M341 – DES RÊVERIES …

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    « Et elles se ressouvinrent des paroles de Jésus. A leur retour du sépulcre, elles annoncèrent toutes ces choses aux onze, et à tous les autres. Celles qui dirent ces choses aux apôtres étaient Marie de Magdala, Jeanne, Marie, mère de Jacques, et les autres qui étaient avec elles. Ils tinrent ces discours pour des rêveries, et ils ne crurent pas ces femmes. Mais Pierre se leva, et courut au sépulcre. S’étant baissé, il ne vit que les linges qui étaient à terre ; puis il s’en alla chez lui, dans l’étonnement de ce qui était arrivé… » ! Luc 24:8-12.

  La douleur, l’interrogation, le doute, toutes ces émotions étreignaient les disciples. La tristesse emplissait leur cœur et ne leur laissait pour toute certitude que celle de l’absence de leur Maître bien-aimé. Or, pendant que les disciples et les autres frères avec eux se tenaient dans la chambre, dont les « portes avaient été fermées, à cause de la crainte qu’ils avaient des Juifs… » Jean 20:19, Marie de Magdala et avec elles les autres femmes s’étaient rendues dès l’aube au sépulcre, où « un ange descendu du ciel, avait roulé la pierre et s’était assis dessus… » Matt 28:1-2. Les disciples avaient été avertis souventes fois par Jésus Lui-même de Sa mort et de Sa Résurrection, mais la manière, dont celle-ci se manifesta fit qu’ils ne réalisèrent pas, à ce moment-là, la Parole qu’Il leur avait annoncée. Tout événement extrême, en effet, suscite dans la personne des comportements très divers qui la révèlent aux autres, et à elle-même. Ainsi, la démarche de ces femmes, qui se rendirent au sépulcre dans le but d’embaumer le Corps de Jésus, constatèrent donc l’événement surnaturel de la Résurrection, dont elles firent part aux disciples. La Parole de Dieu  suscite une foi saine dans le Surnaturel divin, parce que le surnaturel n’est pas contre le naturel, mais le transcende par l’opération miraculeuse de l’Esprit de la Parole ! Et cela au même titre que « l’eau changée en vin » aux noces de Cana, et qui le fut à partir de « l’eau contenue dans les six vases de pierre destinée aux purifications des Juifs… » Jean 2:6. De même que le miracle de « la multiplication des pains qui nourrit les cinq mille hommes… », et qui le fut également à partir des « cinq pains d’orge et des deux poissons… » ! Jean 6:9.

  Les Voies de Dieu sont mystérieuses. S’agissant de l’annonce par les femmes de la Résurrection de Jésus aux disciples, la hiérarchie humaine fut bouleversée. Car, lors de la crucifixion de Jésus, il y avait « les femmes qui regardaient de loin. Parmi elles étaient donc Marie de Magdala, Marie mère de Jacques le mineur et de Joses, et Salomé, qui le suivaient et le servaient lorsqu’il était en Galilée, et plusieurs autres qui étaient montées avec lui à Jérusalem… » Marc 15:40-41. Jésus, en effet, en s’adressant aux foules, dit l’Écriture « ne leur parlait point sans parabole ; mais, en particulier, expliquait tout à ses disciples… » Marc 4:34. Il eût donc semblé naturel que les apôtres eussent été, en premier lieu, les témoins de la Résurrection de Celui, qu’Ils avaient suivi pendant près de trois années ici-bas ! Ce ne fut donc point le cas ; et ceci ne les empêcha pas de tenir pour des « rêveries » les paroles de ces femmes leur annonçant la Résurrection ! D’ailleurs, lorsque Jésus se présenta le jour même de Sa Résurrection au milieu d’eux, leur disant : « La paix soit avec vous ! Saisis de frayeur et d’épouvante, dit l’Écriture, ils croyaient voir un esprit… » Luc 24:36-37. Dans leur frayeur, les disciples, non seulement doutèrent de ces femmes, mais eux-mêmes furent troublés dans leur propre perception au point de prendre pour un « esprit » Jésus, se présentant ressuscité au milieu d’eux. D’où il ressort que les miracles et les prodiges que fit Jésus en leur présence ne les avaient point préparés à saisir un tel événement unique ! Car, quelles que soient les années vécues dans la foi, les manifestations divines ne sont sainement saisies que par l’Esprit de révélation, par lequel se forme la compréhension spirituelle des Desseins de Dieu. Car, sans l’Onction de l’Esprit, les signes de Dieu sont compris en dehors de Sa Volonté, c’est-à-dire, de la Vie et de la Pensée divine, d’où découle la Sagesse d’en-Haut… !

