M366 – MON ÂME EST TRISTE …

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   « Là-dessus, Jésus alla avec eux dans un lieu appelé Gethsémané, et il dit aux disciples : Asseyez-vous ici, pendant que je m’éloignerai pour prier. Il prit avec lui Pierre et les deux fils de Zébédée, et il commença à éprouver de la tristesse et des angoisses. Il leur dit alors : Mon âme est triste jusqu’à la mort ; restez ici, et veillez avec moi. Puis, ayant fait quelques pas en avant, il se jeta sur sa face, et pria ainsi : Mon Père, s’il est possible, que cette coupe s’éloigne de moi ! Toutefois, non pas ce que je veux, mais ce que  tu  veux… » Matt 26:36-39.

   L’Incarnation de Dieu en Son Fils fut révélée par le Fils Lui-même « venu en chair… » I Jean 4:2. Les prophètes, écrit l’apôtre Pierre, « sondèrent l’époque et les circonstances marquées par l’Esprit de Christ qui était en eux, et qui attestait d’avance les souffrances de Christ et la gloire dont elles seraient suivies. Il leur fut révélé que ce n’était pas pour eux-mêmes, mais pour vous, qu’ils étaient les dispensateurs de ces choses… » I Pier 1:11-12. Toute recherche concernant le Seigneur Jésus, « Fils de Dieu » et « Fils de l’homme », est à nos cœurs inépuisable dans sa profondeur. Paradoxalement, la Divinité de Jésus-Christ se révèle par Sa crucifixion dans la chair et par Sa résurrection par l’Esprit. La faiblesse de notre langage humain, ne pouvant exprimer l’inexprimable, laisse entendre que la double Nature interpénétrée du Fils de Dieu et du Fils de l’homme constitue la Personne bénie de Jésus, en sorte que notre Seigneur éprouva et ressentit toutes choses de manière aussi profonde qu’est sainte Son Humanité.

   Dans le jardin de Gethsémané, accompagné de Ses disciples qui « n’ont pu veiller une heure avec Lui… » Matt 26:40, Jésus entra dans la souffrance de la solitude, en « se dépouillant lui-même, dit l’Écriture, en prenant une forme de serviteur, et en devenant semblable aux hommes… » Phil 2:7. Contrairement aux rachetés que nous sommes, appelés à « nous dépouiller du vieil homme et de ses œuvres, et ayant revêtu l’homme nouveau… » Col 3:9-10, Jésus se dépouilla de ses prérogatives de Fils de Dieu pour être « l’« Homme de douleur », la « Victime expiatoire » pour nos péchés. En présence de Ses disciples, et Il ne le cacha point, Jésus donc « commença   à   éprouver   de  la  tristesse  et  des  angoisses… » Matt 26:37. Ainsi Jésus, tout en parlant de paix, de joie, de confiance dans le Tout-Puissant éprouvait déjà l’éloignement de Dieu, Son Père. Or, l’absence d’empathie naturelle et spirituelle des disciples fit qu’ils ne ressentirent pas le drame intérieur que vivait Jésus, et le fait même de leur demander de « rester et de veiller avec lui… » ne les rendit pas davantage conscients du combat spirituel que Jésus allait mener seul.

   En se dépouillant Lui-même à l’approche de la crucifixion, Jésus souffrit dans Son Esprit et dans Sa chair ; une chair accoutumée à la souffrance tout en étant incorruptible. Jésus n’est pas Homme des extrêmes, Il ne fut ni « mystique » ni « légaliste ». Alors que « le premier homme Adam, devenu une âme vivante… » succomba, Jésus  «  le   dernier   Adam   étant  un   Esprit  vivifiant… »  triompha : I Cor 15:45-46. En effet, Adam chuta par la convoitise dans le Jardin d’Eden, tandis que Jésus, dans l’épreuve au désert, triompha de la tentation. Ce fut par la jouissance que le premier homme se perdit, ce fut par la souffrance que le Fils de l’homme vainquit pour nous sauver. Jésus ne craignit pas de ne pas apparaître « crédible » aux yeux de Ses disciples en leur exprimant « sa tristesse et ses angoisses… », Lui qui, lors du dernier repas de la Pâque, avait déclaré aux apôtres avant d’être enlevé du milieu d’eux : « J’ai désiré vivement de manger cette Pâque avec vous, avant de souffrir ; car, je vous le dis, je ne la mangerai plus, jusqu’à ce qu’elle soit accomplie dans le Royaume de Dieu… » Luc 22:15-16. Quel autre que Jésus pût concilier en même temps ce vif désir d’être avec Ses disciples et l’attente de la mort ? La profondeur que révèlent ces ultimes instants échappe à notre entendement. Car Jésus souffrit en Lui-même pour ceux qu’Il aimait, et sans leur en faire ressentir le poids en vue du Dessein éternel qu’Il allait accomplir.

