M368 – LA PORTIÈRE …

Format PDF

  « La cohorte, le tribun, et les huissiers des Juifs se saisirent alors de Jésus, et le lièrent. Ils l’emmenèrent d’abord chez Anne ; car il était le beau-père de Caïphe, qui était souverain sacrificateur cette année-là. Et Caïphe était celui qui avait donné ce conseil aux Juifs : Il est avantageux qu’un seul homme meure pour le peuple. Simon Pierre, avec un autre disciple, suivait Jésus. Ce disciple était connu du souverain sacrificateur, et il entra avec Jésus dans la cour du souverain sacrificateur ; mais Pierre resta dehors près de la porte. L’autre disciple, qui était connu du souverain sacrificateur, sortit, parla à la portière, et fit entrer Pierre. Alors la servante, la portière, dit à Pierre : Toi aussi, n’es-tu pas des disciples de cet homme ? Il dit : Je n’en suis point. Les serviteurs et les huissiers, qui étaient là, avaient allumé un brasier, car il faisait froid, et ils se chauffaient. Pierre se tenait avec eux, et se chauffait. Le souverain sacrificateur  interrogea Jésus sur ses disciples et sur sa doctrine… » !  Jean 18:12-19.

  Il est utile de se souvenir que le repas de la Pâque de Jésus avec Ses disciples, la trahison de Judas, l’arrestation sur la montagne des oliviers, l’interrogatoire devant Anne et Caïphe, le souverain sacrificateur, puis devant Pilate, le gouverneur : tous ces événements eurent lieu en une nuit et un matin : Jean 13:30, 18:28. Il est des nuits ultimes, décisives avec leurs conséquences dans les vies. Dans l’esprit des pharisiens, Jésus ne devait en aucun cas être encore en vie parmi la foule le lendemain. Tout fut donc fait avec précipitation de la part des Juifs religieux, dès la cour du souverain sacrificateur en passant par le prétoire jusqu’au mont du Calvaire, où la croix de Jésus allait être dressée. Combien de fois Jésus n’a-t-Il pas parlé de « son heure », et cela jusqu’au moment même où Il lava les pieds de Ses disciples, ainsi que le dit l’Écriture « Jésus, sachant que son heure était venue de passer de ce monde au Père, et ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, mit le comble à son amour pour eux… » Jean 13:1. Jésus l’avait annoncée, les disciples l’entendirent, mais sans en mesurer l’ampleur. Jésus était prêt, mais les disciples ne l’étaient pas.

  Tant que l’homme n’a pas vécu un temps de crise, il ne se connaît pas lui-même. Il ignore quelles peuvent être ses réactions, et peut même s’étonner en découvrant son courage ou sa lâcheté. Étrangement, telle personne se tourmentant pour des difficultés mineures se voit capable de surmonter des situations infiniment plus graves. Dans certaines circonstances, la Parole de Dieu présente le comportement des apôtres d’une manière précise, notamment celui de Pierre. Lorsque Marie de Magdala annonça la nouvelle de la Résurrection de Jésus à Pierre et à Jean, ceux-ci « coururent tous deux ensemble… » au sépulcre. Jean arriva le premier, et, « se baissant, vit les bandes à terre, cependant il n’entra pas… » Jean 20:4-5, mais Pierre, qui le suivait, entra sans s’arrêter directement dans le sépulcre. La réalité de la résurrection suscita chez Jean une attitude de retenue et de recueillement devant le caractère miraculeux de la résurrection, alors que Pierre eut besoin d’entrer et de toucher du regard la réalité surnaturelle. Quelques temps après, au bord du lac de Tibériade, alors que les disciples avaient pêché toute la nuit sans rien prendre, Jésus, debout sur le rivage, leur dit « : Jetez le filet du côté droit de la barque, et vous trouverez. Ils jetèrent donc, et ils ne pouvaient plus le retirer, à cause de la grande quantité de poissons… » Jean 21:6. Les disciples n’avaient pas reconnu Jésus, mais lorsque Jean eut dit : « C’est le Seigneur… », Pierre, l’ayant entendu, se jeta dans la mer pour aller au-devant de Jésus, puis remonta ensuite dans la barque arrivée après lui, pour en retirer les « cent cinquante-trois grands poissons » qui venaient d’être pêchés : Jean 21:11. En vérité, devant la manifestation visible qu’opéra Jésus, l’attitude de Jean fut de se laisser pénétrer de la Puissance spirituelle pour saisir le sens du prodige et du Dessein de Dieu dans lequel il s’inscrivait. Ainsi, de même que Pierre était entré directement à l’intérieur du sépulcre, c’est-à-dire dans l’événement lui-même, de même il se hâta au-devant de Celui qui était l’Auteur de la pêche miraculeuse. Pierre, en quelque sorte, devait extérieurement « toucher » pour être intérieurement « touché ».

