M307 – RABBI, MANGE …

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    « Mais l’heure vient, et elle est déjà venue, où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité ; car ce sont là les adorateurs que le Père demande. Dieu est esprit, et il faut que ceux qui l’adorent l’adorent en esprit et en vérité. La femme lui dit : Je sais que le Messie doit venir (celui qu’on appelle Christ) ; quand il sera venu, il nous annoncera toutes choses. Jésus lui dit : Je le suis, moi qui te parle. Là-dessus, arrivèrent ses disciples, qui furent étonnés de ce qu’il parlait avec une femme. Toutefois aucun ne dit : Que demandes-tu ? ou : De quoi parles-tu avec elle ?  Alors la femme, ayant laissé sa cruche, s’en alla dans la ville et dit aux gens : Venez voir un homme qui m’a dit tout ce que j’ai fait ; ne serait-ce point le Christ ? Ils sortirent de la ville, et ils vinrent vers lui. Pendant ce temps, les disciples le pressaient de manger, disant : Rabbi, mange. Mais il leur dit : J’ai une nourriture que vous ne connaissez pas. Les disciples se disaient donc les uns aux autres : Quelqu’un lui aurait-il apporté à manger ? Jésus leur dit : Ma nourriture est de faire la Volonté de celui qui m’a envoyé et d’accomplir son œuvre … ! » Jean 4:23-33.

    Jésus parlait encore avec la femme samaritaine, lorsque les disciples revinrent de Sychar. L’entretien, ayant pris fin, la femme retourna à la ville d’où eux-mêmes étaient revenus après avoir acheté des vivres. Durant ce court instant, entre le départ de la Samaritaine et l’arrivée des disciples, Jésus repassait dans Son Esprit le cours de l’entretien et le cheminement de la Parole dans le cœur de cette femme jusqu’à sa découverte de ce qu’Il est, c’est-à-dire, le « Don de Dieu », l’« Eau vive », le « Messie » promis et attendu. Plongé dans Ses Pensée, Jésus fut brutalement ramené aux réalités terrestres, en s’entendant dire : « Rabbi, mange… ! » Les disciples étaient arrivés, les événements prirent un autre cours ! Ils étaient, d’ailleurs, étonnés de ce qu’Il « parlait avec une femme. Toutefois, dit l’Écriture, aucun ne dit : Que demandes-tu ? ou : De quoi parles-tu avec elle… ? » Jean 4:27.  Il ne leur vint pas à l’esprit que Jésus était encore tout habité de l’entretien juste terminé et de la joie infinie qu’il éprouvait de ce qu’une brebis venait de reconnaître en Lui le « Sauveur du monde… ! » Jean 4:42. Quotidiennement, les disciples entendaient Jésus prêcher la Parole, Il leur expliquait en particulier les Paraboles ; des miracles et des guérisons s’opéraient par Ses Mains sous leurs yeux. Cependant, malgré leur proximité de Jésus, ils ne percevaient ni ne discernaient encore la profondeur et la dimension de la Personne et du Dessein éternel de Celui qui les avait choisis … !

   Y eut-il donc proximité plus grande que celle des disciples auprès de Jésus ? Cependant leur relation avec Jésus n’était pas encore une communion suffisamment intime. En un autre temps, enseignant la première Parabole au sujet des quatre terrains différents ayant reçu  chacun « une partie de la semence » Marc 4:1-20, Jésus leur dit, juste avant de la leur expliquer : « Vous ne comprenez pas cette parabole ? Comment  donc  comprendrez-vous  toutes  les  paraboles… ? » Marc 4:13. Le fait de comprendre la Parabole du « Semeur semant la semence » est présentée comme étant, en quelque sorte, une porte ouverte, une clef spirituelle ouvrant à notre compréhension le Sens des Paraboles qui la suivent… ! Car ce qui s’éclaire de la Parole est donné par l’Esprit de révélation, c’est-à-dire, par le dévoilement du Sens spirituel d’où découle en nous la Vie divine que contient cette Parole. Or, ici se révèle une souffrance de Jésus, méconnue entre toutes, qui est celle de ne pas être compris de ceux qui lui étaient les plus proches. Et cela, non seulement pendant Son Ministère, mais déjà dès le début de Sa Vie, lorsque, est-il écrit, étant retournés à Jérusalem et «  après l’avoir cherché pendant trois jours, Marie et Joseph trouvèrent l’enfant Jésus dans le temple de Jérusalem, qui leur dit : « Pourquoi me cherchiez-vous ? Ne saviez-vous pas qu’il faut que je m’occupe  des affaires de mon Père… ? Luc 2:49. Jésus était seul à savoir de quel Père il s’agissait, et cette connaissance était déjà un grand poids qu’Il portait seul. Cependant, Il descendit avec « ses parents » pour retourner à Nazareth, car, dit l’Écriture,  « Il leur était soumis… ! » Luc 2:40.

