M367 – UN AUTRE DESCEND AVANT MOI …

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« Or, à Jérusalem, près de la porte des brebis, il y a une piscine qui s’appelle en hébreu Béthesda, et qui a cinq portiques. Sous ces portiques étaient couchés en grand nombre des malades, des aveugles, des boiteux, des paralytiques, qui attendaient le mouvement de l’eau ; car un ange descendait de temps en temps dans la piscine, et agitait l’eau ; et celui qui y descendait le premier après que l’eau avait été agitée était guéri, quelle que fût sa maladie. Là se trouvait un homme malade depuis trente-huit ans. Jésus l’ayant vu couché, et sachant qu’il était déjà malade depuis longtemps, lui dit : Veux-tu être guéri ? Le malade lui répondit : Seigneur, je n’ai personne pour me jeter dans la piscine quand l’eau est agitée, et, pendant que j’y vais, un autre descend avant moi. Lève-toi, lui dit Jésus, prends ton lit, et marche. Aussitôt cet homme fut guéri ; il prit son lit, et marcha… » Jean 5:2-9.

   La puissance, par laquelle Jésus guérit les malades, chassa les démons, multiplia les pains et ressuscita les morts, n’était pas l’œuvre d’un être désincarné agissant du haut de sa grandeur parmi les humains. Jésus traitait, non seulement les maladies, mais les malades, non seulement les souffrances, mais les personnes elles-mêmes dans l’épreuve. L’empathie de Jésus, cette faculté de ressentir ce qu’éprouve l’être humain se révéla par cette question adressée à l’homme au bord de la piscine : « Veux-tu être guéri … ? » Jean 5:5. L’ayant vu couché, et sachant qu’il était malade depuis si longtemps, une telle question de la part de Jésus peut nous paraître étrange, tant cela nous paraît évident qu’un homme en telle situation aspirât à une vie normale. En effet, quel malade depuis trente-huit ans ne voudrait-il pas être guéri, d’autant plus que celui-ci aurait pu perdre l’espérance, et même la force d’espérer. Aussi Jésus manifesta-t-Il Sa Compassion en s’adressant, en priorité, à cet homme préparé par l’épreuve à recevoir le secours d’En Haut.

   Ce n’était probablement pas dès le début de sa maladie que cet homme se tenait au bord de la piscine, mais il est surprenant qu’il n’y eut, jusqu’alors, aucune personne compatissante, aucune main secourable pour le jeter dans l’eau agitée en vue de sa guérison. En toute autre circonstance, même moins dramatique, qui, d’entre nous, n’a-t-il pas déjà vécu semblable expérience avec le sentiment d’injustice que cela a pu susciter ? Il est à relever que Jésus ne commenta pas le triste constat que fit le malade, mais Il le guérit à l’instant. L’Écriture fait état d’une apparente injustice dans la parabole au sujet des ouvriers loués dès la première heure, par rapport à ceux loués jusqu’à la onzième heure, Jésus dit, en effet : « Quand le soir fut venu, le maître de la vigne dit à son intendant : Appelle les ouvriers, et paie-leur le salaire, en allant des derniers au premiers. Ceux de la onzième heure vinrent, et reçurent chacun un denier. Les premiers vinrent ensuite, croyant recevoir davantage ; mais ils reçurent aussi chacun un denier. En le recevant, ils murmurèrent contre le maître de la maison… » Matt 20:8-11. Le maître remit en mémoire aux ouvriers de la première heure, qu’il avait été convenu avec eux d’un denier pour la journée, aussi dit-il au sujet de ces premiers : « Mon ami, je ne te fais pas tort ; n’es-tu pas convenu avec moi d’un denier ? Prends ce qui te revient, et va-t’en. Je veux donner à ce dernier autant qu’à toi. Ne m’est-il pas permis de faire de mon bien, ce que je veux ? Où vois-tu de mauvais œil que je sois bon. Ainsi, les derniers seront les premiers, et les premiers seront les derniers… »  Matt 20:13-16.  De là ce paradoxe : c’est en ayant été juste avec les « derniers » que le maître sembla avoir été injuste aux yeux des « premiers ».

   Dans cette même pensée, les vierges sages portant leurs lampes parurent insensibles à l’égard des vierges folles, qui, avec leurs lampes, n’avaient point pris d’huile avec elle dans des vases. Ayant donc demandé de l’huile aux vierges sages, celles-ci leur répondirent : « Non ; il n’y en aurait pas assez pour nous et pour vous ; allez plutôt chez ceux qui en vendent, et achetez-en pour vous. Pendant qu’elles allaient en acheter, l’époux arriva ; celles qui étaient prêtes entrèrent avec lui dans la salle des noces et la porte fut fermée. Plus tard, les autres vierges vinrent, et dirent : Seigneur, Seigneur, ouvre-nous. Mais il répondit : je vous le dis en vérité, je ne vous connais pas… » Matt 25:9-12. La compréhension selon la pensée humaine du bien et du juste nous voile le sens spirituel du bien et du juste selon la Pensée de Dieu. Ainsi en est-il de l’amour humain et de l’Amour selon Dieu, lequel nous apprend que, éclairés en même temps par Sa Bonté et par Sa Justice, il est certains élans de charité qui demeurent étrangers à la nature même de l’Amour de Dieu.