  Les conditions dans lesquelles Pierre fut introduit dans la cour du souverain sacrificateur et l’état d’esprit dans lequel il se trouvait alors, éclairent pour une part l’état dans lequel Il allait renier son Maître. Pierre, en effet, ne pouvait être réellement en union d’esprit avec Jésus qui subissait l’interrogatoire des membres du sanhédrin. Une parole particulière dans l’Évangile apporte une lumière sur l’attitude de l’apôtre lors de l’arrestation de Jésus : « Pierre, dit l’Écriture, suivit Jésus de loin jusqu’à la cour du souverain sacrificateur, y entra, et s’assit avec les serviteurs, pour voir comment cela finirait… » Matt 26:58. Le fait de vouloir « voir » le déroulement des événements  semblait, apparemment, l’emporter sur la disposition spirituelle à même de soutenir intérieurement Jésus en face de ses accusateurs. En effet, n’ayant pu suivre Jean, dit l’Écriture, « Pierre resta dehors près de la porte… » ? N’aurait-on pas quelque peu « forcé » la main de Dieu, en faisant entrer Pierre dans des circonstances, auxquelles il n’avait pas été préparé ? Il est des situations particulières connues de Dieu, dans lesquelles Jésus est avec nous et nous aide à les traverser avec Sa Force. À l’inverse, il est des situations, dans lesquelles le fait d’avoir décidé soi-même de s’y trouver, plutôt que de l’avoir reçu de la part de Dieu, font que les conséquences en sont malheureuses ou même blâmables. Mais Jésus  ne  l’avait-il  pas  précisément  annoncé  d’avance  à  Pierre ? Jean 13:38.

  Une semblable situation, dans laquelle Dieu nous a placés ou dans laquelle nous nous sommes mis nous-mêmes, a donc des conséquences totalement différentes. Dans le premier cas la Présence de Dieu nous accompagne ; dans le second cas, tel celui de Pierre, celui-ci fut d’autant moins préparé à y répondre, qu’il ne s’attendait pas à être interrogé par la « portière » du lieu. Qui dans sa vie n’a donc pas rencontré une « portière », devant laquelle il s’est senti décontenancé au point d’avoir eu honte d’exprimer la vérité de ce qu’il était ou de ce qu’il croyait ? Il s’agit de situations imprévues, qui nous ont surpris, au point d’être nous-mêmes étonnés de nos propres réactions. Nous avions pensé être dans le lieu qu’il fallait, pour finalement réaliser que nous y étions sans Lui ! Mais Dieu permet des situations qui nous dépassent, que nous ne maîtrisons pas, pour que nous apprenions à connaître nos limites. Une connaissance biblique selon la lettre, des principes figés ou des opinions personnelles sont autant d’obstacles pour recevoir l’inspiration, qui, seule, nous donne le discernement d’agir selon la Pensée de Dieu et d’affronter ce qui se présente devant nous. Car si nous sommes en état de faire face à des situations connues, nous nous trouverions décontenancés en face de celles inattendues, si nous n’avions pas la Direction de l’Esprit et la Sagesse de Dieu.

  À Jésus, ayant déclaré qu’Il serait abandonné de Ses disciples, Pierre répondit : « Quand tous seraient scandalisés, je ne serai pas scandalisé. Et Jésus lui dit : Je te le dis, en vérité, toi, aujourd’hui, cette nuit même, avant que le coq ne chante deux fois, tu me renieras trois fois. Mais Pierre reprit plus fortement : Quand il me faudrait mourir avec toi, je ne te renierai pas. Et tous dirent la même chose… » Marc 14:29-31. La propre assurance de Pierre fit qu’il ne fut pas en état de discerner les circonstances dans lesquelles les paroles de Jésus allaient exactement s’accomplir à son égard. Cette attitude fut d’autant plus répréhensible que Pierre eut la présomption de se démarquer de ses frères, en précisant que lorsque « tous seraient scandalisés », lui, Pierre « ne le serait pas… ». Il devenait salutaire pour Pierre, comme il en est d’ailleurs pour nous, qu’il vécût une situation qui devait le révéler à lui-même. Aussi, lorsque Pierre dans la cour, après avoir nié trois fois de connaître Jésus, dut soutenir le regard de Son Maître fixé sur lui, regard silencieux mais assourdissant en son âme, le disciple se souvint alors des Paroles de Jésus, au point que, dit l’Écriture, « étant sorti, il pleura amèrement… » Matt 26:75. Mais Pierre, au travers des brèches de son cœur brisé, entrevit les traits de l’Amour infini de Jésus, qui l’éclairèrent jusqu’au plus profond de lui-même, au point de se voir indigne de Dieu, mais non pas de Sa divine Miséricorde.

  En vérité, de nos faiblesses, de nos erreurs, de nos ténèbres même, la Miséricorde de notre Seigneur peut aller jusqu’à en retirer… ce qui attire la Lumière de Sa Grâce dans notre esprit contrit et notre cœur brisé. Aussi, Dieu soit béni pour les diverses « portières », quelle que soit la forme sous laquelle elles se présentent à nous, par lesquelles nous sont révélés et la vérité sur nous-mêmes et l’Amour et la Patience de notre Père céleste, juste et saint.