    Un être bon est un modèle à suivre, et le fait de suivre un bon exemple est une démarche positive. Mais côtoyer un être bon ne suffit pas à le devenir soi-même si l’on ne sait en quoi consiste la vraie nature de sa bonté. Car une personne peut se révéler possessive par le moyen même de sa bonté, démontrant par là une bonté qui n’est pas épurée de tout intérêt personnel ! La Bonté du Seigneur est d’une toute autre Nature, car en venant à Jésus, Qui rencontrons-nous ? Jésus déclare aux disciples : « En vérité en vérité, je vous le dis : Celui qui croit en moi croit, non pas en moi, mais en celui qui m’a envoyé, et celui qui me voit voit celui qui m’a envoyé… ! » Jean 12:44-45, et encore : «  En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui reçoit celui que j’aurai envoyé me reçoit, et celui qui me reçoit reçoit celui qui m’a envoyé… » ! Jean 13:20. Jésus est le Chemin qui conduit, non seulement à Lui-même, mais, par Lui, à un Autre : Son Père qui est en Lui… ! En plus, il est connu qu’un être désintéressé n’est  jamais véritablement compris par les hommes. Ceci fut évident lorsque Jésus, après avoir parlé de Son arrestation, de Son jugement et de Sa mort, fut repris par Pierre, qui : « … l’ayant pris à part, dit l’Écriture, se mit à le reprendre et dit : A Dieu ne plaise, Seigneur ! Cela ne t’arrivera pas. Mais Jésus se retournant dit à Pierre : Arrière de moi, Satan ! Tu m’es en scandale, car tes pensées ne sont pas les Pensées de  Dieu,  mais  celles  des  hommes… ! » Matt 16:22-23. Pierre ne pouvait comprendre que l’acceptation pût atteindre une telle extrémité ! Aussi, voilé autant par son émotion que par sa propre conception de la justice, Pierre, en voulant défendre le Fils de Dieu, s’opposait par là même au Dessein de Dieu… ! En fait, ces paroles : « A Dieu ne plaise, cela ne t’arrivera pas… ! » sont inspirées  des mêmes sentiments, mais dans des circonstances moins dramatiques, que ceux qui inspirèrent aux disciples ces paroles : « Rabbi, mange… ! » D’où il ressort que l’amitié, la bonté naturelle ne discerne pas la nature et la vocation d’une personne spirituelle et que celle-ci, pour ne pas être détournée du but spirituel de sa vie, doit alors y  résister… !

    De même que Jésus souffrit de l’incompréhension de la part de ceux qui étaient proches de Lui, de même le croyant spirituel a à souffrir de ne pas être compris de certains croyants qui ne vivent pas de la Vision et de la Dimension du Christ reçues en lui. Il en est pour eux comme si l’aspiration aux « choses d’En-Haut » n’était qu’un « choix » personnel parmi d’autres, alors que c’est l’aspiration normale, fondamentale de tout croyant authentiquement né de nouveau. Aussi, les difficultés de la communion spirituelle dues aux « incompatibilités », elles aussi « spirituelles », doivent être surmontées, mais seul celui qui est spirituel en est conscient et en connaît la lutte ! Aussi l’apôtre Paul regardait-il l’« union d’esprit », comme étant une affinité spirituelle et fraternelle infiniment précieuse : Phil 2:1. C’est là ce qu’il écrit aux croyants de Corinthe au sujet de la nature de la communion qui unit les rachetés, dans un même sentiment et dans une même pensée en Christ : « Notre bouche s’est ouverte pour vous, Corinthiens, notre cœur s’est élargi. Vous n’êtes point à l’étroit au-dedans de nous ; mais vos entrailles se sont rétrécies. Rendez-nous la pareille, je vous parle comme à mes enfants, élargissez-vous aussi… ! » II Cor 6:11-13, et encore : « Connaissant donc la crainte du Seigneur, nous cherchons à convaincre les hommes ; Dieu nous connaît, et j’espère que dans vos consciences vous nous connaissez aussi. … ! » II Cor 5:11. « J’espère que dans vos consciences … vous nous connaissez aussi… ! » Ceci se produit lorsque la « Connaissance » de Dieu devient « Pensée » de Dieu unissant les consciences les unes aux autres ! Nous comprenons alors la solitude de l’apôtre Paul, au milieu de certaines « personnes ignorantes et mal affermies », qui, ainsi que le rapporte Pierre, « tordaient le sens des points difficiles à comprendre dans ses lettres, comme celui des autres Écritures, pour leur propre ruine… ! » II Pier 3:16… avec, pour conséquence, de faire redoubler les prières de l’apôtre à leur égard… !

      « … J’ai à manger une nourriture que vous ne connaissez pas… ! » dit Jésus à Ses disciples ; or, l’atmosphère du marché, le mouvement de la foule, les cris des vendeurs et des acheteurs avaient, à ce point, envahi leur esprit, que Jésus, à chacune de Ses Paroles, apparaissait encore plus étranger aux pensées de Ses disciples… de sorte qu’en se disant les uns aux autres : « Quelqu’un lui aurait-Il apporté à manger… ? Jésus leur répond : Ma nourriture est de faire la volonté de celui qui m’a envoyé et d’accomplir son œuvre… ! » Jean  4:32-33. En apprenant  de Jésus que Sa « Nourriture » était de faire la « Volonté de Son Père », ils se seraient montrés moins empressés de lui faire manger « leur » nourriture, comprenant par là qu’elle représentait  leur « propre volonté » … !