M348 – VOUS SAVEZ EN QUEL TEMPS …

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     « L’amour ne fait point de mal au prochain : l’amour est donc l’accomplissement de la loi. Cela importe d’autant plus que vous savez en quel temps nous sommes : c’est l’heure de vous réveiller enfin du sommeil, car maintenant le salut est plus près de nous que lorsque nous avons cru. La nuit est avancée, le jour approche. Dépouillons-nous donc des œuvres des ténèbres, et revêtons les armes de la lumière. Marchons honnêtement, comme en plein jour, loin des excès et de l’ivrognerie, de la luxure et de l’impudicité, des querelles et des jalousies. Mais revêtez-vous du Seigneur Jésus- Christ, et n’ayez pas soin de la chair pour en satisfaire les convoitises… » Rom 13:11-14.

  Qu’est-ce que le passé, le présent et le futur, si ce n’est l’existence même que les hommes ont fractionnée en périodes appelées temps. Temps marquant le cours de l’histoire de la création et des créatures, et, tout autant, marqués par elles. La notion du temps chez l’homme consiste en des périodes plus ou moins longues, ponctuées par les événements qui se succèdent jusqu’à nous et au-delà. Sans la succession des événements, le temps ne saurait être saisi par l’homme. Même la solitude n’empêche pas un certain rythme qui nous donne conscience du temps, car un être humain vivant une absence totale de repères sensibles, pendant une période indéterminée, serait à même de sombrer dans la folie. Combien sommes-nous donc appelés à être spirituellement dans l’état de discerner les Temps de Dieu où Lui-même agit, et dans lesquels s’opèrent les accomplissements successifs de Ses Desseins concernant la vie de chacun de Ses rachetés.

    Il est frappant d’apprendre de la bouche de Jésus, que « pour ce qui est du jour ou de l’heure, dit-Il, personne ne le sait, ni les anges dans le ciel, ni le Fils, mais le Père seul… » Marc 12:32. S’agissant de ce qui concerne Sa seconde Venue, les Paroles de Jésus ici n’expriment pas une absence de connaissance de sa part, mais, au contraire, confirment l’incarnation de Dieu dans Son humanité, en laissant se manifester les limitations humaines, que le Fils a acceptées, dit l’Écriture, en « s’étant dépouillé lui-même, en prenant une forme de serviteur, en devenant semblable aux hommes… » Phil 2:7-8, et par lequel « Dieu a condamné le péché dans la chair, en envoyant, à cause du péché, son propre Fils dans une chair semblable à celle du péché… » Rom 8:3. Il n’est pas dit  dans une « chair de péché », ou « de pécheur », mais « dans une chair semblable à celle du péché », celle dont Jésus déclare au sujet du « prince de ce monde » : « Il n’a rien en moi… » Jean 14:30, c’est-à-dire, une chair pure, sainte, exempte du péché, dans laquelle Jésus vécut ici-bas avec toute les limitations spécifiques à la nature humaine. En se dépouillant, temporairement, Jésus revêtit notre humanité pour être le Sacrifice unique, parfait, suffisant et seul agréé de Dieu sur le bois du Calvaire. Car Dieu, qui est éternel, ne pouvait traiter les choses temporelles qu’en en portant leur nature temporelle, ce qu’Il fit en la Personne de Son Fils. Ainsi, l’Esprit-Saint nous aide à discerner les temps, dans lesquels s’accomplissent les choses célestes dans le cours terrestre de notre vie spirituelle.

  Dans Ses discours, Jésus employait un langage de manière à être compris de ceux qui L’écoutaient, non seulement en ce qui concerne les mots eux-mêmes, mais le sens spirituel inspiré de l’Esprit-Saint. Parlant des événements du temps de la fin, quelques jours avant son arrestation, Jésus dit à Ses disciples : « Le ciel et la terre passeront, mais mes paroles ne passeront point. Pour ce qui est du jour ou de l’heure, personne ne le sait, ni les anges dans le ciel, ni le Fils, mais le Père seul. Prenez garde, veillez et priez ; car vous ne savez quand ce temps viendra… » Marc 13:31-33. En regard de cette Parole de Jésus, l’exhortation de l’apôtre Paul peut apparaître comme étant contradictoire, lorsqu’il écrit : « Cela importe d’autant plus que vous savez en quel temps nous sommes… ». Comment est-il possible que, en même temps, nous soyons appelés à « savoir » ce qu’il ne nous a pas été donné de connaître ? Il est ici un Principe divin, qui vaut pour tous les temps du Dessein de Dieu : il est une chose de « connaître » ce qui est annoncé, il en est une autre d’en « discerner » les prémices et leur implication spirituelle dans nos vies. Car « connaître » la Vérité de Dieu, c’est « naître avec » elle, c’est la vivre de l’intérieur, c’est-à-dire : être entré, non seulement dans la Vérité, mais dans la Pensée de l’Esprit qui l’a inspirée et la vivifie. Aussi  connaissons-nous le temps d’un accomplissement à venir, dès le moment déjà où nous avons pris spirituellement conscience de nous y préparer.

