M304 – DESCENDS DE LA CROIX …

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    « … Pour indiquer le sujet de sa condamnation, on écrivit au-dessus de sa tête : Celui-ci est Jésus, le Roi des Juifs. Avec lui furent crucifiés deux brigands, l’un à sa droite, et l’autre à sa gauche. Les passants l’injuriaient, et secouaient la tête, en disant : Toi qui détruis le temple, et qui le rebâtis en trois jours, sauve-toi toi-même ! Si tu es le Fils de Dieu, descends de la croix ! Les principaux sacrificateurs et les anciens, se moquaient aussi de lui, et disaient : Il a sauvé les autres, et il ne peut se sauver lui-même ! S’il est roi d’Israël, qu’il descende de la croix, et nous croirons en lui. Il s’est confié en Dieu ; que Dieu le délivre maintenant, s’il l’aime. Car il a dit : Je suis Fils de Dieu… ! » Matt 27:27-43.

   Jésus a vécu des temps d’une intensité connue de Lui seul, mais le temps de Son jugement et de Sa crucifixion fut le temps ultime qui condensa spirituellement tous les événements de son court ministère. Et Jésus fut seul à porter ce poids sur la Croix, qui lui arracha le cri de cet aveu terrible et inouï : « Éli, Éli, lama sabachtani ? C’est-à-dire : Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné… ? » Matt 27:46. Or, si un sort inéluctable qui conduit un homme à la mort est dramatique, il le fut à l’infini en ce qui concerne Jésus qui aurait pu s’y soustraire, ainsi qu’Il le dit à Pierre qui, lors de son arrestation, avait tiré son épée pour le défendre : « Penses-tu que je ne puisse pas invoquer mon Père, qui me donnerait à l’instant plus de douze légions d’anges… ? » Matt 26:53. Oui, Jésus aurait pu prier Son Père, au sujet duquel, toutefois, l’Écriture déclare : «… Il a plu à l’Éternel de le briser par la souffrance… », mais avec cette promesse de portée éternelle, selon laquelle « … après avoir livré sa vie en sacrifice pour le péché, il verra une postérité  et prolongera ses jours ; et l’œuvre de l’Éternel prospérera entre ses mains… ! » Es 53:10. Ainsi, Jésus accepta la Croix, non d’une manière imposée, mais consentante, ce qui satisfit le parfait accomplissement de la Justice de Dieu dont le fruit éternel est l’expiation de nos péchés… !

   En tant qu’hommes, et pour beaucoup d’entre nous, en tant que pères, nous ne pouvons qu’être bouleversés d’apprendre qu’«… il plut à l’Éternel de briser son fils par la souffrance… ! » Or, il y a lieu, à l’écoute de ces paroles bouleversantes, non pas de faire taire notre émotion compréhensible, mais de nous laisser éclairer, au-delà de notre émotion, par la révélation spirituelle du Dessein divin, qui nous éclaire en quoi, et surtout en faveur de qui Dieu se plut à la mort de Son Fils… ! En fait, il plut à Dieu, non pas de se plaire à voir les souffrances de Son Fils…, mais de Le voir se livrer Lui-même comme « l’Agneau » expiatoire qui seul était destiné à effacer nos péchés, ainsi que le dit Jésus : « Le Père m’aime, parce que je donne ma vie, afin de la reprendre. Personne ne me l’ôte, mais je la donne de moi-même ; j’ai le pouvoir de la donner, et j’ai le pouvoir de la reprendre : tel est l’ordre que j’ai reçu de mon Père… ! » Jean 10:17-18. En vérité, c’est par amour pour nous que le Père aima ainsi Son Fils, dont le Sacrifice satisfit dès lors les exigences de la Justice divine, et c’est  cette Rédemption éternelle résultant du  « brisement » à la croix, et reçue en nous au travers de Son Fils, qui plut à Dieu … !

   A la lumière de ce qui vient d’être dit, l’on peut comprendre qui inspirait les paroles des passants, des sacrificateurs et des scribes, disant à Jésus : « Toi qui détruis le temple, et qui le rebâtis en trois jours, sauve-toi toi-même ! Si tu es le fils de Dieu, descends de la croix… ! » Matt 27:40.  Or, « descendre de la croix » eût rendu vaines la Vie et la Mission de Jésus, dès Sa naissance, ainsi que les Paroles, les Paraboles et les Miracles jusqu’à Sa mort, et Sa résurrection même n’aurait pu  avoir lieu dans ces circonstances… ! Car ce fut à partir de la croix que tout devait, non pas finir, mais commencer pour nous… ! Et cela, le diable évidemment le savait ! D’ailleurs, chaque fois qu’il manifestait une « sollicitude » apparente à l’égard de Jésus, c’était par ruse dans l’unique but de nier Sa Divinité. Jésus n’a-t-il pas été tenté par l’adversaire dans le désert avec toujours les mêmes paroles fallacieuses : « Si tu es le Fils de Dieu… ? » Matt 4:1-11. L’on retrouve donc ces paroles dans la bouche de ceux qui criaient contre Lui ! Or cette accusation parmi d’autres se révéla fausse, car, en disant à Jésus suspendu à la Croix : « Toi qui détruis le temple, et qui le rebâtis en trois jours, sauve-toi toi-même … ! » Matt 27:40. Ces paroles découlaient d’un entretien que Jésus, après avoir chassé les marchands du temple, avait eu avec les Juifs qui lui disaient : « Quel miracle nous montres-tu, pour agir de la sorte… ? Ce à quoi Jésus répondit : Détruisez ce temple, et en trois jours, je le relèverai… ! » Jean 2:18-19. Jésus, qui parlait ici du « temple » de Son Corps en vue de Sa mort et de Sa résurrection, avait effectivement dit qu’Il le « relèverait… ! », mais jamais qu’Il le « détruirait » lui-même… ! Fut-il le temple de Jérusalem ou celui désignant Son propre Corps, ce que, par contre, ses adversaires eux-mêmes firent en Le crucifiant… !

