M331 – JE VOUS AI ÉTABLIS …

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     « Vous êtes mes amis si vous faites ce que je vous commande. Je ne vous appelle plus serviteurs, parce que le serviteur ne sait pas ce que fait son maître ; mais je vous ai appelés amis, parce que je vous ai fait connaître tout ce que j’ai appris de mon Père. Ce n’est pas vous qui m’avez choisi ; mais moi, je vous ai choisis, et je vous ai établis, afin que vous alliez, et que vous portiez du fruit, et que votre fruit demeure, afin que ce que vous demanderez au Père en mon nom, il vous le donne… » Jean 15:14-16.

   Le « serviteur », tout en étant fidèle n’a qu’une connaissance dogmatique de la Volonté du Maître ; tandis que l’« ami » a une connaissance intime de la Volonté de Dieu. Le serviteur se tient en face de la Parole, l’ami se tient dans la Parole, c’est-à-dire, dans la Pensée du  « Maître ». Le serviteur obéit à la Parole « entendue » de la part de Dieu, tandis que l’ami obéit à la Parole de Dieu « reçue » en Lui. Tout homme spirituel fait l’expérience de ces deux états successifs. La croissance spirituelle se révèle en ce que la connaissance « selon l’Esprit » succède à la connaissance « selon la lettre », parce que le croyant, de formel qu’il était en tant que serviteur, devient spirituel en tant qu’ami ». La communion dans l’Esprit de Dieu suscite en nous le discernement de la Volonté divine qui inspire notre obéissance. La compréhension de la Parole découle de la maturité façonnée en nous par le travail de cette même Parole. Le passage de l’état de serviteur à celui d’ami est propre à chaque âme, et se révèle par un « processus » intérieur de transformation, pas toujours linéaire, parfois fragmenté, mais cependant continu… !

   Jésus, après être monté sur la montagne, dit l’Écriture « appela ceux qu’il voulut, et ils vinrent auprès de lui. Il en établit douze, pour les avoir avec lui, et pour les envoyer prêcher avec le pouvoir de chasser les démons… » Marc 3:13-15.C’est à partir de ce moment-là que douze d’entre ceux qui l’écoutaient, de « disciples » qu’ils étaient, devinrent « apôtres ». Il est frappant de relever que le texte original précise que Jésus en « fit » douze pour les avoir avec Lui. Le sens profond est que Jésus, en établissant Ses disciples, non seulement les « nomma », mais Il les « fit », Il les produisit « apôtres ». Ils ne furent pas l’objet d’une nomination officielle dans le service de Dieu, mais chacun d’eux fut un « ouvrage «  façonné à cet effet ; ceci s’éclaire par la Parole de l’apôtre Paul adressée aux Éphésiens, au sujet de la vocation particulière de chaque racheté, et disant : « Car nous sommes son ouvrage, ayant été créés en Jésus-Christ pour de bonnes œuvres, que Dieu a préparées d’avance, afin que nous les pratiquions… » Eph 2:10. Parce que nous sommes, chacun de nous, une « création » spirituelle de Dieu par la « nouvelle naissance », nous sommes donc, suivant Sa Volonté, en état d’accomplir les Œuvres de Dieu. Car, en ayant été « créés en Jésus-Christ », nous sommes spirituellement en mesure de discerner l’origine des « œuvres préparées » par Celui, dont nous sommes précisément l’« ouvrage ». Nous réalisons alors la profondeur du Dessein de Dieu, qui nous a établis dans le but de porter des fruits spirituels qui ne sauraient être comparés entre eux, tant ils sont spécifiques à chacun de nous selon l’appel particulier reçu de la part de Dieu… !

 Ainsi, le passage spirituel de l’état de « serviteur » à celui d’« ami » est le développement normal de la vie spirituelle et atteste l’authenticité de l’enfant de Dieu. Bien que notre décision de répondre à l’Appel de Dieu soit de notre responsabilité, notre acceptation plonge ses racines dans le Choix de Dieu : « Ce n’est pas vous qui m’avez choisi, dit Jésus ; mais moi, je vous ai choisis… ». A l’exemple du processus divin, par lequel Jésus a choisi Ses disciples, notre destinée éternelle ne dépend pas uniquement de notre décision, mais participe du Dessein de Dieu, dont Jésus dit : « Nul ne peut venir à moi, si le Père qui m’a envoyé, ne l’attire ; et je le ressusciterai au dernier jour… » Jean 6:44. A cette « attirance » spirituelle du Père céleste à Son Fils, répondent les cœurs qui ont soif de la Vérité ; cœurs, certes, imparfaits, mais désireux d’être éclairés… ! Ceci révèle le « mouvement intérieur » qui inspire notre décision de venir à Jésus, dont l’origine découle de la « résolution  de Celui qui opère toutes choses d’après le conseil de sa volonté… » Eph 1:11. « Résolution » elle-même découlant du « Mystère de la volonté de Dieu, selon le bienveillant dessein qu’il avait formé en lui-même… » Eph 1:9.

