M311 – JE N’AI PAS BESOIN DE TOI …

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      « … Ainsi le corps n’est pas un seul membre, mais il est formé de plusieurs membres. Si le pied disait : Parce que je ne suis pas une main, je ne suis pas du corps, ne serait-il pas du corps pour cela ? Et si l’oreille disait : Parce que je ne suis pas un œil, je ne suis pas du corps, ne serait-elle pas du corps pour cela ? Si tout le corps était œil, où serait l’ouïe ? S’il était tout ouïe, où serait l’odorat ? Maintenant Dieu a placé chacun des membres dans le corps comme il l’a voulu. Si tous étaient un seul membre, où serait le corps ? Maintenant donc il y a plusieurs membres, et un seul corps. L’œil ne peut pas dire à la main, je n’ai pas besoin de toi ; ni la tête dire aux pieds : Je n’ai pas besoin de vous… ! » I Cor 12:14-21.

    C’est donc suite à l’enseignement sur les dons du Saint-Esprit et de leurs manifestations : I Cor 12:7-11, que l’apôtre Paul nous révèle et développe le fonctionnement spirituel du « Corps de Christ ». Nous savons qu’il y a une tendance à user des dons d’une manière individualiste, au point d’éprouver, sans s’en rendre compte, autant de bonheur à posséder les dons qu’à les exercer. Or les Dons de l’Esprit s’exercent au sein du Corps de Christ, qu’il en reçoive les bienfaits ou qu’il en soit l’instrument par lequel ces dons se manifestent en faveur des personnes qui en ont besoin! L’Écriture nous apprend, en effet, qu’« il y a une diversité de dons, mais le même Esprit ; une diversité de ministères, mais le même Seigneur ; une diversité d’opérations, mais le même Dieu qui opère tout en tous .. ! » I Cor 12:4-6. Ainsi, la croissance des rachetés dans la communion fraternelle s’affermit, non par une uniformité de pensées et de doctrines, mais par la diversité des dons et des ministères de l’Esprit. L’on ne saurait non plus ignorer la tentation que suscite l’adversaire dans un croyant par cette pensée charnelle de « s’approprier » les Dons de Dieu, et ceci par manque d’humilité, c’est-à-dire, par manque de « soumission les uns aux autres dans la crainte de Christ… ! » Eph 5:21, soumission qui préserve le « Corps de Christ » de la dislocation interne… ! Ainsi, cette diversité spirituelle, loin de les troubler, est la Richesse spirituelle qui affermit les croyants qui aspirent aux choses d’En Haut, par le même Esprit… !

      De même que, concernant les dons spirituels « … un seul et même Esprit opère toutes ces choses, les distribuant à chacun en particulier comme il veut… ! » I Cor 12:11, de même, en ce qui concerne l’Église, Dieu « … a placé chacun des membres dans le corps comme il l’a voulu… ! » I Cor 12:18. Il n’est pas de représentation plus éclairante au sujet de l’Église que celle d’un corps constitué de ses membres. En effet, à partir de quand un corps n’est-il plus un corps… ? Lorsque les membres sont détachés du tronc ! Et comment les membres constituent-ils un corps… ? Lorsque les membres demeurent attachés les uns aux autres ! Ceci peut paraître une évidence, mais révèle une réalité spirituelle profonde, dans le fait qu’il ne peut y avoir un véritable corps spirituel sans membres, eux, aussi, spirituels, car il peut y avoir, hélas, un corps charnel de l’église locale, intérieurement divisé, parce que composé de membres charnels… ! Or, ainsi que l’écrit l’apôtre Paul : « L’ œil ne peut pas dire à la main : Je n’ai pas besoin de toi ; ni la tête dire aux pieds : Je n’ai pas besoin de vous… ! » I Cor 12:21. Le fait de voir un objet utile ne suffit pas à l’œil seul de pouvoir le saisir, et le fait de décider d’aller en un certain lieu ne suffit pas à la tête seule de pouvoir s’y rendre… ! Car comment l’œil qui voit une chose pourrait-il la prendre, si ce n’est en la saisissant avec les mains, et que servirait-il à la tête de vouloir atteindre un lieu, sans les pieds pour s’y rendre… ?

