M361 – TOUJOURS PRIER …

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      « Jésus leur adressa une parabole, pour montrer qu’il faut toujours prier, et ne point se relâcher. Il dit : Il y avait dans une ville un juge qui ne craignait point Dieu et qui n’avait d’égard pour personne. Il y avait aussi dans cette ville une veuve qui venait lui dire : Fais-moi justice de ma partie adverse. Pendant longtemps il refusa. Mais ensuite il dit en lui-même : Quoique je ne craigne point Dieu et que je n’aie d’égard pour personne, néanmoins, parce que cette veuve m’importune, je lui ferai justice, afin qu’elle ne vienne pas sans cesse me rompre la tête. Le Seigneur ajouta : Entendez ce que dit le juge inique. Et Dieu ne fera-t-il pas justice à ses élus, qui crient à lui jour et nuit, et tardera-t-il à leur égard ? Je vous le dis, il leur fera promptement justice. Mais, quand le fils de l’homme viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre… » Luc 18:1-8.

   Parmi toutes les vérités fondamentales de l’Écriture se trouve en particulier la prière ; et le contenu de la prière est aussi varié que le sont les besoins et les aspirations de celui qui prie. Quelle que soit la profondeur de sa vie spirituelle, tout croyant est conscient de la nécessité de prier, en étant intérieurement réceptif à l’Esprit de Dieu. Car la prière, que ce soit dans l’intercession comme dans le combat spirituel, n’agit pas selon des principes figés, mais se laisse inspirer, afin d’être à l’écoute de la voix de Dieu suivant les diverses situations présentes ou rencontrées. L’exhortation de Jésus : « Demandez, et l’on vous donnera ; cherchez, et vous trouverez ; frappez, et l’on vous ouvrira… » Matt 7:7, n’est que l’un des nombreux aspects de la prière, qui, non seulement s’exerce en vue de nos besoins, mais également œuvre au-dedans de nous. Car, en même temps que s’élèvent nos prières à Dieu, nous sommes nous-mêmes intérieurement élevés « à la mesure de la stature parfaite de Christ… » Eph 4:13.

    Il n’est pas de vérité agissante plus intime et plus profonde en nous que celle de la prière. Dans la parabole citée, le juge qui, de son propre aveu, « n’avait aucune crainte de Dieu, ni d’égard pour personne… », rendit justice à cette femme veuve, mais il le fit sans compassion, uniquement pour se débarrasser d’elle. A l’inverse, Dieu, dit l’Écriture, qui « peut faire, par la puissance qui agit en nous, infiniment au-delà de tout ce que nous demandons ou pensons… » Eph 3:20, accueille nos prières ; car de tout ce qui lui est adressé, les prières de Ses enfants sont ce qui Le touchent le plus. En effet, la prière faite selon Sa Volonté, Dieu l’entend déjà, silencieuse, dans notre cœur, puis la reçoit de nos lèvres, et l’exauce des cieux dans notre vie. L’exaucement de la prière se manifeste par des répercussions dans l’invisible contre les puissances adverses, de la terre au ciel et du ciel sur la terre, dans la vie du racheté.

   Il est frappant de constater que l’exhortation de Jésus à prier nous place en face de Dieu et de nous-mêmes. En effet, un cœur purifié ne saurait trouver des raisons ou des circonstances valables justifiant le découragement. Certes, la parabole du juge inique se rapporte au temps précédant l’Avènement de Jésus, mais, comme celui-ci est caché à chaque génération, c’est donc en chaque temps et à chaque moment de notre vie que nous avons à nous tenir prêts dans la persévérance en vue de ce Jour. A l’exemple de cette veuve qui, parce qu’elle ne se relâcha point obtint justice, il est des sujets de prières que nous apportons depuis peu, d’autres depuis des années, d’autres encore durant toute notre existence dans l’attente de l’exaucement. Et ce n’est pas parce que Dieu n’a pas encore répondu, qu’il n’a pas entendu nos prières. Car la certitude dans la foi d’être entendus de Dieu, même sans réponse de sa part, se révèle être le moteur intérieur de la confiance et de notre constance dans la prière. Il est, certes, des situations qui dépassent notre compréhension et nos forces, et sur lesquelles nous n’avons aucune prise ici-bas. Les limites de notre nature humaine, en effet, ne nous laissent voir que la face de toutes choses, tandis que la prière dans l’Esprit est inspirée des « choses d’en haut », elle ne s’arrête pas à la surface des choses, mais pénètre à l’intérieur d’elles, car « voir » spirituellement, c’est être dans les choses que l’on voit.

