M349 – LAZARE …

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     « Jésus, frémissant de nouveau en lui-même, se rendit au sépulcre. C’était une grotte, et une pierre était placée devant. Jésus dit : Ôtez la pierre. Marthe, la sœur du mort, lui dit : Seigneur, il sent déjà, car il y a déjà quatre jours qu’il est là. Jésus lui dit : Ne t’ai-je pas dit que, si tu crois, tu verras la gloire de Dieu ? Ils ôtèrent donc la pierre. Et Jésus, leva les yeux en haut, et dit : Père, je te rends grâces de ce que tu m’as exaucé. Pour moi, je savais que tu  m’exauces toujours ; mais j’ai parlé à cause de la foule qui m’entoure, afin qu’ils croient que c’est toi qui m’as envoyé. Ayant dit cela, il cria d’une voix forte : Lazare, sors ! Et le mort sortit, les pieds et les mains liés de bandes, et le visage enveloppé d’un linge. Jésus leur dit : Déliez-le, et laissez-le aller… » Jean 11:35-44.

  Ayant vu l’état de Lazare s’aggraver, Marthe et Marie avaient envoyé dire à Jésus : « Seigneur, voici, celui que tu aimes est malade… » Jean 11:3. Or, Jésus, ayant dû s’échapper d’entre les mains des Juifs qui, par deux fois, tentèrent de le lapider, demeurait « au-delà du Jourdain, dans le lieu où Jean-Baptiste avait d’abord baptisé… » Jean 10:40. En décidant donc de se rendre auprès de Lazare, Ses disciples lui dirent : « Rabbi, les Juifs tout récemment cherchaient à te lapider, et tu retournes en Judée… ! » Jean 11:8. Mais Jésus ne se laissa pas dissuader par les paroles l’invitant à la prudence, ni par la menace de mort suspendue au-dessus de sa tête ; sur quoi Thomas, appelé Didyme, dit alors aux autres disciples : « Allons aussi, afin de mourir avec lui… » Jean 11:16. Cette parole, révélant plus une attitude fataliste qu’un acte de foi, manifesta cependant l’attachement de Thomas à Jésus, au point de se résoudre à partager le même sort que son Maître. Il est juste de rappeler que Thomas fut le seul à ne pas être présent lors de la première visite de Jésus, ressuscité, au milieu des disciples réunis, et dont les doutes furent dissipés lors de la seconde visite de Jésus : Jean 20:24-29. D’où l’on voit que la Personne et les Paroles de Jésus révèlent les pensées et les sentiments les plus divers d’un cœur, inconnus de tous, parfois inconnus de lui-même, mais connus de Dieu.

  L’Écriture rapporte que « lorsque Marthe apprit que Jésus arrivait, elle alla au-devant de lui, tandis que Marie se tenait assise à la maison… » Jean 11:20. En une autre circonstance, nous retrouvons cette attitude de Marie, à Béthanie « assise aux pieds du Seigneur ; écoutant Sa Parole… », tandis que « Marthe était occupée à divers soins domestiques… » Luc 10:40. Un jugement trop hâtif ne pourrait voir en Marthe qu’une femme tournée exclusivement vers les choses pratiques, ou matérielles, et Marie essentiellement adonnée à celles spirituelles, ou intérieures. Or, ce fut cette Marie qui, en un autre temps, concrétisa son amour envers le Seigneur, en « rompant un vase d’albâtre qui renfermait un parfum de nard pur de grand prix, qu’elle répandit sur la tête de Jésus… » Matt 26:3. Ainsi, nous découvrons un aspect intérieur insoupçonné chez Marthe, qui entendant Jésus lui dire : « Je Suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi vivra, quand même il serait mort ; et quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais. Crois-tu cela… ? », ce à quoi elle répondit : « Oui, Seigneur, je crois que tu es le Christ, le Fils de Dieu, qui devait venir dans le monde… » Jean 11:25-26. Qui aurait soupçonné la profondeur de cette confession de foi de la part de Marthe, sans cet entretien avec Jésus, qui lui  donna l’occasion de l’exprimer ! D’où l’on voit que ceux qui sont témoins d’une Parole éclairante ou d’une Action miraculeuse de Jésus se révèlent intérieurement. Ainsi, Marthe et Marie révélèrent, par leur compréhension, la nature spirituelle de leur relation avec Jésus, qui allait manifester la Puissance de résurrection envers Lazare ; alors que quelques juifs d’entre eux, dit l’Écriture, mais avec des sentiments contraires, « allèrent trouver les pharisiens, et leur dirent ce que Jésus avait fait… » Jean 11:46.