     En écrivant que l’œil ne peut pas dire à la main : « Je n’ai pas besoin de toi… ! » I Cor 12:21. L’apôtre Paul se place donc dans le domaine de la fonction utilitaire à l’égard des uns et des autres de la communauté. Or, spirituellement, cette parole va bien au-delà du simple service rendu, elle révèle une réalité intérieure de l’Action de l’Esprit qui, à la fois, demeure et « parcourt » l’Église à travers les rachetés qui la constituent. L’Église n’est ni une institution ni une organisation selon le modèle de ce monde. Elle n’est pas une entité visiblement délimitée, au point que l’on puisse se déclarer être, soit à l’intérieur d’elle, soit à l’extérieur d’elle, puisque la nature spirituelle du « Corps de Christ » est la Vie même de Christ qui nous relie intérieurement. Nous n’entrons pas en elle comme si elle devait être un lieu matériel, elle est en chacun de nous par le lien de l’Esprit de la Rédemption qui unit ceux qui ont reçu la certitude du pardon des péchés. Ainsi, les membres du Corps de Christ le sont, non seulement parce qu’ils se rendent utiles les aux autres, cette conception se retrouve dans toutes les associations religieuses comme non religieuses, mais ils le sont par la Vie de l’Esprit qui les habite et les « traverse » telle une osmose spirituelle. L’Église des  « nés de nouveau » est, en quelque sorte, une église sans frontières dénominationnelles ; elle n’est pas délimitée par les églises visibles, elle est là où les rachetés sont appelés à œuvrer par leur prière persévérante… !

      L’état spirituel d’une église reflète, en partie, l’état de la vie spirituelle de ses membres. Il est tel croyant qui ne s’engage jamais pleinement, de peur de devoir porter dans la prière le poids du fardeau de ses frères et sœurs, afin de préserver son indépendance. D’où il ressort que les anneaux faibles sont causes de la fragilité de la chaîne entière ; aussi sommes-nous conduits à prendre à cœur l’exhortation de l’apôtre Paul, afin que : « … professant la vérité dans la charité, écrit-il, nous croissions à tous égard en celui qui est le chef, Christ. C’est de lui, et grâce à tous les liens de son assistance, que tout le corps, bien coordonné et formant un solide assemblage, tire son accroissement selon la force qui convient à chacune de ses parties, et s’édifie lui-même dans la charité… ! » Eph 4:16. Ce « solide assemblage » dépend donc de la solidité de chaque élément, c’est-à-dire, non seulement de la fermeté de chaque membre qui le constitue, mais aussi de ce qui les relie les uns aux autres. En quoi consistent donc ces « liens de son assistance » ? Ils constituent les « fibres » de ce « lien de la paix » qui  seul conserve l’« unité de l’Esprit » Eph 4:3. Or, les liens de cette assistance consistent, non seulement en des « liens », mais encore en des « jointures », par lesquelles le corps de Christ s’articule et donc « tire son accroissement… ! » Car, des liens, resserrés autrement que par l’Esprit de Dieu, non pas  « relient », mais « ligotent » le Corps de Christ… ! Et l’on sait comment l’esprit de dénomination, et donc de domination, peut amener les croyants à la perte de la vision intérieure, à l’inertie spirituelle et à l’étroitesse d’esprit, quand bien même il y aurait du  « mouvement », ou plutôt du « remuement » au milieu d’eux… ! Associés donc aux «  liens », il y a donc les « jointures » qui permettent l’articulation de la communion entre les membres, offrant un espace spirituel qui rend ainsi les cœurs accessibles à l’Inspiration et à la Direction de l’Esprit. Ces Manifestations spirituelles, provenant de la « diversité » des dons et des ministères,  représentent donc, non pas un danger, mais la Richesse d’En Haut préservant l’unité même des rachetés… !

      L’unité n’est pas constituée de personnes semblables, si tel était le cas, ce serait alors des êtres sans stimulation ni aspiration à se développer spirituellement. Car, la diversité des rachetés est incluse dans l’unité du « Mystère » de l’Église, « Corps de Christ ». Par cette Révélation s’éclairent les paroles de l’apôtre Paul, qui écrit : « … Les membres du corps qui paraissent être les plus faibles sont nécessaires ; et ceux que nous estimons être les moins honorables du corps, nous les entourons d’un plus grand honneur. Ainsi nos membres les moins honnêtes (décents) reçoivent le plus d’honneur, tandis que ceux qui sont honnêtes n’en ont pas besoin. Dieu a disposé le corps de manière à donner plus d’honneur à ce qui en manquait, afin qu’il n’y ait plus de division dans le corps, mais que les membres aient également soin des uns des autres. Et si un membre souffre, tous les membres souffrent ; si un  membre est honoré, tous les membres se réjouissent avec lui… » ! I Cor 12:22-28.

     La compréhension par l’Esprit de ces paroles nous révèle que si l’« uniformité » était l’unité de l’Église, celle-ci s’altérerait inévitablement par inertie spirituelle, alors que les différences, spirituellement comprises, rendent les rachetés matures, et suscitent cette disposition intérieure qui ouvre leurs cœurs au renouvellement par l’Esprit même qui inspire cette disposition ! C’est donc dans ce but  que s’éclaire la nécessité pour l’œil, la tête et l’ouïe d’avoir besoin de la main, des pieds et de l’odorat en discernant les Actes de Dieu, aussi variés que l’est Sa Sagesse, et par lesquels Dieu accomplit Ses Desseins ! Heureux le cœur humble qui reconnaît dans l’autre ce qui le complète… !