  Dès le commencement, les croyants étaient appelés à discerner les signes des temps, suivant les paroles que Jésus adressa à Ses disciples : « Sachez le bien, si le maître de la maison savait à quelle veille de la nuit le voleur doit venir, il veillerait et ne laisserait pas percer sa maison. C’est pourquoi, vous aussi, tenez-vous prêts, car le Fils de l’homme viendra à l’heure où vous n’y penserez pas… » Matt 24:43-44. Plus tard, l’apôtre Paul parlant des « temps et des moments » écrivit aux Thessaloniciens : « Quand les hommes diront : Paix et sûreté ! alors une ruine soudaine les surprendra, comme les douleurs de l’enfantement surprennent la femme enceinte, et ils n’échapperont point. Mais vous, frères, vous n’êtes pas dans les ténèbres,  pour  que  ce  jour  vous  surprenne  comme  un  voleur… » I Thess 5:3-4. Il s’agit dans ces cas précis des événements concernant les temps de la fin ; cependant, le croyant est exhorté à rechercher la signification spirituelle de son propre temps. Il ressort de ceci, que ce qui, spirituellement, est appelé « temps » est la période s’étendant d’une Manifestation de Dieu à l’autre, marquant le cours de l’histoire de l’Église comme le cours de l’existence du croyant. Et le fait même de « veiller » produit en nous la disposition spirituelle apte à discerner le Dessein de Dieu dans le temps présent. Car l’Esprit-Saint qui demeure en nous, et qui nous tient prêts à rencontrer le Seigneur à notre mort, est le même Esprit qui nous tiendra prêts, si, de notre vivant, nous devions recevoir Jésus, lors de Son Avènement.

   L’Éternel, déplorant les « perpétuels égarements » du peuple de Jérusalem, par la bouche du prophète Jérémie, dit : « Même la cigogne connaît dans les cieux sa saison ; la tourterelle, l’hirondelle et la grue observent le temps de leur arrivée ; mais mon peuple ne connaît pas la loi de l’Éternel… » Jér 8:7. La Sagesse de Dieu, allant jusqu’à donner comme exemple le comportement des oiseaux  aux habitants de Jérusalem, pourtant doués de raison, nous donne de mesurer combien l’homme est sujet à la faiblesse de la chair comme à la rébellion par l’influence de Satan. Or, en tout temps, le croyant est appelé à recevoir la saine compréhension de la Parole émanant de l’Esprit de Dieu, ainsi que le dit l’Écclésiaste : « Le cœur du sage connaît le temps et le jugement… » Ecc 8:5. L’âme ayant soif des choses d’En-Haut recherche par l’Esprit de révélation une dimension nouvelle ou renouvelée de la part de Dieu. Or, il serait erroné de penser que la Volonté de Dieu une fois connue, il n’y aurait qu’à laisser les choses d’En Haut reçues suivre leur cours ici-bas. L’approfondissement de la connaissance de Dieu est autre chose que seulement la répétition des Actions de Dieu ou de ce que l’on en sait. Car, même en étant connue dans le temps présent, la Volonté divine ne saurait être entièrement comprise à cause de notre limitation naturelle. Ainsi, la Vérité de Dieu, comme Sa Volonté, est, en même temps, parfaite et partielle, ceci, afin de susciter en nous l’aspiration à la rechercher sans cesse, ce qui est la seule manière de tenir notre cœur ouvert pour être éclairé par elle et en recevoir la vie.

  Chaque temps recèle les prémices du temps qui lui succédera. Prophétisant au peuple d’Israël impénitent, le prophète Amos déclare : « Voilà pourquoi, en des temps comme ceux-ci, le sage se tait ; car ces temps sont mauvais… » Amos 5:13. Il peut sembler étrange que le sage se taise en de telles circonstances, alors que l’on s’attendrait plutôt à ce qu’il proclame la gravité de la situation. Mais ici, se taire ne signifie pas ne plus annoncer la Parole, mais le faire que lorsque l’Esprit de Dieu nous y conduit, sinon, autant que les paroles profanes, les paroles non inspirées ne sont que de vains discours. Dans ces circonstances particulières, le sage donc se tait, parce qu’il parle, mais intérieurement, c’est-à-dire qu’il prie, il crie même ; et son intercession n’en prend que plus de puissance, car le silence selon Dieu recèle une puissance qui agit dans l’invisible sur les événements, souvent à l’insu de ceux-là même qui en bénéficient. La compréhension spirituelle de notre temps consiste donc à éprouver l’état des lieux tel que l’Esprit de Dieu nous en fait sentir le poids. Nous prenons connaissance de la Pensée divine de la situation par la douleur de l’enfantement spirituel qu’elle suscite en nous, et dont Dieu se réserve d’en manifester le fruit spirituel en Son temps. En ceci la prière est d’autant plus puissante qu’elle s’élève du « lieu secret » vers le « Père qui est dans les cieux », et dont la particularité de l’intercesseur est, non pas de regarder aux choses visibles, mais de croire aux répercussions spirituelles de l’intercession dans la vie intérieure des hommes.