  Que peut éprouver une personne, qui, chaque fois qu’elle approche de la chose espérée, un autre l’y précède pour la recevoir ou la prendre ? Soit elle renonce à y tendre, soit elle en renouvelle la tentative. S’agissant du malade de Béthesda, chaque occasion donnée d’être guéri contrebalançait le fait de désespérer ; ainsi augmentait sa détermination de se « voir » être debout et marcher. La « vision » précède l’espérance… c’est ici l’essence même de la foi. Car la foi ne s’appuie pas sur elle-même, mais sur Celui de qui elle provient et en qui elle se confie, ainsi qu’il en fut de la foi d’Abraham qui « espérait contre toute espérance… » ? Rom 4:18. Quel peut donc être le vécu d’un homme, dont personne ne perçoit ni ne comprend la souffrance, au point qu’il lui semble presque indécent d’en parler ? Pour certaine personne, le fait de vivre sollicite déjà un effort, combien plus cet homme malade devait-il lutter quotidiennement pour subsister. La seule chose dont il ne pouvait pas douter, c’était de la souffrance qui l’accompagnait, et dont il avait presque accepté l’« anormalité », car il avait déjà dépassé le stade de se comparer à ceux qui jouissaient de leur santé, mais dans quel but ? Or, faut-il un but pour donner un sens à la vie ? Assurément, mais tout dépend de ce que nous entendons par but ? Sans doute allons-nous à la limite de notre réflexion, en tentant d’exprimer…l’inexprimable des situations extrêmes ? Car c’est ici le cri indicible que Dieu seul entend, et dont l’écho demeure silencieux, parce qu’il ne s’entend qu’à l’intérieur de nous, tant l’attente est profonde, à laquelle ne peut répondre que Dieu « qui donne la vie aux morts, et qui appelle les choses qui ne sont point comme si elles étaient… » Rom 4:17.

   Des Juifs, voilés par un esprit légaliste, dirent donc à l’homme qui avait été guéri : « C’est le sabbat ; il ne t’est pas permis d’emporter ton lit… » Jean 5:10. Il est frappant qu’un tel miracle éclatant au milieu d’eux ne suscita en eux aucune émotion, ni même un simple étonnement, mais seulement une réprobation à cause, à leurs yeux, de la transgression du sabbat. Certes, Jésus n’était pas sans savoir que ce jour-là était un jour de sabbat, et que cet ordre allait nécessairement susciter les foudres des Juifs religieux. Car, ce qui scandalisa les pharisiens, ce ne fut pas le fait que cet homme se levât et marchât, mais celui de le voir porter son lit, et cela le jour du repos. En fait, Jésus, dans le but de ne pas scandaliser les pharisiens, aurait tout aussi bien pu ordonner à cet homme de se lever et de marcher, sans lui demander de porter son lit. Or, Jésus le fit, non par provocation, mais, d’une part, afin que la Parole de Dieu fût révélée dans les cœurs préparés à la recevoir, et, d’autre part, afin que, par cette même Parole, l’opposition tapie au fond des cœurs fut manifestée. Pour la première fois dans la vie de cet homme, ce ne fut donc pas les autres, mais lui-même qui obtint la bénédiction, et qui, par la Grâce de Dieu, reçu la guérison dans son corps, en même temps que la « Vie véritable » pour son âme.

   L’homme qui avait été guéri, ayant quitté la piscine de Bethesda, se rendit dans le temple, où Jésus le rencontra, et lui dit : « Voici, tu as été guéri ; ne pèche plus, de peur qu’il ne t’arrive quelque chose de pire… » Jean 5:14. Jésus ne dit point : « Ne pèche pas… », mais : « Ne pèche plus… ». Les paroles de Jésus laissaient entendre que cet homme péchait donc, non seulement avant, mais durant sa maladie, comme si, dans l’état de faiblesse où il était réduit, cet homme pouvait encore avoir la force de pécher ! Si ce n’était pas en actes, l’était-il en pensées, par l’amertume, exprimant des paroles amères sur son sort ? Ceci ne saurait être étonnant, puisque déjà cette attitude se rencontre chez les personnes bien-portantes ! Or, seul Jésus savait la raison qui nécessitait de lui adresser un tel avertissement. Et cette Parole de Jésus eut pour but de le rendre conscient, et de la gravité du péché et de la Grâce reçue pour le pardon de ses péchés. Et cela, en lui révélant la perdition, vers laquelle le péché l’aurait entraîné et qui eût été infiniment plus grave que ne l’avaient été la langueur et la longueur de sa maladie. Aussi, l’important pour nous est-il, non pas de chercher en quoi consistait le péché de cet homme, mais de savoir que la Puissance même contenue dans l’exhortation de Jésus le rendit capable de ne plus pécher, en lui en donnant la Force d’En Haut. N’est-ce point ici le travail intérieur de l’Esprit-Saint suscitant dans le cœur la conviction de péché et la repentance, à partir desquelles s’opère la « nouvelle naissance », par l’Esprit de Dieu, dont la Vie divine nous rend participants de la Nature et de la Stature parfaite de Christ ?