   L’Écriture dit que Dieu « fit l’homme à son image et selon sa ressemblance… » Gen 1:26. Étant donc fait à l’image de Dieu, Dieu nous attribua les facultés de l’esprit, de l’âme et du corps, dont Il est la Source, ainsi que le déclara l’apôtre Paul aux Athéniens : « En lui nous avons la vie, le mouvement et l’être. C’est ce qu’on dit aussi quelques-uns de vos poètes : Nous sommes de sa race… » Act 17:28. Dieu est à l’origine des créatures que nous sommes. Le vouloir, la conscience, la sagesse sont auprès du Créateur, qui en manifesta les facultés et les sentiments de manière parfaite en Son Fils. Ainsi, la Première Alliance nous révèle que Dieu s’irrite ou s’émeut, se met en colère ou a compassion, punit ou pardonne, parle d’exterminer tout en ne cessant d’aimer jusqu’à éprouver même le poids de la méchanceté et de l’injustice des hommes, comme le déclara l’Éternel Lui-même au sujet d’Israël par le prophète Ésaïe : « … Tu n’as pas à prix d’argent acheté pour moi des aromates, et tu ne m’as pas rassasié de la graisse de tes sacrifices ; mais tu m’as tourmenté par tes péchés, tu m’as fatigué par tes iniquités. C’est moi, moi qui efface tes transgressions pour l’amour de moi, et je ne me souviendrai plus de tes péchés… » Ésaïe 43:24-25. A la lumière de ces paroles, le poids des péchés du peuple d’Israël était «  ressenti » chez Dieu, bien qu’étant « Esprit » : Jean 4:24, ce qui fut pleinement manifesté en la Personne de Jésus-Christ jusque dans Sa mort sur la croix.

   Le fait de souffrir dans le Service pour Christ n’exclut pas celui de se réjouir en Lui. S’adressant aux Colossiens, l’apôtre Paul écrit : « Je me réjouis maintenant dans mes souffrances pour vous ; et ce qui manque aux souffrances de Christ, je l’achève en ma chair, pour son corps, qui est l’Église… » Col 1:24. L’apôtre considère ses souffrances pour les croyants comme étant une cause, non pas de désespoir, mais de joie. D’où l’on voit que les sentiments contraires, incompatibles dans le domaine naturel, ne le sont pas dans le domaine spirituel. Car l’Esprit-Saint, qui nous ouvre à la joie d’En-Haut, nous a aussi ouvert à la souffrance, qui consiste à porter le poids spirituel de la prière pour nos frères et sœurs en Christ. Souffrance regardée, non pas comme opposée à la joie, mais comme étant un élément même qui la constitue, ce que l’Auteur du Psaume exprima, en disant : « Pourquoi t’abats-tu, mon âme et gémis-tu au-dedans de moi ? Espère en Dieu, car je le louerai encore. Il est mon salut et mon Dieu… » Ps 42:6. Le Psalmiste parle à Dieu en s’adressant à son âme, et par son âme ; comme si nous-mêmes, nous nous tenions en face de la personne… que nous sommes ! Il se révèle qu’en parlant à notre âme ou par notre âme à Dieu, nous discernons par l’Esprit la profondeur en nous de l’intimité de notre communion avec Dieu ou, au contraire, la distance qui nous sépare encore de Lui.

   « Mon âme est triste jusqu’à la mort… ». Une telle parole, prononcée par quelqu’un d’autre que Jésus, exprimerait un total découragement, pour ne pas dire un désespoir. Dans les temps qui précédèrent la crucifixion, Jésus avait déjà laissé entendre ce qu’Il éprouverait lors de cette heure, s’adressant aux disciples, Il leur dit, en effet : « Maintenant mon âme est troublée. Et que dirai-je ? … Père, délivre-moi de cette heure ? … Mais c’est pour cela que je suis venu jusqu’à cette heure. Père, glorifie ton nom ! Et une voix vint du ciel : Je l’ai glorifié, et je le glorifierai encore… ! » Jean 12:27-28. Il ne fut pas de douleur plus grande que celle que connut Jésus à ce moment-là dans Sa relation avec Son Père, dont Il allait souffrir l’abandon. Jésus, arrivé à cette extrémité, déclara : « Et que dirai-je… » ? Lui, la « Parole faite chair… »,  n’avait plus de parole… Alors Jésus s’écria : « Père, délivre-moi de cette heure… », puis, en quelque sorte, se reprenant, Il déclara : « Mais c’est pour cela que je suis venu jusqu’à cette heure. Père, glorifie ton nom… ! ». Ici éclata la victoire de la soumission de Jésus à la Volonté du Père aux conséquences éternelles pour nous. Au-delà de la Nature divine et de la Nature humaine de Jésus qui nous racheta, ce fut la réalisation de l’unité incarnée de Celui qui, à la fois, est Fils de l’homme et Fils de Dieu, Roi des rois et Serviteur souffrant, Souverain Sacrificateur et Sacrifice expiatoire.

   Ainsi, après avoir crié : « Père, délivre-moi… ! », le Cri de Jésus : « Père glorifie ton Nom… » retentit lorsqu’Il porta Ses regards sur la Face de Dieu qui L’illumina de la « Vision » de la Croix. Ce fut alors dans ces moments sombres que  « Dieu  fut  glorifié  en  Jésus… » Jean 13:31, ce Jésus qui, plus tard, sera glorifié en Dieu. A l’exemple de l’Obéissance parfaite de Jésus, la Pensée de l’Esprit nous révèle que Dieu est toujours plus grand que les choses que nous lui demandons, et auxquelles Il répond, mais de la manière, sous la forme, et au temps qu’Il a Lui-même fixé.