit par le Saint-Esprit à la réalité céleste et invisible de la Direction divine ici-bas, ainsi qu’à l’Autorité de Jésus par ce : « Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne, que t’importe… ? » Jean 21:23. Ainsi, en acceptant la diversité des appels propres à chaque croyant, nous nous préservons de toute interprétation personnelle des Paroles de Jésus concernant, non seulement les appels adressés aux autres, mais déjà notre propre appel, ce qui a pour conséquence de faire taire les « bruits qui courent… », qui, par leur nature, n’éclairent ni n’affermissent la vie intérieure du racheté.

   Les « bruits » n’ont cessé ni ne cessent de courir. Lors du jugement de Jésus, certains accusateurs portèrent de faux témoignages contre Lui, disant : « Nous l’avons entendu dire : Je détruirai ce temple fait de main d’homme, et en trois jours j’en bâtirai un autre qui ne sera pas fait de main d’homme… » Marc 14:58. En réalité, Jésus n’avait jamais dit que Lui-même détruirait le temple, mais bien plutôt ceux-là à qui Il avait adressé ces paroles, en disant : « Détruisez ce temple, et en trois jour je le relèverai… ». Car Jésus à ce moment-là parlait, non pas du temple de Jérusalem, mais du « Temple de son Corps… », et du relèvement de celui-ci par Sa résurrection d’entre les morts : Jean 2:19-21. Nous retrouvons une même cause de rumeur quand, après la résurrection de Jésus, les principaux sacrificateurs et les anciens donnèrent une forte somme d’argent aux soldats, en disant : « Dites : Ses disciples sont venus de nuit le dérober, pendant que nous dormions. Et si le gouverneur l’apprend, nous l’apaiserons, et nous vous tirerons de peine. Les soldats prirent l’argent, et suivirent les instructions qui leur furent données. Et ce bruit se répandit parmi les Juifs jusqu’à ce jour… » Matt 28:13-15. Ce « bruit », en effet, s’est répandu jusqu’à nous ; or, seule une authentique conversion à Jésus-Christ témoigne en nous de Sa résurrection par la Vie éternelle reçue de Lui.

   L’Écriture nous présente Pierre et Jean comme ayant vécu des événements particuliers parmi les disciples. Alors que tous étaient assemblés lors du repas de la Pâque, Jésus leur dit : « En vérité, en vérité, je vous le dis, l’un de vous me livrera… ». C’est alors que Pierre fit signe à Jean, qui « était couché sur le sein de Jésus… », afin de lui demander qui était celui dont Il parlait, et Jean « s’étant penché sur la poitrine de Jésus, lui dit : Seigneur, qui est-ce… ? » Jean 13:21, 23-25. Le matin de la résurrection, alors qu’ils couraient tous deux ensemble, Pierre, passant devant Jean arrivé le premier, entra directement dans le sépulcre, dans lequel, à son tour, Jean entra : Jean 20:3-4, 8. Lors de la seconde pêche miraculeuse, après avoir entendu Jésus s’adresser à eux, debout sur le rivage, Jean dit : « C’est le Seigneur ! Et Simon Pierre, dès qu’il eut entendu que c’était le Seigneur… se jeta à la mer »  pour  aller  au  devant  de  Jésus : Jean 21:7. Bien qu’étant deux personnalités très différentes, tous ces moments denses vécus ensemble avaient donc tissés un lien particulier entre eux et dans leur ministère. En disant à Pierre : « Que t’importe, toi suis-moi… » Jésus soulignait la distinction de leur vocation spécifique, ainsi qu’il en est de chacun de nous devant Christ. L’apôtre Paul, s’adressant aux Galates, écrit que Pierre, Jacques et Jean, qui étaient « regardés comme des colonnes dans l’Église… », reconnurent que Celui « qui avait fait de Pierre l’apôtre des circoncis … » avait aussi « fait de Lui, Paul, l’apôtre des païens… » Gal 2:7-9. C’est ici la diversité des appels et des dons reçus par l’unique source du Saint-Esprit, qui en révèle la richesse de la complémentarité, laquelle suffit à éteindre toute interprétation, et donc tout « bruit » concernant les Directions particulières communiquées à chacun de la part de Dieu.