  Le fait d’avoir été « choisi » est pleinement vécu en ce que, avant de leur ordonner d’« aller et de porter du fruit », Jésus dit à Ses disciples : « Je vous ai établis… » ! Cependant, avoir été choisi implique aussi la nécessité d’une maturité spirituelle à même de recevoir le discernement de l’Esprit, afin de produire, non seulement du « fruit », mais du « fruit qui demeure… » ! Or, pour exercer un service dans l’Esprit, il y a lieu d’être intérieurement fondé sur une base spirituelle, d’où jaillit la Force et la Lumière divines ; de là, la nécessité d’être « établi » dans le Service de Dieu, suivant l’exemple de Jésus, qui, dit l’Écriture, « … a été fidèle à Celui qui l’a établi, comme le fut Moïse dans toute sa maison… » Héb 3:2. Service, dont la Nature divine se révèle par la Constance du Messie, ainsi que le dit l’Écriture : « Il ne se découragera point et ne se relâchera point, jusqu’à ce qu’il ait établi la justice sur la terre, et que les îles espèrent en sa loi… » Ésaïe 42:4. Il ressort de ces paroles que la pensée de Jésus, en nous établissant, est de nous faire connaître, comme d’ailleurs en toutes choses, que l’Esprit du service précède le service, et l’inspire. Ainsi, toute parole, toute décision, toute action découlent de la nature spirituelle du « fondement » en nous, et manifeste la dimension et la portée éternelles de tout accomplissement. Être « établi » est donc  attendre « activement » ! Car, attendre, spirituellement, consiste en cet état intérieur d’être sans cesse en éveil, non seulement pendant, mais aussi après avoir reçu l’Appel ou la Direction de Dieu. Car le temps de l’attente n’est pas une période vide ou stérile, mais, au contraire, un temps de dépouillement qui laisse dans le cœur épuré cette aspiration essentielle : la soif spirituelle aux choses d’En-Haut… !

   L’apôtre Paul, relatant la rencontre surnaturelle avec le Ressuscité sur le chemin de Damas, entendit une voix, lui disant : « Je suis Jésus que tu persécutes. Mais lève-toi, et tiens-toi sur tes pieds ; car je te suis apparu pour t’établir ministre et témoin des choses que tu as vues et de celles pour lesquelles je t’apparaîtrai… » Act 26:15-16. Celui qui s’appelait encore Saul de Tarse, et qui allait devenir l’apôtre Paul, ne pouvait être ministre et témoin qu’en étant lui-même « établi » par Celui qui se révéla alors à lui. Quel fut donc, ou plus précisément, qui fut le Fondement sur lequel lui-même reposait ? « Selon la Grâce de Dieu qui m’a été donnée, écrit-il aux Corinthiens, j’ai posé le fondement comme un sage architecte, et un autre bâtit dessus. Mais que chacun prenne garde à la manière dont il bâtit dessus. Car personne ne peut poser un autre fondement que celui qui a été posé, savoir Jésus-Christ… » I Cor 3:10-11. Jésus-Christ est le Fondement sur lequel est établi le racheté, et la substance spirituelle de ce Fondement est la Présence de Jésus-Christ reçue par la Parole révélée dans la vie de celui qui a cru. Ce « fondement » est l’espace intérieur habité par Jésus-Christ, sur lequel chacun bâtit, soit avec « de l’or, de l’argent, des pierres précieuses », soit, avec « du bois, du foin, du chaume… » en sorte que : « Si l’œuvre bâtie par quelqu’un sur le fondement subsiste, il recevra une récompense » ou, à l’inverse : « Si l’œuvre de quelqu’un est consumée, il perdra sa récompense ; pour lui, il sera sauvé, mais comme au travers du feu… » I Cor 3:12, 14-15. Ainsi, être « établi », et le demeurer, consiste en cette disposition à veiller et à prier, dans laquelle sont discernées les choses d’En-Haut qui subsistent pour la vie éternelle, parce que l’Esprit en elles est de la même nature éternelle que le Fondement posé en nous… !

 La richesse spirituelle du « fondement » se présente pour nous comme étant deux réalités inséparables. Nous sommes, à la fois, « sur » le fondement, et le fondement est « en » nous, ainsi que le dit Jésus à Ses disciples : «  Je vous montrerai à qui est semblable tout homme qui vient à moi, entend mes paroles, et les met en pratique. Il est semblable à un homme qui, bâtissant une maison a creusé, creusé bien avant, et a posé le fondement sur le roc… » Luc 6:47-29. Une fois pour toutes, le « fondement » est posé, sur lequel, dès lors, le racheté bâtit le développement de sa vie spirituelle. Ainsi, le fait même de « creuser, de creuser bien avant… » révèle un intense travail intérieur de la Parole, dont la Vie divine qui en découle fusionne avec ce que Dieu a purifié en nous par le Sang de Son Fils… » ! C’est ici l’œuvre miraculeuse de la Nouvelle Naissance opérée en nous, et par laquelle la nature spirituelle de notre vie de racheté et la Nature divine du Fondement reçu en nous ne font qu’une… !