   La subtilité de ces paroles consista donc à demander à Jésus de descendre de la croix, afin de prouver qu’Il est « Fils de Dieu », alors que c’est justement en descendant de la croix que Jésus aurait démontré qu’Il ne l’était pas… ! Il fut donc paradoxalement demandé à Jésus un signe par le moyen d’une démarche qui s’opposait à ce signe même ! D’ailleurs l’état d’esprit de ceux qui L’insultaient était à ce point arrêté que même s’ils avaient vu Jésus descendre et se tenir debout au pied de la croix, ils n’en auraient cependant pas été plus convaincus, ni n’auraient cru en Lui, contrairement à ce qu’ils avaient dit. Il en aurait été d’eux comme de l’homme riche dans le lieu de tourment qui pria Abraham d’envoyer Lazare du paradis auprès de ces cinq frères, afin qu’ils se repentent et ne viennent pas comme lui dans ce lieu de tourment, et à qui Abraham répondit : « Ils ont Moïse et les prophètes ; qu’ils les écoutent. Et il dit : Non, père Abraham, mais si quelqu’un des morts va vers eux, ils se repentiront. Et Abraham lui dit : S’ils n’écoutent pas Moïse et les prophètes, ils ne se laisseront pas persuader, quand même quelqu’un des morts ressusciterait… ! » Luc 16:27-31.

    « Descends de la croix… ! » Le sens de ces paroles, dans le but de « forcer » Jésus à faire un acte qui eut attesté Sa Divinité, se retrouve aussi dans un contexte totalement inverse ; c’est-à-dire, non seulement dans la bouche des adversaires, mais aussi dans celle même de certains croyants. En effet, en face des besoins pressants ou des situations graves de personnes, nécessitant une Action miraculeuse de la part de Dieu, n’est-il donc pas arrivé à tel croyant d’avoir répondu à ces personnes en grandes difficultés que Dieu certainement interviendrait, qu’Il délivrerait, qu’Il guérirait ou qu’Il résoudrait assurément toutes choses pour « prouver » l’existence de Dieu et Sa Puissance … ? Autant de paroles ou de déclarations, certes, dites sincèrement, mais avec précipitation, sans discernement, suscitées par l’émotion de la situation présente… ? Et cela, sans avoir pris le temps de chercher à connaître la Volonté de Dieu à cet égard ? Or, le fait de vouloir « contraindre » le Seigneur à manifester Sa Puissance, ceci n’équivaut-il pas, en quelque sorte, à Le faire « descendre de la croix… » ?

     Durant l’agonie de Jésus cloué sur la croix, qui d’entre nous aurait la présomption de chercher à connaître qu’elles étaient les Pensées du Seigneur en de tels moments ? Comment étaient, ou pouvaient être perçues par Lui les paroles outrageuses des passants ? Car, Fils de Dieu, Il l’Est, en vérité, mais en répondant à leur demande, Jésus aurait alors prouvé le contraire, même si en descendant de la croix, le fait eut été extraordinaire ! Or, nous entendons aussi des « voix » qui nous invitent à « descendre de notre croix », c’est-à-dire, à l’éviter, à la contourner, et ces voix selon ce monde sont souvent des paroles, non pas nécessairement hostiles, mais raisonnables, agréables mêmes, des « voix » venant de notre « moi », qui nous « parlent »… ! Certes, nous sommes sauvés par Grâce, pardonnés dans Son Amour, mais penser mûrir, grandir sans épreuves… ? Or, en tant que rachetés, nous avons à porter notre croix, suivant les Paroles mêmes de Jésus : « Si quelqu’un veut venir après moi, dit-Il, qu’il renonce à lui-même, qu’il se charge chaque jour de sa croix, et qu’il me suive… ! » Luc 9:23. Or, Lorsque l’on sait que la Croix nous a apporté la certitude du Pardon, la Paix intérieure, la Joie d’En-Haut, les Richesses spirituelles et éternelles, et cela dès maintenant ! Hésiterions-nous encore… ? Quand bien même, non seulement le diable, ou les moqueurs, mais notre propre chair nous criait : « Descends de la croix… ! », lui obéirions-nous, c’est-à-dire, céderions-nous à nous-mêmes… ?