  Certes, Marie de Magdala n’échappa pas non plus au bouleversement causé par l’événement de la Résurrection ; lorsque, restée seule, pleurant et cherchant le corps de Jésus, elle Le vit alors debout, sans Le reconnaître : « Femme, lui dit Jésus, pourquoi pleures-tu ? Qui cherches-tu ? Elle, pensant que c’était le jardinier, lui dit : Seigneur, si c’est toi qui l’a emporté, dis-moi où tu l’as mis et je le prendrai. Jésus lui dit : Marie ! Elle se retourna, et lui dit en hébreu : Rabbouni ! c’est-à-dire, Maître… » Jean 20:15-16. Dans sa douleur, en face de Jésus qu’elle connaissait pourtant, elle Le reconnut, non pas à la vue de Sa Personne, mais à l’écoute de Sa Parole. Le fait d’avoir donc entendu prononcer son nom, Marie eut en elle un retentissement profond, et une portée spirituelle au-delà de toute affectivité. Ce Jésus, que son œil vit sans Le reconnaître, son oreille Le reconnut en L’entendant. Ceci est d’une extrême profondeur et concerne toute la compréhension reçue par l’Esprit de révélation. C’est ici la communication vivante et spirituelle, par laquelle se reçoivent les Profondeurs de l’Esprit de Dieu. Car ce qui est visible de la part de Dieu doit toujours être entendu pour être compris, parce que la Parole, dévoilée en nous par l’Esprit, exprime la pensée de ce qui est invisible et éternel… !

  « Ils tinrent ces discours pour des rêveries… » ! Une telle parole en réponse à l’annonce de la Résurrection de Jésus peut donc sembler étonnante de la part des disciples, alors que ces femmes suivirent et servirent Jésus depuis la Galilée jusqu’au Calvaire. Cette fidélité était garante que leur esprit ne les avait pas égarées. D’autre part, trois d’entre les disciples, Pierre, Jacques et Jean virent la transfiguration de Jésus-Christ « … avec Moïse et Élie qui apparurent, s’entretenant avec lui… ». Et c’est précisément en descendant de la montagne que Jésus leur donna cet ordre : « Ne parlez à personne de cette vision, jusqu’à ce que le Fils de l’homme soit ressuscité des morts… » Matt 17:3, 9. Le vécu de la Transfiguration de Jésus marqua à ce point Pierre qu’il en rappela l’événement dans son épître, en écrivant : « Ce n’est pas, en effet, en suivant des fables habilement conçues, que nous vous avons fait connaître la puissance et l’avènement de notre Seigneur Jésus-Christ, mais c’est comme ayant vu sa majesté de nos propres yeux. Car il a reçu de Dieu le Père honneur et gloire, quand la gloire magnifique lui fit entendre une voix qui disait : Celui-ci est mon Fils-bien-aimé, en qui j’ai mis toute mon affection. Et nous avons entendu cette voix venant du ciel, lorsque nous étions avec lui sur la sainte montagne… » II Pier 1:16-18. De même que Pierre avec les autres disciples avaient tenu pour des « rêveries » l’annonce de la Résurrection de Jésus, de la part des femmes, n’aurait-il pas été douloureux pour eux d’entendre, à leur tour, que la Transfiguration de Jésus aurait été de même tenue pour des « fables habilement conçues… » ? Pour les disciples, comme pour nous, il ne reste alors qu’à recourir à la Grâce de Dieu, à cause de nos préjugés et de nos jugements téméraires… !

  S’il est des « rêveries » qui ne correspondent à aucune réalité, il est des réalités qui se manifestent  tels des « rêves ». Jésus, voyant que les disciples, qui traversaient la Mer de Galilée, avaient de la peine à ramer, « alla vers eux, marchant sur la mer, et Il voulait les dépasser. Quand ils le virent marcher sur la mer, ils crurent que c’était un fantôme, et ils poussèrent des cris … » Marc 6:48-49. Des « rêveries », un « esprit », un « fantôme » … ! Autant de méprises en présence des Manifestations divines dépassant l’entendement. Or, l’homme spirituel est formé à discerner dans les Interventions surnaturelles de Dieu, non seulement l’événement lui-même, mais l’Intention divine qu’il renferme et que l’Esprit-Saint révèle ! Dans une vision, le patriarche Jacob vit les anges qui montaient et descendaient par une échelle, dont le sommet touchait au ciel et qui était appuyée sur la terre, une terre que l’Éternel promit de donner et à Jacob et à sa postérité. S’étant réveillé, celui-ci dit : « Certainement, l’Éternel est en ce lieu, et moi, je ne le savais pas ! Il eut peur, et dit : Que ce lieu est redoutable ! C’est ici la maison de Dieu : c’est ici la porte des cieux… » Gen 28:16-17. Par cette « échelle céleste », les choses spirituelles promises eussent été des « rêveries », si elles ne s’étaient pas précisément réalisées dans la vie de Jacob, et dans la vie de ses descendants… !

  Il en serait de même de nous, si les Vérités de la Parole de Dieu n’œuvraient pas dans notre être profond, en nous faisant parvenir à l’ « état  d’homme  fait,  à   la   mesure  de  la  stature  de  Christ… » Eph 4:13. Nous ne connaissons pas les choses que Dieu a préparées pour nous. Cependant, sans les connaître encore, l’Esprit-Saint suscite en nous l’aspiration à ces choses d’En-Haut. Ainsi, avant d’être manifestées, les Choses divines se révèlent par l’attraction spirituelle en nous de leur présence, à laquelle répond notre aspiration par le même Esprit… !