M299 – HEUREUX LES DOUX …

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    Voyant la foule, Jésus monta sur la montagne ; et, après qu’il se fut assis, ses disciples s’approchèrent de lui. Puis, ayant ouvert la bouche, il les enseigna, et dit : Heureux les pauvres en esprit, car le royaume des cieux est à eux ! Heureux les affligés, car ils seront consolés ! Heureux les débonnaires, car ils hériteront la terre ! Heureux ceux qui ont faim et soif de justice, car ils seront rassasiés ! Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde ! Heureux ceux qui ont le cœur pur, car ils verront Dieu ! Heureux ceux qui procurent la paix, car ils seront appelés fils de Dieu ! Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice, car le royaume des cieux est à eux… ! » Matt 5:1-10.

    « Heureux les pauvres », les « affligés », ceux qui ont « faim et soif de justice », les « persécutés » ; parmi tous ceux que Jésus déclare « heureux », il y a les « débonnaires », c’est-à-dire, littéralement, les « doux » ! Si Jésus proclame « heureux » des personnes vivant des situations, qui, elles, ne le sont pas « heureuses », mais difficiles et parfois douloureuses, cela ne signifie pas que Jésus méconnaisse les souffrances humaines…, ce qui serait un accablement supplémentaire ! Mais la Pensée de Jésus est de nous élever à « voir » au-delà de la frontière des situations qui nous oppressent, ou qui nous dépassent ! Car les situations que ces Béatitudes expriment, loin de s’opposer au Dessein de Dieu, y sont incluses ; elles ont pour but d’ouvrir les yeux de notre cœur, afin que nous passions de la vue des choses temporelles à la Vision des choses éternelles, auxquelles nous aspirons, et d’où découle la force nécessaire même, avec laquelle nous les traversons dans nos vies… !

  Ainsi, Jésus mentionne les « doux » parmi ceux qu’Il proclame « heureux » ! A l’écoute de cette béatitude, l’on ne peut pas ne pas penser à Jésus Lui-même, disant : « Venez à moi, vous tous qui êtes fatigués et chargés, et je vous donnerai du repos. Prenez sur vous mon joug et recevez mes instructions, car je suis doux et humble de cœur ; et vous trouverez du repos pour vos âmes. Car mon joug est doux, et mon fardeau léger… ! » Matt 11:28-30. « … Doux et humble de cœur… ! » De telles paroles ne peuvent avoir été exprimées que par l’humilité parfaite d’une Personne parfaite qui n’est pas selon ce monde… ; en effet, seul Jésus, qui les a vécues, a pu les exprimer ! Alors qu’Il approchait de Jérusalem, acclamé par la multitude de Ses disciples, Jésus accomplit les paroles du prophète Zacharie, disant : « Dites à la fille de Sion : Voici, ton roi vient à toi, plein de douceur, et monté sur un âne, sur un ânon, le petit d’une ânesse… ! » Matt 21:5. D’où nous voyons que la « Douceur de Jésus », en tant que « Roi », n’excluait pas l’Autorité ! Or, quel Roi y eut-il en ce monde qui, non seulement fut d’abord « doux et humble », mais qui, surtout, le resta jusqu’à son terme, si ce n’est Jésus… ?

   Alors que l’Œuvre de l’Esprit de Dieu est de susciter en nous l’aspiration aux choses célestes, il est frappant d’apprendre que la récompense accordée à ceux qui sont « doux » est, précisément, d’« hériter la terre » … !  Matt 5:5. Ces Paroles de Jésus ne sont pas sans nous rappeler des circonstances particulières au sujet du peuple d’Israël, qui fut emmené en captivité à Babylone au temps du roi Nébucadnetsar, et dont Nébuzaradan, le chef des gardes, « laissa dans le pays de Juda quelques-uns des plus pauvres du peuple, ceux qui n’avaient rien ; et il leur donna des vignes et des champs… ! » à cultiver : Jér 39:10. Les conséquences de la  déportation d’une partie du peuple, notamment nombre de dirigeants et d’artisans d’entre les Juifs : II Rois 24:14, révèle le sort « avantageux » des simples, des humbles qui restèrent, et auxquels fut confié la tâche de cultiver les vignes et les champs remis à leurs soins. Eux qui n’espéraient rien ni ne possédaient quoi que ce soit, furent en quelque sorte comblés… ! De ces événements matériels se dégage pour nous le sens spirituel qui éclaire les conditions, dans lesquelles l’« héritage » de la terre est accordé aux « doux » … ! Les récompenses célestes, en effet, ne sont-elles point cet héritage résultant de ce monde qui nous aura donné l’occasion de les recevoir, en réponse à notre obéissance à Dieu et à notre persévérance ici-bas… ?

