M364 – ESPÉRANT CONTRE TOUTE ESPÉRANCE …

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  « Je t’ai établi père d’un grand nombre de nations. Il est notre père devant celui auquel il a cru, Dieu, qui donne la vie aux morts, et qui appelle les choses qui ne sont point comme si elles étaient. Espérant contre toute espérance, il crut, en sorte qu’il devint père d’un grand nombre de nations, selon ce qui lui avait été dit : Telle sera ta postérité. Et, sans faiblir dans la foi, il ne considéra point que son corps était déjà usé, puisque il avait près de cent ans, et que Sara n’était plus en état d’avoir des enfants. Il ne douta point, par incrédulité, au sujet de la promesse de Dieu ; mais il fut fortifié par la foi, donnant gloire à Dieu, et ayant la pleine conviction que ce qu’il promet, il peut aussi l’accomplir. C’est pourquoi cela lui fut imputé à justice… » Rom 4:17-22.

   Ayant quitté Ur en Chaldée, puis séjourné à Charan où son père mourut, Abram avec Sara, sa femme, et Lot, son neveu, arrivèrent dans le pays de Canaan que l’Éternel avait promis de lui donner en possession : Gen 12:4-5. Le patriarche, âgé de quatre-vingt-dix-ans, à qui Dieu changea le nom d’Abram en Abraham, c’est-à-dire, « père de multitude », connut de grandes épreuves, jusqu’à celle ultime, lorsque Dieu l’appela à sacrifier Isaac, alors son unique fils et seul héritier de la Promesse. Or Dieu, voyant l’obéissance d’Abraham, pourvut au sacrifice par un bélier « retenu dans un buisson… », et qui fut immolé à la place d’Isaac : Gen 22:13. Tout grand Dessein de la part de Dieu réclame une obéissance tout aussi grande, car toute Promesse divine rend celui qui l’a reçue responsable du processus de son accomplissement dans sa vie, et en celle d’autrui. Dieu dirige Ses serviteurs en les exhortant à discerner Son plan pour leur vie spirituelle. Et ce n’est pas parce que Dieu appelle un croyant à une œuvre particulière que celui-ci ne rencontrera pas d’épreuves et d’oppositions dans son service pour Dieu. C’est d’ailleurs en vue de cela que le prophète nous appelle à « préparer le chemin du Seigneur… » Matt 3:3, et cela, non seulement une fois pour toutes, mais de façon continue à cause des obstacles rencontrés sur le chemin, comme de ceux qu’il pourrait encore y avoir en nous.

   Le but auquel tend l’espérance de l’homme est souvent incertain, contrairement à l’espérance qui découle de la foi en la Promesse de Dieu, ainsi que le dit l’Écriture : « Or la foi est une ferme assurance des choses qu’on espère, une démonstration de celles qu’on ne voit pas… » Héb 11:1. L’espérance découle donc de cette ferme assurance qui constitue la foi. Or, avant même que la Promesse de Dieu ne soit manifestée en Son temps, le racheté, par cette assurance même, « voit » et « vit » déjà à l’intérieur de lui-même l’accomplissement de la Promesse. Ainsi, avant de l’être visiblement, la Promesse est déjà à l’œuvre dans l’invisible, le temps nécessaire durant lequel se forme la maturité spirituelle du racheté qui en discernera la réalisation, ainsi que le dit l’Écriture : « C’est par la foi qu’Abraham, lors de sa vocation, obéit et partit pour un lieu qu’il devait recevoir en héritage, et qu’il partit sans savoir où il allait. C’est par la foi qu’il vint s’établir dans la terre promise comme dans une terre étrangère, habitant sous des tentes, ainsi qu’Isaac et Jacob, les cohéritiers de la même promesse. Car ils attendaient la cité qui a de solides fondements, celle dont Dieu est l’architecte et le constructeur… » Héb 11:8-10. Le fait que cette terre pourtant « promise » pût être encore « étrangère » à celui qui en reçut la promesse peut sembler étrange, mais n’est-il pas précisément écrit que « l’espérance que l’on voit n’est plus espérance : ce que l’on voit, peut-on l’espérer encore… ? » Rom 8:24. Ce n’est que lorsque les choses de Dieu semblent nous échapper, que l’assurance de la foi nous les rend présentes au-dedans de nous.

