M356 – COMME LES PETITS ENFANTS …

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  « En ce moment, les disciples s’approchèrent de Jésus, et dirent : Qui donc est le plus grand dans le royaume des cieux ? Jésus, ayant appelé un petit enfant, le plaça au milieu d’eux, et dit : Je vous le dis en vérité, si vous ne vous convertissez et si vous ne devenez comme les petits enfants, vous n’entrerez pas dans le royaume des cieux. C’est pourquoi, quiconque se rendra humble comme ce petit enfant sera le plus grand dans le royaume des cieux… ! » Matt 18:1-4.

  Qui n’a jamais senti monter en son esprit la même question que les disciples ? Mais, par discrétion, cette question ne fut peut-être jamais connue d’autrui, cependant bien pensée au fond de soi. De plus, cette question peut être exprimée en d’autres termes, tant il y de manières de se croire grand, sans même l’exprimer. En cette même circonstance, Jésus, après être arrivés avec ses disciples à Capernaüm, leur demanda : « De quoi discutiez-vous en chemin ? Mais ils gardèrent le silence, car en chemin ils avaient discuté entre eux pour savoir qui était le plus grand. Alors il s’assit, appela les douze, et leur dit : Si quelqu’un veut être le premier, il sera le dernier de tous, et le serviteur de tous… » Marc 9:33-35. Le silence des disciples était révélateur de la honte qu’ils éprouvaient d’avoir céder à la vanité de l’ambition, d’autant plus que, peu auparavant, Jésus leur avait parlé de ses souffrances, de sa mort et de sa résurrection à venir : Marc 9:31. Le contraste entre le sujet, dont Jésus les entretint Le concernant, et celui de la discussion qu’ils eurent entre eux ne les rendit que plus confus. Les disciples avaient encore, à ce moment-là, une compréhension toute terrestre du Royaume des cieux qui leur voilait les choses spirituelles, et, parfois, nuisait à leur relation fraternelle. Le croyant se garde de révéler de telles considérations à ceux qu’il côtoie ; le cœur humain est à ce point complexe, qu’il peut se sentir plus grand, ou plus saint, ou plus pur sans même s’avouer à lui-même son sentiment de supériorité. Mais Dieu, qui voit au-dedans de nous, voit ce qui inspire le regard que nous portons sur les autres par rapport à nous-mêmes.

  Lorsque Jésus parla des petits enfants concernant le Royaume des cieux, il est important de savoir ce en quoi l’enfant peut être un exemple aux yeux du Seigneur. Le petit enfant, en effet, n’a encore aucune expérience, même la notion de l’espace et du temps n’est pas précise en lui. Il n’a pas conscience du danger, et quand il se penche sur le vide, ce n’est pas par bravoure, mais par inconscience. Il en est de même au sujet du bien et du mal, dont il ne peut avoir le discernement. Cependant, le sage dit : « L’enfant laisse déjà voir par ses actions si sa conduite sera pure et droite… ? » Prov 20:11. Ce n’est donc pas parce que le petit enfant est innocent, mais parce qu’il est, malgré tous ses défauts, sans malignité qu’il est une image de l’humilité. Ainsi, en disant : « Quiconque se rendra humble comme ce petit enfant sera le plus grand dans le royaume des cieux… », Jésus, précédemment, avait précisé, « … Si vous ne vous convertissez et si vous ne devenez comme les petits enfants, vous n’entrerez pas dans le royaume des cieux… ». Jésus parla d’abord de la nécessité de se convertir, et ensuite de devenir comme des petits enfants pour entrer dans le royaume des cieux. Ces paroles nous éclairent et corrigent une fausse compréhension qui est celle de penser que le petit enfant, de par son ingénuité, est naturellement apte à entrer dans le Royaume des cieux, sans être l’objet d’une Œuvre intérieure par l’Esprit de Dieu. Or, le petit enfant a besoin de connaître la Grâce de Dieu, et Dieu la lui révèle d’une manière différente qu’Il le fait pour l’adulte, et qui reste mystérieuse pour nous. Demeurer donc dans l’enfance n’opère pas la conversion, mais la conversion engendre des qualités spirituelles, dont certaines chez l’enfant en sont l’image, dans lesquelles, spirituellement, l’adulte est appelé à croître.