   Dans les situations les plus difficiles, celui qui est « doux » de cœur a cette ressource de ne pas désespérer, car il fait partie de ces « hommes pieux » possédant cette piété, au sujet de laquelle l’apôtre Paul écrit à Timothée : « C’est, en effet, une grande source de gain que la piété avec le contentement… ! »  I Tim 6:6. Contrairement à ceux qui utiliseraient la piété comme une source de « gain » terrestre, l’homme « doux », étant de par sa nature même une personne désintéressée, se suffit de peu, et reconnaît que tout est grâce, même ce qui lui est dû… ! D’où son « contentement » spirituel, littéralement son « autarcie », qui est l’état d’esprit de celui qui se contente, se satisfait simplement de ce qu’il a ou peut avoir à sa disposition. Ainsi l’homme  « doux » est toujours reconnaissant, et il l’est, parce qu’il discerne que même ce qui paraît être  un obstacle ou une perte est inclus dans la Sagesse et le Dessein de Dieu pour son bien… ! La promesse spirituelle d’« hériter » la terre donne donc la compréhension spirituelle de cet « héritage ». Si donc Jésus déclare que le « Royaume des cieux » est à ceux qui sont « pauvres en esprit », à ceux qui sont « persécutés » Matt 5:3, 10, les promesses de ce Royaume appartiennent aussi aux « doux » en vertu de la constance de leur vie spirituelle durant leur existence terrestre … !

   Alors que pour le monde le fait d’être « doux » est souvent regardé comme de la faiblesse, la « Douceur selon Dieu » est forte ; elle révèle cette assurance sereine de la fermeté. Parmi toutes les paroles concernant le Messie, le prophète Ésaïe annonça certains aspects de la Personne de Jésus, disant : entre autres : « Il ne contestera point, il ne criera point, et personne n’entendra sa voix dans les rues. Il ne brisera point le roseau cassé, et il n’éteindra point le lumignon qui fume, jusqu’à ce qu’il ait fait triompher la justice. Et les nations espéreront en lui… ! » Matt 12:19-21. Jésus est le Roi qui triomphe de l’« esprit » et du « prince » de ce monde, non par le fer qui tue, mais par la Parole qui nous donne la Vie et la Paix ; aussi est-ce par la sérénité que se manifeste la force de « notre foi qui triomphe du monde… ! » I Jean 5:4. Car, la foi qui impose révèle sa faiblesse, alors que la foi forte ne peut être que douce ; elle n’a pas besoin d’être agressive ou sectaire, car sa « puissance » agit, non en imposant ni en s’imposant, mais en « disposant » favorablement les cœurs à recevoir la Parole, dont la force agit puissamment en nous… !

   Parmi tous les «fruits de l’Esprit » Gal 5:22, la « douceur » est particulièrement l’objet des attaques de toutes sortes de la part de l’adversaire… ! Il fera tout pour altérer et changer la douceur en déception, en découragement et surtout en amertume ; les occasions en ce monde et même parmi les croyants ne manquent pas. Mais son action la plus redoutable est, non seulement quand il agit par l’agressivité et par l’épreuve, qui sont à l’opposé de la douceur, mais au contraire, par ce qui lui ressemble, c’est-à-dire, par la douceur…, la fausse douceur ! Par le moyen de la tentation de la chair et de la pensée, dont on est d’ailleurs seul responsable, le malin peut amener l’âme à concevoir des convictions erronées, ou des sentiments qu’elle justifie et que Dieu n’agrée pas ! Quand l’adversaire, à travers la faiblesse de la chair, utilise des armes contraires à celles de l’Esprit, l’action du tentateur est évidente. Mais lorsque celui-ci agit avec des moyens imitant les vertus pour les corrompre par « de faux raisonnements » Jac 1:22, c’est ici qu’intervient le discernement inspiré de la Douceur de Christ qui, en gardant notre pureté inaltérable, garde notre sérénité inaltérée… !

   La Douceur de l’Esprit n’est ni agressive ni permissive, c’est pour cela que l’âme douce aime les commandements de Dieu, parce qu’elle les met en pratique avec la force de l’Amour dont Dieu l’aime, à l’exemple du Psalmiste, pour lequel les « jugements de l’Éternel sont  plus  doux  que  le  miel,  que  celui,  qui  coule  des  rayons… ! » Ps 19:11. Nous comprenons donc la valeur de cette vertu aux yeux de l’apôtre Paul, qui, en s’adressant aux Philippiens, et, à travers eux, à nous-mêmes, exhorte : « Que votre douceur soit connue de tous les hommes… Le Seigneur est proche… ! » Phil 4:5. Attitude révélant notre attente ardente de l’Avènement de Jésus, où nous recevrons alors les fruits de notre fidélité à Dieu en ce monde où, précisément, notre douceur éprouvée se sera révélée victorieuse… !