   Cette Parole, riche de sens, ne saurait être mieux rendue que par celle de l’apôtre Paul qui exprima l’attitude d’Abraham comme « … espérant contre toute espérance… » Rom 4:18. En effet, entre le temps où l’Éternel révéla la Promesse d’une terre à Abraham jusqu’au jour où naquit Isaac, le premier-né de Sara, près de vingt-cinq années s’écoulèrent. Or, la foi d’Abraham fut mise à l’épreuve dès son entrée dans le pays de Canaan : une famine éclata dans le pays, et Abraham dut descendre en Égypte pour avoir de quoi se nourrir. A peine arrivé, Pharaon prit Sara pour femme, laquelle était très belle et à qui Abraham avait dit de dire qu’elle était sa sœur, pour « ne pas être tué à cause d’elle… » Gen 12:12-13. Il n’y eut aucun fruit de cette union illicite, Sara ne pouvant pas avoir d’enfant. La Promesse de Dieu fut, en quelque sorte, sauvegardée par la « stérilité » même de Sara : Gen 11:30, dans l’attente de la naissance d’Isaac qui devait naître des reins d’Abraham. De retour en Canaan, et ayant habité dix ans dans le pays, Sara, dans son impatience, donna Agar, sa servante, à Abraham pour femme, afin d’avoir par elle une postérité, et celle-ci enfanta Ismaël : Gen 16:2-3. Ici encore la Promesse fut maintenue intacte par le renvoi, sur l’ordre de Sara, d’Agar  et  d’Ismaël,  qui  devint  lui  aussi  «  une  grande  nation… » Gen 21:17-18. L’épreuve ultime arriva donc le jour où l’Éternel ordonna à Abraham d’offrir en sacrifice Isaac, son propre fils, en lui précisant  bien : « …Ton  fils,  ton  unique,  celui  que  tu  aimes… » Gen 22:2. Mais, au moment où Abraham allait abaisser sa main pour égorger son fils, l’ange de l’Éternel l’arrêta, disant : « … Je sais maintenant que tu crains Dieu, et que tu ne m’as pas refusé ton fils, ton unique… » Gen 22:12. A première vue, n’y eut-il pas de la part de Dieu même un ordre plus contradictoire à Sa Volonté, et dont l’accomplissement eût anéanti la Promesse ? Abraham, mis à l’épreuve, obéit à cet ordre d’En-Haut qui lui apparaissait aller à l’encontre du Dessein de Dieu, par une obéissance qui semblait contredire même son espérance. Ceci nous éclaire en quoi consista pour Abraham le fait d’« espérer contre toute espérance ».

   Ainsi, « espérer contre toute espérance » signifie espérer quand il n’y a plus rien à espérer. Une telle force d’espérer découle donc d’une foi particulière, en l’occurrence la foi d’Abraham, laquelle nous est d’autant plus précieuse qu’Abraham nous est présenté comme étant, ainsi que l’écrit l’apôtre Paul, « … notre père devant Celui auquel il a cru, Dieu qui donne la vie aux morts, et qui appelle les choses qui ne sont point comme si elles étaient… » Rom 4:7. Une telle foi insufflée par l’Esprit de Dieu, « qui donne la vie à ce qui est mort et un nom à ce qui n’existe pas… » ne peut être que vivifiée par la vision du but céleste et éternel dans le cœur de celui qui a reçu la Promesse, ainsi que l’écrit l’auteur de l’épître aux Hébreux, au sujet d’Abraham qui, ainsi qu’Isaac et Jacob « … attendait la cité qui a de solides fondements, celle dont Dieu est l’architecte et le constructeur… » Héb 11:10. Cette attente de la cité céleste indique que toute Promesse donnée dans le temps présent est en attente au-dedans de nous jusqu’au temps fixé. Ainsi la foi, en même temps, reçoit et donne la force de persévérer jusqu’à l’accomplissement visible ou invisible de la Parole. Cette espérance découlant de l’assurance de la foi annonçait également la foi de Moïse, appelé par Dieu plus de quatre siècles plus tard, et dont il est dit qu’au temps de la sortie des Hébreux du pays d’Égypte, le prophète « avait les yeux fixés sur la rémunération… », et « se montra ferme, comme voyant celui qui est invisible… » Héb 11:26-27.

   C’est donc la « vision céleste » de la foi par l’Esprit qui, suscitant et utilisant les circonstances terrestres, nous place dans la disposition spirituelle dans laquelle s’accomplit le Plan divin. La  « logique » de Dieu échappe à notre intelligence limitée, mais la Sagesse de Dieu nous enseigne que notre incompréhension même, une fois reconnue, laisse en nous un espace que l’Esprit habite et dans lequel il œuvre à nous rendre spirituellement réceptifs à la Pensée et aux Voies de Dieu.

   Les Écritures nous donnent l’exemple de la vie des patriarches, des prophètes et des fidèles de tous les temps. Cependant, ces exemples ne sauraient être appliqués dans nos vies d’une façon systématique, car Dieu œuvre en chacun de Ses enfants de manière différente, en fonction de l’appel reçu et de la personnalité de chacun. Cependant, si les formes diffèrent, le fond demeure le même, et, comme pour les exaucements de prière, les Promesses de Dieu ne s’accomplissent pas « automatiquement ». Car les Promesses seraient alors reçues sans la Vie divine de Celui qui les a faites, tandis que la Révélation de la foi en Jésus-Christ procède de l’Esprit même qui découle de la Vie de Dieu reçue en nous. Ainsi, la vision des choses à venir, qui habitait Abraham, suscita en lui cette espérance céleste au-delà de toute autre espérance. Espérance vivante qui habita les générations issues de ses reins jusqu’à celle de Moïse, lors de la sortie d’Israël du pays d’Égypte vers Canaan, le pays de la Promesse. Heureux sommes-nous de ce que nous voyons déjà dans l’invisible l’exaucement des prières et l’accomplissement des Promesses, mais de la manière que Dieu nous appelle à les voir, dévoilées, par Son Esprit.