  Tout de Jésus et en Lui est Compassion, Puissance, Sagesse et Vie jusque dans Ses miracles, par lesquels Il manifestait la Gloire de Dieu. Or, Jésus, voyant Marie pleurer la mort de Lazare, son frère, Lui aussi « frémit en son esprit, et fut tout ému. Et il dit : Où l’avez-vous mis… » ? Jean 11:32-33. Jésus ne demanda pas de quoi Lazare était mort, ce qui eût été normalement la première question de tout homme, mais en quel lieu se trouvait son corps. En effet, quatre jours auparavant, Jésus, apprenant la nouvelle de la mort de Lazare, Son « ami », Jean 11:11, avait dit à Ses disciples : « Cette maladie n’est point à la mort ; mais elle est pour la gloire de Dieu, afin que le Fils de Dieu soit glorifié par elle… » Jean 11:4. Puis, à la fin de Son discours, Jésus leur dit ouvertement : « Lazare est mort. Et, à cause de vous, afin que vous croyiez, je me réjouis de ce que je n’étais pas là. Mais allons vers lui… » Jean 11:14-15. Jésus fut, en effet, le seul à se réjouir de n’avoir pas été présent à ce moment-là, car Il savait qu’Il avait reçu de Dieu la mission de rappeler Lazare à la vie. Cependant, le fait d’avoir reçu cette Direction divine n’empêcha pas Jésus d’être ému, de compatir, de « frémir même en Son Esprit ». De même, le fait de « s’être réjoui » ne l’empêcha pas non plus de « pleurer » avec ceux qui pleuraient, au point que les Juifs disaient : « Voyez comme il l’aimait… » Jean 11:35-36. Dans Son empathie avec les Siens, Jésus vécu leur peine, éprouva leur affliction. Ce n’est pas parce que Jésus avait reçu de Dieu la certitude  que Lazare allait ressusciter, qu’Il méconnut la douleur de la perte de l’être cher, manifestant, par Sa Divine émotion de « Fils de l’homme » l’Incarnation en Lui de Celui qui est « le Père des miséricordes et le Dieu de toute consolation… » II Cor 1:3.

  Il est des événements de la vie à ce point évidents qu’ils ne peuvent que susciter le même sentiment, la même pensée de la part de personnes les plus différentes entre elles. En effet, étant donc allée la première au lieu où se trouvait Jésus, Marthe lui dit : « Seigneur, si tu eusses été ici, mon frère ne serait pas mort. Mais, ajouta-t-elle, maintenant même, je sais que tout ce que tu demanderas à Dieu, Dieu te l’accordera… » Jean 11:21-22. Puis, Marie, arrivée à son tour auprès de Jésus, lui dit, sans le savoir, les mêmes paroles que Marthe, sa sœur : « Seigneur, si tu eusses été ici, mon frère ne serait pas mort… » Jean 11:32. Enfin, par d’autres paroles, les Juifs venus auprès des deux sœurs dirent entre eux : « Lui qui a ouvert les yeux de l’aveugle, ne pouvait-il pas faire aussi que cet homme ne mourût point… ? » Jean 11:37. Que ce soit de la part de Marthe et de Marie, comme de la part des Juifs venus les réconforter, ce « doux reproche » fut le point commun dans leur douleur. Bien souvent, devant les choses tragiques de cette vie, les cœurs « s’interrogent » au sujet de Dieu, et non pas au sujet du diable, dont Jésus a dit ouvertement qu’il est, lui, « menteur » et « meurtrier dès le commencement… » Jean 8:44. Mais ceci n’est pas étrange, car l’esprit de rébellion, par lequel l’homme pécha dès le commencement, est à ce point dans la nature humaine que l’homme spontanément s’en prend d’abord à Dieu ! Même le croyant le plus fidèle, tout en connaissant le vrai auteur du mal, doit veiller à ses paroles, et, avant tout, à ses pensées. Car déjà toute interrogation au sujet de la foi  par rapport à Dieu peut, consciemment ou inconsciemment, rendre Dieu responsable de ce dont Il n’est pas la cause. Ainsi, dans les situations douloureuses qui nous dépassent, les Souffrances de Christ sont la seule réponse à nos souffrances, car la Mort et la Résurrection de Jésus qui en sont l’aboutissement, plus qu’une explication « théologique », nous assurent de la Force divine de la part de Celui qui nous aide à faire face à l’indicible des événements de la vie.

  Jésus, frémissant de nouveau, dit l’Écriture, se rendit donc au sépulcre et, devant la grotte, dit à ceux qui étaient présents : « Ôtez la pierre… ». A ce moment précis « Marthe lui dit : Seigneur, il sent déjà, car il y a quatre jours qu’il est là… » Jean 11:39. Il n’est pas de paroles plus étonnantes que celles-ci dans l’Évangile évoquant ainsi l’odeur d’un corps, dont la mort est avancée. Cette remarque de Marthe à Jésus peut, en effet, paraître même choquante ; or, au contraire, un tel détail physique juste avant un tel Acte miraculeux, non seulement révèle la Puissance de Dieu, mais encore est l’une des preuves de la vérité historique du miracle de la résurrection de Lazare. Jésus cria alors  d’une voix forte : « Lazare, sors… ». Puis Il dit à  ceux  qui  étaient  présents  :  « Déliez-le,  et  laissez-le  aller… » Jean 11:43-44. Ici éclate la Puissance de Dieu dans l’équilibre ; car, en disant à ceux qui étaient proches : « Ôtez la pierre… », puis, une fois Lazare ressuscité, hors du sépulcre : « Déliez-le… », Le Seigneur nous apprend qu’en faisant Lui-même ce que nous ne pouvons pas faire, Il ne fera pas ce dont Il nous sait capables de faire. C’est ici la Sagesse d’En-Haut, par laquelle nous discernons, dans ce qui est impossible, la part du possible que Jésus nous appelle à faire, ce qui a, pour effet, de nous faire prendre intérieurement conscience de l’Action puissante de Dieu, et ainsi d’en être pénétrés.