  Il est à relever que Jésus n’a pas dit de « redevenir » des enfants, mais de devenir « comme » des petits enfants, et l’Écriture nous enseigne dans quels domaines nous sommes appelés à l’être, et en quels autres elle nous exhorte à ne pas l’être ! L’auteur de l’épître aux hébreux écrit : « Vous, en effet, qui depuis longtemps devriez être des maîtres, vous avez encore besoin qu’on vous enseigne les premiers rudiments des oracles de Dieu, vous en êtes venus à avoir besoin de lait et non d’une nourriture solide. Or, quiconque en est au lait n’a pas l’expérience de la parole de Justice ; car il est un enfant. Mais la nourriture solide est pour les hommes faits, pour ceux dont le jugement est exercé par l’usage à discerner ce qui est bien et ce qui est mal… » Héb 5:12-14. Dans cette même pensée, l’apôtre Paul, écrivant aux Ephésiens, les exhorte à ne plus être « des enfants, flottants et emportés à tout vent de doctrine, par la tromperie des hommes, par leur ruse dans les moyens de séduction… » Eph 4:14. Et c’est en ayant lui-même expérimenté cette transformation intérieure que l’apôtre écrit aux Corinthiens : « Lorsque j’étais enfant, je parlais comme un enfant, je pensais comme un enfant, je raisonnais comme un enfant ; lorsque je suis devenu homme, j’ai fait disparaître ce qui était de l’enfant… » I Cor 13:11. Ainsi, le discernement, la profondeur, l’expérience n’est évidemment pas le propre de l’enfant, mais celui de l’« homme fait », que l’« enfant » spirituellement devient, mais en « faisant disparaître » ce qui était de l’enfant en lui. Ceci nous apprend à ne pas nous méprendre sur nous-mêmes en prenant nos propres désirs pour des aspirations spirituelles ou nos décisions pour une Direction venant d’En Haut. Car le croyant qui est encore « enfant » dans la foi se comporte comme étant lui-même l’objet de ses prières, jusqu’au jour où, en tant qu’« homme fait », il réalise que seul le Seigneur est le Sujet et de ses prières et de ses louanges.

  Il est des expressions courantes, telles que « croire comme un enfant », ou « avoir la foi d’un enfant », or celles-ci ne se trouvent pas dans l’Écriture. En effet, Jésus n’a jamais enseigné à avoir la foi comme un enfant. Ces expressions proviennent de sentiments naturels, qui, d’ailleurs, sont à l’origine de bien des traditions populaires et religieuses, de même qu’elles suscitent la superstition, ou sont inspirées par elle. Cependant, certains traits de l’enfant sont présentés comme étant l’image de vérités et de qualités spirituelles, ainsi que l’exprime Jésus: « Je te loue, Père, Seigneur du ciel et de la terre, de ce que tu as caché ces choses aux sages et aux intelligents, et de ce que tu les as révélées aux enfants. Oui, Père, je te loue de ce que tu l’as voulu ainsi… » Matt 11:25-26. Jésus ne loue pas l’immaturité de l’enfant comme étant une vertu, car elle recèle l’absence de la maturité de la réflexion aussi bien que celle du discernement, mais Jésus loue l’authenticité et cette ouverture de cœur de l’enfant, en qui la pensée même d’être trompé est tout simplement inconnue de lui.

  L’apôtre Paul s’adressant aux Corinthiens, écrit : « Pour moi, frères, ce n’est pas comme à des hommes spirituels que j’ai pu vous parler, mais comme à des hommes charnels, comme à des enfants en Christ. Je vous ai donné du lait, non de la nourriture solide, car vous ne pouvez pas la supporter ; et vous ne le pouvez pas même à présent, parce que vous êtes encore charnels… » I Cor 3:1-2. A l’inverse, s’adressant aux croyants dispersés, l’apôtre Pierre, présentant spirituellement l’enfant sous son aspect positif, écrit : « Rejetant donc toute malice et toute ruse, la dissimulation, l’envie, et toute médisance, désirez, comme des enfants nouveau-nés le lait spirituel et pur, afin que par lui vous croissiez pour le salut, si vous avez goûté que le Seigneur est bon… » I Pier 2:1-2. Dans cet autre contexte spirituel, l’apôtre Pierre nous exhorte à désirer et à goûter la Parole de Dieu, à l’exemple de l’enfant nouveau-né, pour qui la seule chose essentielle est le lait maternel, ainsi qu’il devrait en être du lait spirituel de la Parole pour le racheté. Et ceci, non en vue de rester « enfant », mais, afin de croître dans la Parole, dont la soif spirituelle habite tout croyant spirituel, tel le Psalmiste, qui s’écrie : « La révélation de tes paroles éclaire, elles donnent de l’intelligence aux simples. J’ouvre ma bouche et je soupire, car je suis avide de tes commandements… » Psa 119:130-131.

   Aux disciples, reprenant ceux qui amenaient des petits enfants à Jésus, pour qu’Il les touchât, Celui-ci, indigné, dit : « Laissez venir à moi les petits enfants, et ne les en empêchez pas ; car le royaume de Dieu est pour ceux qui leur ressemblent. Je vous le dis en vérité, quiconque ne recevra pas le royaume de Dieu comme un petit enfant n’y entrera point… » Marc 10:14-15. Ces Paroles, disant que « quiconque ne recevra pas le Royaume de Dieu… n’y entrera pas », non seulement montrent la Compassion de Jésus envers les petits enfants, mais encore révèlent que ce n’est pas en entrant dans le Royaume de Dieu que nous le recevons, mais que c’est parce que nous l’avons  « reçu » dans la foi que nous y « entrons » ! En vérité, spirituellement, nous n’entrons que dans ce qui a déjà été reçu en nous. Ainsi, ce n’est pas en étant « entrés en nous-mêmes » que nous avons reçu le Royaume de Dieu à l’intérieur de nous, mais en étant entrés en Christ, qui, par Son Esprit, habite et règne en nous.