   Outre le fait de « demander », il est d’innombrables manières de prier, c’est-à-dire, non seulement dire, mais « vivre » la prière, qui est cet état de veille intérieur constant. Car veiller : c’est ne pas se laisser distraire ou déstabiliser par quoi que ce soit ; c’est garder son calme dans des situations inattendues ou inquiétantes ; c’est enfin rester serein en toute situation pénible ou douloureuse ; en cela se révèle une vie façonnée par la prière. A l’exemple de Jésus-Christ, notre Seigneur, et à celui des témoins qui nous ont précédés, il est indispensable, de réserver un temps dans lequel se livrer à la prière. Or, il est une étrange pensée selon laquelle lire la Parole tout en priant, ou prier tout en lisant, permettrait de faire, en quelque sorte, d’une pierre deux coups, c’est-à-dire, de faire un gain de temps avec le même fruit spirituel ! Certes, il y a lieu de lire la Parole dans un esprit de prière, mais ceci n’est pas véritablement « prier », de même que prier en lisant n’est pas véritablement « méditer » la Parole ; l’un et l’autre se pratiquent successivement, tout en étant indissociables. L’Ecclésiaste n’écrit-il pas : « Il y a un temps pour tout, un temps pour toute chose sous les cieux… », « un temps pour naître, et un temps pour mourir… », « un temps pour abattre, et un temps pour bâtir… », « un temps pour chercher, et un temps pour perdre… », « un temps pour se taire, et un temps pour parler… » ? Ecc 3:1-3, 6-7. Ainsi, en comparaison pour ce qui est du temps réservé à la méditation de la Parole et du temps réservé à la prière, la nature elle-même ne nous enseigne-t-elle pas qu’il nous est physiquement impossible et de manger et de boire en même temps ?

    Jésus, qui connaît le cœur de l’homme, nous révèle combien est grande la faiblesse de ceux qui croyaient en Lui. Dans le jardin de Gethsémané, Jésus n’avait-il point ordonné à Ses trois disciples, au moment ultime : « Veillez et priez, afin que vous ne tombiez dans la tentation ; l’esprit est bien disposé,  mais la  chair  est  faible… » ? Matt 26:41. Or, Jésus dut les réveiller jusqu’à trois fois pendant que Lui-même était dans l’agonie de la prière. Ce combat de Jésus, aboutissant irrémédiablement à la croix, nous enseigne une réalité profonde, en ce que la prière n’a pas nécessairement pour dessein de changer ou d’interrompre le déroulement des événements en vue des Accomplissements du Plan de Dieu. Ce qui, en effet, est le meilleur pour notre vie spirituelle n’est pas nécessairement compris ou ressenti par nous dans le temps présent. Notre Seigneur seul sait le pourquoi et le sens de nos épreuves, qu’Il traverse avec nous, et nous avec Lui. En vérité, notre vie de prière, avant même de se traduire par des résultats visibles, produit d’abord une croissance intérieure et une profondeur en nous, et en ceux-là mêmes pour lesquels nous intercédons. Un tel travail intérieur nous rend réceptifs à la Pensée de l’Esprit qui distingue entre nos priorités et la Priorité de Dieu pour nous.

   « Quand le Fils de l’homme viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre… ? » Luc 18:8. Cette interrogation de Jésus concerne toutes les générations de croyants qui se succédèrent depuis lors. Aux disciples qui lui demandèrent : « Augmente-nous la foi. Et le Seigneur dit : Si vous aviez de la foi comme un grain de sénevé, vous diriez à ce sycomore : Déracine-toi et plante-toi dans la mer, et il vous obéirait… » Luc 17:5-6. Cette demande, quant à nous, ne saurait être une sommation de notre part enjoignant Dieu de nous exaucer, mais bien plutôt l’expression de notre aspiration aux Interventions de Dieu dans nos vies. Dieu ne s’adresse pas à tous de la même façon, Il ne demande pas à tous la même chose, comme Il ne répond pas à tous de la même manière. Chacun est appelé à connaître ce qui lui est réservé de la part de Dieu selon l’appel et la place qu’il occupe dans son temps et parmi ceux de sa génération. En vérité, le fait même de ne pas savoir toutes choses à l’avance suscite en nous la fructueuse recherche qui consiste aussi bien à chercher à comprendre afin de grandir qu’à chercher à grandir afin de comprendre. Ceci nous révèle qu’il est des vérités qui nous font spirituellement progresser en s’éclairant au-dedans de nous tant les unes après les autres que les unes par les autres. C’est ici le mouvement intérieur de l’Esprit qui nous pousse à sonder les Profondeurs de Dieu, qui constituent, dit l’Écriture, ce « bon dépôt qui, par l’Esprit, habite en nous… » II Tim 1:14. Parmi les révélations de ce dépôt spirituel, la certitude d’être entendus d’En Haut n’est-elle pas déjà, avant même tout exaucement à nos prières, la plus précieuse réponse de Dieu ? D’où la maturité spirituelle qui discerne dans les épreuves de la vie, non pas des obstacles, mais les étapes spirituelles vers la perfection sur la voie de la vie éternelle.