M352 – COMME DES ARBRES …

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     « Ils se rendirent à Bethsaïda ; et on amena vers Jésus un aveugle, qu’on le pria de toucher. Il prit l’aveugle par la main, et le conduisit hors du village ; puis il lui mit de la salive sur les yeux, lui imposa les mains, et lui demanda s’il voyait quelque chose. Il regarda, et dit : J’aperçois les hommes, mais j’en vois comme des arbres, et qui marchent. Jésus lui mit de nouveau les mains sur les yeux ; et, quand l’aveugle regarda fixement, il fut guéri, et vit tout distinctement. Alors Jésus le renvoya dans la maison, en disant : N’entre pas au village… » Marc 8:22-26.

  D’entre les miracles de guérison et de délivrance que fit Jésus, quelques-uns nous ont été rapportés dans le détail de la part de ceux qui les ont vécus ou en ont été les témoins oculaires. Il est frappant de relever la diversité des manières d’agir de Jésus envers les malades et les démoniaques, qu’Il rencontrait ou qui lui étaient présentés. Jésus imposait les mains aux malades, mais jamais Il ne les imposait aux personnes possédées, car Il chassait les démons uniquement « par Sa Parole… » Matt 8:16. Quant aux personnes atteintes de maladie, Jésus, prenant à part un sourd-muet « lui mit les doigts dans les oreilles, et lui toucha la langue avec sa propre salive… » Marc 7:33. Ailleurs, Jésus « cracha à terre, et fit de la boue avec sa salive, puis il appliqua cette boue sur les yeux de l’aveugle, et lui dit : Va, et lave-toi au réservoir de Siloé… » Jean 9:6-7. Jésus touchait les malades, et Il était aussi touché par eux, comme par cette femme qui « atteinte d’une perte de sang depuis douze ans, s’approcha par derrière et toucha le bord de son vêtement… » Matt 9:20. Ainsi, Jésus traitait, non seulement la maladie, mais le malade lui-même, et, de la même manière, Jésus opérait spirituellement par Sa Parole dans les cœurs, ainsi qu’il en est aujourd’hui. C’est la même Parole qui éclaire, le même Esprit-Saint qui convainc, la même Puissance divine qui opère dans les vies, mais parce que chaque personne est unique, l’Œuvre de Dieu est reçue et vécue intérieurement par chacun de nous d’une manière unique.

  Dans le cas particulier de l’aveugle de Bethsaïda, le lieu où il se trouvait n’était pas approprié à la manifestation de sa guérison. Dès le moment où il fut amené à Jésus, l’aveugle, tout en demeurant encore dans sa nuit, fut conduit hors du village par la Main même de Celui qui est « Lumière », et qui allait la lui donner. Jésus jugea ces conditions nécessaires, car la manière dont Il allait le guérir nécessitait une manifestation qui lui était propre, parce qu’en plus de la vue physique, l’aveugle lui-même avait besoin d’une vision intérieure lui révélant personnellement Celui qui le guérissait. Il y a un seul Salut, une seule foi, un seul Esprit, mais transmis et agissant de manières autant différentes qu’il y a d’âmes différentes recevant le Grâce et la Vie d’En Haut. De là, l’impossibilité, l’erreur même de vouloir penser appliquer à autrui sa propre expérience, son propre vécu, ou son ressenti qui ne concerne que soi-même. Ainsi en est-il lorsque l’on exhorte selon sa propre expérience, sans discerner les besoins spirituels spécifiques de chaque être, ce qui, en même temps, rabaisse la Parole à de vains préceptes sans force spirituelle pour pénétrer et vivifier les cœurs. 

  En face de l’homme aveugle, Jésus manifesta le contact le plus personnel qu’Il fût possible, en lui « mettant de la salive sur les yeux », puis en lui « imposant les mains ». Le fait de  demander à l’aveugle « s’il voyait quelque chose… », rappelle cette question  que Jésus adressa au père d’un enfant agité par un esprit muet, et à qui Il demanda : « Combien  y  a-t-il  de  temps  que  cela  lui  arrive… ? » Marc 9:23. Ce n’était donc évidemment pas, afin d’être davantage éclairé Lui-même, ni en vue d’ajuster Sa façon d’agir, que Jésus posa cette question, mais simplement pour fortifier la foi de cet aveugle. Ceci révèle que Jésus n’agissait jamais d’une façon impersonnelle. La question que posa Jésus montrait qu’Il manifestait Sa Compassion, et le fait même d’y répondre suscita en l’aveugle une ouverture d’esprit et de foi en Jésus, qui eut pour effet d’élargir son cœur en le rendant réceptif, non seulement à la bénédiction physique, mais à une bénédiction intérieure consistant en l’aspiration spirituelle que Jésus, par l’ouverture du cœur de cet homme, fit naître en lui.

  La guérison de l’aveugle ayant été graduelle, d’aucuns ont pensé que la première imposition des Mains de Jésus n’avait obtenu qu’une demi-guérison, d’autres que la salive appliquée sur les yeux de l’aveugle aurait en quelque sorte voilé sa vue… ! Or, le fait de répondre à Jésus qu’il voyait « des hommes comme des arbres et qui marchaient » indique que ce que l’aveugle aperçut lui évoqua plus des arbres que des hommes. Or, cet homme, par sa cécité, n’avait pas vu davantage d’arbres qu’il n’avait vu d’hommes. Ce qu’il n’avait donc jamais vu, cet aveugle en avait formé sa propre image, était-ce à leur verticalité et à leur mouvement qu’il fit ce rapprochement entre les arbres et les hommes, qu’il avait aperçu indistinctement ? Ainsi, l’homme ramène toujours ce qu’il ne comprend pas spirituellement à ce qu’il connaît naturellement. En fait, apercevoir ici-bas des hommes comme des arbres revient à voir de manière altérée les réalités et les vérités spirituelles, ce qui est une des causes des diverses opinions et interprétations de la Parole, tel que le sens humain les inspire plutôt que l’Esprit-Saint, qui seul en donne la Révélation spirituelle.

  Il est une affirmation consistant à dire que ce qui a été donné de la part de Dieu est complet, et qu’il n’est rien d’autre à rechercher, si ce n’est à conserver ce qui a été reçu, en référence à l’exhortation de l’apôtre Paul adressée à Timothée, disant : « Retiens dans la foi et dans la charité qui est en Jésus-Christ le modèle des saines paroles que tu as reçues de moi. Garde le bon dépôt, par le Saint-Esprit qui habite en nous… » II Tim 1:12-13. Nous avons, en effet, reçu la plénitude du Salut lors de notre conversion avec tout ce que cela implique. Cependant, tout est à découvrir dans le cours de notre vie spirituelle, car de ce « bon dépôt » spirituel, nous tirons sans cesse des choses anciennes et nouvelles, Jésus déclara : « J’ai encore beaucoup de chose à vous dire, mais vous ne pouvez les porter maintenant. Quand le Consolateur sera venu, l’Esprit de vérité, il vous conduira dans toute la vérité ; car il ne parlera pas de lui-même, mais il dira tout ce qu’il aura entendu, et il vous annoncera les choses à venir… » Jean 16:12-13. Il ressort de ces paroles que la Vérité est parfaite, mais que, déjà, est parfaite une seule vérité d’entre celles qui constituent la Vérité. Ce qui est complet étant par nature parfait, parfaite est donc chaque partie qui constitue cette complétude. Car ce qui est spirituellement complet renferme intérieurement le processus même de la croissance dans l’Esprit, qui aboutit à la plénitude, c’est-à-dire, à la perfection.

   En répondant à Jésus qu’il voyait des hommes comme des arbres, cet aveugle exprimait aussi deux choses de sens inverses. Le fait d’apercevoir des hommes, même indistinctement, était une juste constatation, mais les confondre avec des arbres ne l’était pas, car l’aveugle avait davantage perçu le mouvement de la marche que la nature de ceux-là mêmes qui marchaient. Dans la vie du racheté dont les yeux spirituels ont été ouverts, l’action de l’Esprit lui donne de distinguer les manifestations de la Vérité divine, parce qu’il les voit, non de l’extérieur, mais de l’intérieur. Le croyant ne peut donc recevoir une juste compréhension que par la révélation spirituelle de ce qu’il reçoit. Ainsi, attribuer aux arbres ce qui est du domaine de l’homme, revient à se suffire d’une compréhension et des effets extérieurs de la Parole sans en discerner la Nature divine. Spirituellement, demeurer dans cet état renferme le danger de recevoir le sens de la Parole d’une provenance qui n’est plus celle de Dieu, mais celle de la chair ou de l’adversaire. De là, l’importance de l’Esprit-Saint demeurant en nous, qui éclaire ce que la Main de Dieu nous tend.    

  Jésus prit soin de dire à l’aveugle : « N’entre pas au village… ». Suite aux guérisons opérées, Jésus, dans la mesure du possible, faisait en sorte de ne pas susciter  la jalousie des hommes religieux, pour ne pas précipiter les événements qui auraient perturbé les temps du Dessein de Dieu en ce qui Le concernait, et, dans certains cas, pour préserver la foi de ceux qui, depuis peu,  venaient d’être bénis. Ceci afin de nous apprendre à nous garder de toute influence extérieure, humaine comme religieuse, capable d’altérer ce que nous avons reçu de la part de Dieu. Et la disposition spirituelle qui nous en préserve, est que soit permanente la vision renouvelée et renouvelante de l’appel que Dieu a déposé en nous.